L’autre côté de l’espoir est un film iconoclaste, un peu à la André Forcier, qui évite tout pathos.

L’autre côté de l’espoir: le grand exil ***1/2

CRITIQUE / Aki Kaurismäki est un grand cinéaste dont on a beaucoup de difficulté à voir les œuvres ici. Mais comme L’autre côté de l’espoir (Toivon tuolla puolen) a remporté le très mérité Ours d’argent du meilleur réalisateur à la Berlinale 2017… Sa tragicomédie décalée, humaniste et engagée, est une véritable radiographie de la crise migratoire et de l’attitude des Occidentaux.

Le réalisateur finlandais n’a pas cherché à dresser un grand portrait d’ensemble avec sa deuxième fable sur les migrants après Le Havre (2011). Il a choisi Khaled (Sherwan Haji) comme microcosme. 

L’homme dans la mi-vingtaine a quitté Alep, en Syrie, après qu’un missile a rasé sa maison et sa famille, à l’exception de Miriam. S’ensuit un long périple avec elle, marqué par les agressions et le mépris, à travers les pays d’Europe centrale. Après avoir perdu de vue sa sœur lors d’un incident, l’ex-mécanicien aboutit à Helsinki.

Son récit glaçant, pour sa demande d’asile, donne la chair de poule. Décidé à suivre les règles, cet homme digne et fier se heurte pourtant à la froideur et à la lourdeur d’une bureaucratie tatillonne et aux menaces d’extrémistes racistes. Pourtant seule une chose lui importe: retrouver Miriam. 

Lorsqu’il sera forcé d’entrer dans la clandestinité, il obtiendra l’aide bienveillante de Wikström (Sakari Kuosmanen), un restaurateur, et de ses trois employés tout droit sortis de Twin Peaks (David Lynch).

Kaurismäki (L’homme sans passé) met en parallèle les récits de Khaled et de Wikström, qui connaît aussi sa part d’ennuis — même s’ils ne sont d’aucune commune mesure. Mais le réalisateur cherche surtout à démontrer qu’il y a de la bonté et de la solidarité chez beaucoup, surtout chez les gagne-petit qui forment une bonne partie de la société. Un contraste saisissant avec la machine étatique.

Ce qui est particulier dans ce film aigre-doux, c’est que le cinéaste utilise une forme de non-jeu, empruntant au théâtre pour sa réalisation, ce qui est un peu statique, tout en lui conférant des éléments de surréalisme. De petits clins d’œil, ici et là, qui rappellent au spectateur qu’il s’agit d’une fable contemporaine. Mais terriblement ancrée dans la réalité.

Cette mise en scène distancée, souvent en plan large fixe, insiste d’abord sur le langage cinématographique comme moteur narratif. Les cinq premières minutes ne contiennent aucun dialogue, ce qui n’empêche pas le spectateur de comprendre que Wikström quitte sa femme alcoolique pour tenter de refaire sa vie (comme Khaled). 

Autre exemple: toute la très bonne musique provient de la diégèse (de musiciens ou du juke-box du resto), et sert à évoquer le contexte dans lequel évolue le migrant, sa solitude, son sens du sacrifice, mais aussi sa constante oscillation entre espoir et résignation.

L’autre côté de l’espoir est un film iconoclaste (un peu à la André Forcier) qui évite tout pathos. C’est sa principale force. Le récit sans concession ne cherche pas l’émotion superficielle, oubliée après être sorti de la salle, mais à inscrire une réflexion dans la durée sur les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Ça sert aussi à ça, le cinéma.

Ah! j’oubliais presque: la fin ouverte est magnifique.

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***1/2
  • Titre: L’autre côté de l’espoir
  • Genre: comédie dramatique
  • Réalisateur: Aki Kaurismäki
  • Acteurs: Sakari Kuosmanen, Sherwan Haji, Ville Virtanen
  • Classement: général
  • Durée: 1h40
  • On aime: le ton décalé. Le propos humaniste et engagé. Les touches surréalistes
  • On n’aime pas: parfois un peu statique