Denis Villeneuve

L’année de l’accession au sommet de Denis Villeneuve

Trois-Rivières — La carrière de Denis Villeneuve est en orbite depuis déjà longtemps mais l’année 2017 aura été celle d’une certaine consécration puisqu’elle l’a propulsé à des sommets inégalés pour un Québécois dans la Mecque du cinéma américain et ce, plutôt deux fois qu’une.

Il y a d’abord eu la cérémonie des Oscars en février dernier lors de laquelle le p’tit gars de Gentilly a vu son film Arrival mis en nomination à pas moins de huit reprises dont dans la catégorie du meilleur réalisateur et du meilleur film. D’accord, Villeneuve n’a pas quitté le Dolby Theater avec entre les mains l’une ou l’autre de ces deux précieuses statuettes mais un membre de son équipe, le Québécois Sylvain Bellemare, a reçu l’Oscar pour le montage sonore. Connaissant la propension de Denis Villeneuve à donner crédit à ses collaborateurs, on peut penser qu’il était très sincèrement heureux de cet honneur.

Il reste que le Gentillois est sorti gagnant de la cérémonie puisqu’il est désormais considéré comme un des plus grands réalisateurs au monde. À tel point qu’on lui avait déjà confié l’incroyable mandat de réaliser la suite du très grand classique de Ridley Scott Blade Runner.

Sa version, Blade Runner 2049, est sortie sur les écrans le 6 octobre dernier. Si les critiques ont été dithyrambiques au Québec, même chez les plus exigeants, elles ont été légèrement plus mitigées au États-Unis où certains des plus crédibles observateurs du cinéma ont crié au génie alors que d’autres se sont montrés plus réservés, reprochant le plus souvent à Denis Villeneuve d’avoir été peut-être un peu trop respectueux de l’œuvre dont il s’inspirait et qui reste pour lui un film phare. Personne n’a cependant mis en doute la qualité exceptionnelle de la mise en scène, de la direction artistique et de la photographie.

Gilles Leblanc, président de Ciné-Campus et une véritable sommité pour tout ce qui touche le cinéma, est du côté des enthousiastes. «Blade Runner 2049 a été un de mes beaux plaisirs de cinéma de l’année. Pour moi, c’est une réussite extraordinaire. Et ce n’est pas une première puisqu’il avait réalisé de grands films dans le passé dont Arrival et Incendies. Il possède une maîtrise technique hors du commun mais la surprise avec lui, c’est que même dans des films de genre, il a son propre style, une touche qui lui appartient en propre.»

Denis Villeneuve travaille désormais avec les grosses pointures d’Hollywood, notamment Ryan Gosling et Harrison Ford qu’il a dirigés sur le plateau de "Blade Runner 2049".

Et comment identifie-t-il cette signature? «D’abord, il a une maîtrise de l’image peu commune et il porte une très grande attention au son. Je constate aussi qu’il présente souvent des dénouements inattendus qui ne sont pas typiques de ce que font les Américains. Il aime traiter de zones d’ombre dans ses personnages avec beaucoup de doigté. Également, je note qu’il fait souvent une grande place aux personnages féminins sur lesquels il pose un regard intéressant. Et finalement, Denis présente toujours des leçons d’humanisme dans ses films, même dans des films de science-fiction ou des suspenses. Ça, c’est assez rare.»

Petit bémol, Blade Runner 2049, n’a pas été mis en nomination au titre de meilleur long métrage, catégorie dramatique, pour la cérémonie des Golden Globes, prélude aux Oscars. «Je suis convaincu qu’il va recueillir plusieurs nominations aux Oscars dans les catégories techniques, une de ses spécialités, que les Golden Globes ne récompensent pas», soumet Gilles Leblanc. Les mises en nomination pour les Academy Awards seront annoncées le mardi 23 janvier. 

Le Québec se croise les doigts pour que son nom soit dans la liste des candidats au titre de meilleur réalisateur - deux années consécutives, ça relèverait de l’exploit! - et de meilleur film.

Lors de son projet précédent, "Arrival", c’est Amy Adams qui avait eu droit à ses directives.

D’autres projets

Quoi qu’il arrive, Denis Villeneuve aura rempli son mandat puisque les événements ont démontré que son statut de personnalité dominante de Hollywood est désormais acquis. Il a déjà signé pour réaliser une adaptation de Dune, oeuvre culte de la littérature de science-fiction que bon nombre de réalisateurs ont refusé d’adapter au cinéma, la jugeant impossible à réaliser. Le grand David Lynch s’y est même cassé les dents avec un film qui a été un échec critique comme populaire.

Denis Villeneuve y travaille pourtant. Qui d’autre que lui pourrait se permettre pareil défi? Autre indice que Villeneuve est au pinacle: on lui a demandé de réaliser le prochain épisode de la célébrissime série des James Bond qui doit être tournée en 2018. Et pas de n’importe quelle façon: la productrice Barbara Broccoli et l’acteur Daniel Craig sont venus expressément du Royaume-Uni pour le rencontrer. Villeneuve en avait très envie mais il a dû décliner l’offre à cause de son engagement à réaliser Dune au cours de 2018.

«C’est sûr, indique son père, le notaire Jean Villeneuve, de Gentilly, qu’il a atteint des sommets cette année au point d’être considéré comme un des meilleurs réalisateurs du monde. Personnellement, je pense que la consécration, elle est arrivée pour lui quand il a appris que son film Arrival avait été mis en nomination comme meilleur film en janvier dernier. En plus, au cours de la même année, il a pu réaliser la suite d’un de ses films culte.» Pour la première fois depuis de nombreux mois, le cinéaste profitera d’une période des fêtes un peu plus tranquille. «On l’a vu ma femme et moi il y a une quinzaine de jours, indiquait son père tout juste avant les fêtes et ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vu aussi détendu. Il a travaillé comme un fou à raison souvent de sept jours par semaine depuis plusieurs mois et là, il peut enfin relaxer et se reposer. Il m’a paru particulièrement heureux et c’était très agréable à voir.»