Pierre-Luc Lafontaine offre une performance inspirée en jeune adulte en perte de repères, à l’instar du vétéran Paul Doucet dans le rôle de son père.

«L’amour»: au nom du père ***

CRITIQUE / La rubrique des faits divers est un terreau fertile pour le réalisateur Marc Bisaillon. Après «La lâcheté» (2007) et «La vérité» (2011), une autre histoire ancrée dans la réalité lui sert de canevas pour «L’amour», dernier volet d’une trilogie qui s’aventure cette fois au cœur d’une relation toxique père-fils.

Ce drame au rythme lent est librement inspiré de l’histoire de Stephen Marshall, un Néo-Écossais de 20 ans qui a défrayé les manchettes en 2006 pour deux meurtres commis dans le Maine. À travers le parcours en apparence sans histoire d’un alter ego fictif, Alex (Pierre-Luc Lafontaine, vu dans La vérité), le récit bascule insidieusement dans une tragédie similaire s’appuyant sur de sombres motivations.

Jouant habilement sur la chronologie des événements, grâce à de multiples allers-retours dans le temps, le réalisateur amène le spectateur à s’interroger sur le comportement de ce jeune homme tranquille, plongeur dans un restaurant de Sept-Îles, qui vit une relation harmonieuse avec sa mère (Fanny Mallette), son beau-père (Claude Despins) et sa sœur cadette (Félixe Racette).

Or, derrière cette bonhommie se cache un être profondément marqué par le comportement de son père (Paul Doucet), exilé dans le Maine après le départ de la maison familiale. Passionné d’armes à feu, l’homme a inculqué très jeune à son fils l’importance de savoir se défendre face aux intimidateurs. À l’époque, Alex était victime d’intimidation à l’école. «Si tu as l’air faible, les gens vont toujours abuser de ta faiblesse.»

À la faveur d’un séjour en sol américain, auprès de ce père souffrant d’un cancer, Alex en profitera pour mettre à exécution un plan vengeur dont l’origine remonte à son enfance et qui donne au titre du film un double sens malsain.

En jeune adulte en perte de repères, Pierre-Luc Lafontaine offre une performance inspirée, à l’instar du vétéran Paul Doucet, sur qui repose le dénouement de l’intrigue. Le duo incarne à divers degrés un autre exemple d’une relation père-fils coincée dans les silences et les non-dits. L’explication à leur conflit, aussi douloureux que mystérieux, ne sera livrée qu’à la dernière scène, dans un moment chargé d’émotion.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***

• Titre: L’amour

• Genre: drame

• Réalisateur: Marc Bisaillon

• Acteurs: Pierre-Luc Lafontaine, Paul Doucet, Fanny Mallette et Claude Despins

• Classement: 13 ans+

• Durée: 1h25

• On aime: le jeu naturel des acteurs. Le montage habile. La scène finale

• On n’aime pas: quelques flottements dans le scénario