Dans une petite ville de la Côte d’Azur au passé industriel révolu, une romancière connue (Marina Foïs) doit donner un cours d’écriture à de jeunes décrocheurs, qui n’en ont rien à cirer.

Le film de la semaine: L'atelier ***1/2

CRITIQUE / S’il restait un doute à quelqu’un que la Palme d’or 2008 de Laurent Cantet pour «Entre les murs» était un accident de parcours, «L’atelier» va complètement le dissiper. Le réalisateur français signe un film de proximité percutant sur les fléaux et difficultés des jeunes non privilégiés, mais aussi sur leurs aspirations légitimes. Un drame social nuancé qui permet aussi de mieux comprendre l’attrait de l’extrême droite auprès des désœuvrés…

L’approche documentaire tourne autour de décrocheurs (cinq gars et deux filles) qui doivent suivre un atelier d’écriture avec une romancière connue (Marina Foïs, d’une justesse irréprochable). Olivia aimerait bien que le roman noir qu’ils doivent écrire s’inspire du passé industriel révolu de La Ciotat, sur la Côte d’Azur, et des traumatismes qui ont suivi la fermeture des chantiers navals au milieu des années 80 (alcoolisme, suicides, séparations, pauvreté…).

Mais les jeunes n’en ont rien à cirer. En particulier Antoine (Matthieu Lucci), fasciné par les discours d’extrême droite. Solitaire et habité de sentiments contradictoires, il va pousser Olivia jusque dans ses derniers retranchements. Le jeune révolté va aussi s’exclure du groupe par ses provocations constantes, sur fond de tensions raciales, notamment un texte violent qui évoque un massacre.

Cantet observe cette rage intérieure, nourrie par les discours racistes d’exclusion, mais sans juger. Il fait d’Antoine un personnage nuancé, dont l’humanité est enfouie sous des couches d’autoprotection. De même, il expose la condescendance de la romancière, dont le groupe ne sera pas dupe bien longtemps…

À l’écoute de L’atelier, on se demande longtemps où le réalisateur veut en venir. Pour finalement se rendre compte que, justement, il ne va nulle part: il filme, dans une approche très naturaliste, ce qui se déroule devant sa caméra. La vie qui pulse, dans ce qu’elle a de plus ordinaire, mais aussi de plus révélatrice: la solitude, l’aliénation, le sentiment d’impuissance devant un horizon bouché, le désir, l’espoir…

Cantet opte pour une mise en scène très dépouillée, en lumière naturelle et en son ambiant, mais compte plusieurs plans absolument superbes.

La démarche est conséquente avec la réflexion que mènent les personnages sur la mince ligne qui sépare la réalité de la fiction. Son cinéma en est le reflet, jusque dans l’utilisation d’acteurs non professionnels. En utilisant deux caméras qui tournent constamment, Cantet traque la vérité et la trouve.

De la même façon, il utilise les codes du film noir pour canaliser à l’écran la violence d’Antoine, toujours sur le point d’éclater. De récit initiatique, L’atelier bascule dans le suspense, inquiétant, d’une confrontation ambiguë entre le jeune homme et une femme d’âge mûr. Sans pour autant perdre de vue sa trame principale.

Bien sûr, L’atelier aurait pu, aurait dû, aller plus loin dans sa conclusion, trop équivoque. Il n’en est pas moins un film puissant et troublant, présenté l’an dernier au Festival de Cannes, dans la section Un certain regard.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***1/2

Titre: L’atelier

Genre: drame

Réalisateur: Laurent Cantet

Acteurs: Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach

Classement: 13 ans +

Durée: 1h53

On aime: la véracité de la démarche. Les thèmes abordés. La cohésion de l’ensemble

On n’aime pas: la conclusion équivoque