Même si cette «Promesse de l’aube» manque de souffle, le jeu de Charlotte Gainsbourg en mère aux ambitions démesurées vaut le détour.

La promesse de l'aube: ces mères qui aiment trop ***

CRITIQUE / L’amour d’une mère peut parfois être tellement excessif qu’il sera autant une malédiction qu’une bénédiction. C’est la matière que nous donne à voir «La promesse de l’aube», adaptation convenue du célèbre roman du même nom de Romain Gary. Et dans la peau de cette mère courage envahissante, Charlotte Gainsbourg livre une remarquable performance, qui sauve le film d’Éric Barbier, en manque d’émotions.

En son essence, adapter le récit autobiographique de Gary demande une bonne dose de courage puisque le roman couvre une grande partie de la vie de l’aviateur, diplomate et romancier. Le réalisateur français a évidemment privilégié le point de vue de l’auteur, avec une voix hors champ, celle de son interprète Pierre Niney, qui introduit les différents chapitres.

Barbier a imaginé un parcours fiévreux de Gary en voiture au Mexique, pour amorcer un retour en arrière qui nous conduit en Pologne, en 1924. Et introduit l’excentrique Nina (Gainsbourg), cette femme d’origine russe qui pousse son jeune fils à devenir un homme hors-norme.

Cette figure maternelle sert de moteur narratif au film, bien plus que les péripéties de Romain. Elle entretient des rêves naïfs et démesurés pour son fils qui n’a de cesse d’essayer de répondre à ces ambitions démesurées.

On sait maintenant qu’il y parviendra en partie en devenant un écrivain célèbre. C’est d’ailleurs ce segment qui est le plus intéressant et pertinent du récit. Gary veut devenir une figure incontournable de la littérature et écrire un chef-d’œuvre avant que sa mère meure.

Mais les aventures de Gary pendant la Seconde Guerre mondiale, même si elles sont dignes d’un personnage de roman, tombent à plat. Barbier a manifestement voulu tourner aussi un film populaire à grand déploiement, mais sa mise en scène sage et classique n’est pas à la hauteur de ses ambitions, malgré quelques touches d’absurde et de burlesque. Reconnaissons tout de même que la reconstitution des époques est soignée.

À l’inverse, le réalisateur manque de subtilité quand il évoque la discrimination et le racisme dont sont victimes Romain et Nina en raison de leur origine juive.

On aurait souhaité un souffle épique pour cette Promesse de l’aube qui ne tient pas toutes ses... promesses! Mais Charlotte Gainsbourg, dans un registre différent de ses rôles habituels, vaut le détour. Oui, elle en fait beaucoup, à la limite de la caricature, mais c’est son personnage qui exigeait une telle démesure. À ses côtés, Niney (Frantz) fait ce qu’il peut, tout en souffrant de la comparaison.

Ceux qui ne connaissent pas l’œuvre de Romain Gary y trouveront certainement matière à se réjouir. Les autres voudront peut-être garder le souvenir du livre intact.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***

Titre: La promesse de l’aube

Genre: drame biographique

Réalisateur: Éric Barbier

Acteurs: Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon

Classement: général

Durée: 2h10

On aime: l’interprétation démesurée de Gainsbourg. La reconstitution soignée

On n’aime pas: le manque de souffle et d’émotions