Ken Loach a dit avoir trouvé «un peu choquant» d’avoir à réaffirmer qu’il rejetait l’antisémitisme et le négationnisme «parce que toute ma carrière et tous les films que j’ai faits visaient à défendre les droits de l’homme et [...] la justice sociale».

Le cinéaste Ken Loach au cœur d’une tempête sur l'antisémitisme

BRUXELLES — Ken Loach a été fait jeudi docteur honoris causa de la prestigieuse Université libre de Bruxelles (ULB), malgré les protestations d’universitaires et de représentants de la communauté juive de Belgique accusant le cinéaste britannique d’être antisémite et négationniste.

Le réalisateur s’est défendu bec et ongles contre ces accusations en réaffirmant qu’il rejetait l’antisémitisme et le négationnisme. «Je trouve un peu choquant d’avoir à faire cette déclaration sur ces allégations parce que toute ma carrière et tous les films que j’ai faits visaient à défendre les droits de l’homme et [...] la justice sociale», a-t-il plaidé en conférence de presse.

À l’origine de la polémique, des propos tenus par Ken Loach dans une entrevue en septembre 2017 à la BBC, en marge d’un congrès du Parti travailliste au Royaume-Uni.

À la question de savoir si nier l’Holocauste était acceptable, le cinéaste très engagé à gauche avait répondu: «Toute l’histoire est notre patrimoine commun à discuter et à analyser. La fondation de l’État d’Israël, par exemple, fondée sur le nettoyage ethnique, est là pour que nous en discutions.»

Le premier ministre belge Charles Michel avait alimenté la controverse, mercredi, au cours d’une visite à la Grande Synagogue de Bruxelles. Le dirigeant libéral francophone avait en effet regretté à mots couverts, au nom du combat contre l’antisémitisme, ces honneurs rendus au cinéaste, double Palme d’Or à Cannes.

«Notre fermeté doit être totale. Aucun accommodement avec l’antisémitisme ne peut être toléré. Quelle que soit sa forme. Cela vaut aussi pour ma propre alma mater», avait estimé M. Michel, où cet avocat de profession avait étudié le droit.

«J’ai compris qu’il avait étudié le droit dans cette université. Est-ce qu’ils enseignent mal ou n’a-t-il pas réussi ses examens?» a ironisé le réalisateur de Moi, Daniel Blake, lors de sa conférence de presse. «Un bon avocat doit examiner les preuves avant de conclure. M. Michel, regardez les preuves!»

Dans une tribune signée par 650 personnalités cette semaine dans le quotidien belge L’Écho, Ken Loach a été accusé de «falsifier l’histoire à des fins politiques» en évoquant la collaboration de certains dirigeants sionistes avec les nazis à Budapest en 1944, sujet central d’une pièce de théâtre dans les années 80.

Face à l’émotion suscitée en Belgique, l’ULB, haut lieu de la libre pensée, a dû préciser qu’elle rendait hommage à l’«œuvre militante» du cinéaste, ses positions politiques «relevant de sa liberté d’expression et n’engageant pas l’université». Celle-ci lui a aussi demandé de «réitérer ses positions sans équivoque», ce qu’il a accepté de faire dans un communiqué.

Dans un communiqué publié jeudi soir, le Comité de coordination des organisations juives de Belgique CCOJB) a regretté que l’ULB «persiste dans son erreur» et dénoncé en Ken Loach un «propagandiste insidieux».