Luke Doyle, qui incarne le jeune Dovidl, est un véritable virtuose.
Luke Doyle, qui incarne le jeune Dovidl, est un véritable virtuose.

«Le chant des noms»: Envoutante mélopée ***

CRITIQUE / François Girard a l’habitude des épopées sur plusieurs années et sa maîtrise des mises en scène à l’opéra le désignait comme un candidat sur mesure pour adapter «Le chant des noms» («The Song of Names») de Norman Lebrecht. Son long métrage le plus accompli depuis «Le violon rouge» (1998), mélopée à la mémoire des victimes de la Shoah, s’avère envoutant, malgré une réalisation plutôt sage.

Le drame historique évoque l’amitié entre Martin, un jeune Britannique, et son frère adoptif Dovidl, un violoniste prodige polonais, dont la famille a été déportée au camp de Treblinka par les nazis. Plus tard, à l’aube d’un succès international, le musicien disparaît mystérieusement... Martin (Tim Roth) n’aura de cesse de le chercher toute sa vie.

Son obsession empoisonne son quotidien banal, en général, et son couple en particulier. Ce que sa femme (Catherine McCormack) s’évertue à lui souligner — Martin teste les limites de sa patience. Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre sa quête après avoir reconnu chez un musicien un geste caractéristique qui indique que Dovidl vit toujours.

La construction complexe sur plusieurs décennies de Girard apparaît parfois chambranlante, ne réussissant pas à s’élever solidement vers le ciel. Des moments creux, d’autres un peu trop appuyés, nuisent à l’ensemble.

L’intérêt du Chant des noms se révèle toutefois multiple : le rappel de la Shoah, le mystère de la disparition de Dovidl et l’utilisation de trois paires d’acteurs pour les deux rôles principaux.

François Girard n’a jamais eu l’intention de proposer une variation de la Liste de Schindler (Spielberg, 1993), encore moins un drame épique. Nous sommes dans le registre de l’intime, celui de l’immense perte des survivants de l’Holocauste.

Deux scènes-clés l’illustrent avec un bel impact : la visite du mémorial du camp d’extermination de Treblinka et la touchante interprétation du chant des noms du titre.

Celle-ci est évoquée quand Martin réalise les raisons qui ont poussé Dovidl à prendre la fuite. Un moment intense du dernier tiers, qui souffre un peu de cette révélation à son début. Mais il sert à introduire un morceau de bravoure musical — la trame sonore d’Howard Shore est impeccable.

À ce propos, certains puristes pourront déplorer que Clive Owen soit, manifestement, un acteur qui joue du violon. Mais les autres, dont moi, n’y voient que du feu. Les moments interprétés en duo par celui-ci et Tim Roth se révèlent à la hauteur des attentes.

La palme revient toutefois à Luke Doyle. Le virtuose démontre un naturel fou dans la peau du jeune Dovidl, et pas seulement au violon. Son incarnation hausse la crédibilité de la partie du récit durant la Seconde Guerre, même si Misha Handley (Martin) n’est pas en reste. Jonah Hauer-King et Gerran Howell interprètent Dovidl et Martin jeunes hommes.

Si le jeu des acteurs convainc, on s’étonne toutefois de la réserve stylistique de Girard, qui nous a habitués à des réalisations élaborées, notamment avec Trente-deux films brefs sur Glen Gould (1993). A-t-il voulu éviter de trop en faire compte tenu du sujet ?

Le contexte historique lui imposait un certain classicisme, disait-il en entrevue. Le fils de Saul de László Nemes, Grand prix à Cannes en 2015, prouve pourtant le contraire. Autrement dit, sa réalisation ne se distingue pas outre mesure, cette fois.

N’empêche. Outre le devoir de mémoire, Le chant des noms évoque avec beaucoup d’à propos les difficultés du deuil et son impact quand il survient beaucoup trop tôt...

Au générique

Cote : ***

Titre : Le chant des noms

Genre : Drame historique

Réalisateur : François Girard

Acteurs : Tim Roth, Clive Owen, Catherine McCormack

Classement : Général

Durée : 1h53

On aime : le rappel historique. Les acteurs brillants. Les moments émouvants.

On n’aime pas : la réalisation trop sage. Des moments creux.