C’est un «coup de foudre» pour la pièce de François Archambault Tu te souviendras de moi qui a convaincu le réalisateur Éric Tessier de l’adapter au cinéma.

Le coup de foudre d’Éric Tessier

Éric Tessier est un réalisateur hyperactif, qui partage son temps entre le cinéma et la télévision (les quatre premières saisons de O’ et Fugueuse, entre autres). Sur grand écran, il a navigué entre l’horreur (Sur le seuil), la comédie (Vendus), films populaires (Pee-wee 3D, Junior majeur) avant de passer au drame. C’est un «coup de foudre» qui l’a convaincu d’adapter la pièce Tu te souviendras de moi. Entretien.

Q Qu’est-ce qui t’a intéressé, à l’origine?

R C’est vraiment un coup de foudre. J’ai lu le texte de la pièce de François [Archambault] avant même qu’elle soit montée. Je travaillais sur O’ et Guy [Nadon] m’a parlé du texte. Il a fait de quoi qu’on ne fait pas habituellement et m’a envoyé le PDF. Je l’ai lu et j’étais en état de choc à la fin. Comme d’habitude quand je lis, j’ai de la misère à ne pas imaginer un film. J’ai été bouleversé. C’est comme quand tu vois un bon film, tu en parles à tout le monde pour qu’ils aillent le voir. J’ai eu ce feeling-là. J’ai appelé François et j’ai pris une option. […] La particularité, c’est que j’avais tellement une vision précise que je me suis dit que j’allais essayer de l’écrire. Je n’avais pas fait ça depuis Sur le seuil (2003) avec Patrick Sénécal. Au bout de deux semaines, j’avais un scène à scène. J’ai montré ça à François, vu que le texte était très beau et qu’il n’était pas question que je me mette à réécrire les dialogues. Il a beaucoup aimé ma version, on a fait équipe.

Q Guy Nadon a laissé une empreinte indélébile dans la peau d’Édouard, le rôle principal, au théâtre. Il a été associé à ce projet depuis le début, en 2015. Pourquoi avoir tourné avec un autre acteur?

R C’était notre projet. Mais quand est arrivé le moment de tourner, c’était impossible. On a tout essayé avec la productrice de O’ pour le dégager. Il aurait fallu repousser de six mois. On s’est dit à la prochaine fois. C’est dommage.

Q Est-ce que Rémy Girard était ton premier choix?

R Je rêvais de tourner avec Rémy parce qu’il avait fait un de mes premiers courts métrages, il y a 25 ans. Il était venu travailler gratuitement pendant quatre, cinq jours dans toutes les conditions pour faire nos niaiseries. Pour moi, c’était une façon de le retrouver et de lui rendre une.

Q Même si le scénario a été écrit avant que tu voies la pièce, tu utilises beaucoup d’éléments très cinématographiques (retours en arrière, déplacements en voiture, etc.). C’était voulu?

R Je n’avais aucun problème à faire un film qui parle. Bizarrement, à l’époque, j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir Éric Rohmer (rires). Je trouve ça fascinant. Je n’ai pas commencé à les promener pour les promener. Ce que je voulais, c’était incarner les choses. Il y a beaucoup de choses qui sont évoquées au théâtre, je voulais les mettre en scène. Par exemple, quand on apprend que la femme d’Édouard s’est fait un chum, pourquoi ne pas s’arranger pour qu’elle se déroule devant nos yeux? C’est ça, le cinéma. Je voulais utiliser les moyens à ma disposition pour nourrir le récit et lui donner le plus de force possible.

L’autre chose que j’ai essayé, c’est de mélanger les [saisons]. C’est complètement décousu, mais je me suis dit que dans la tête de quelqu’un qui perd la mémoire, ça doit être un peu comme ça. C’est en filigrane, je ne pense pas que le spectateur s’en rend compte parce qu’il est emporté par le récit, mais c’est là.

Q Il y a aussi l’utilisation de couleurs délavées quand Édouard ne sent pas bien, non?

R Oui, j’ai joué avec la lumière. Ce n’est pas une expérience scientifique. J’essaie des choses et j’y vais avec mon cœur.