Dans Les salopes, Marie-Claire (Brigitte Poupart), veut, et vit, ces plaisirs extraconjugaux nombreux et présentés frontalement.

La fin des oies blanches dans «Les salopes» de Renée Beaulieu

Les salopes ou le sucre naturel de la peau, deuxième long-métrage de Renée Beaulieu, est l’exploration de la sexualité d’une femme, par une femme. Une sexualité désinhibée, positive et taboue, qui touche aux facettes d’une relation complexe : celle des femmes avec le désir.

Dans Les salopes, Marie-Claire (Brigitte Poupart), chercheure en dermatologie, mène une expérience sur le désir. Elle prend comme cobayes elle-même et Adam (Vincent Leclerc), son conjoint et père de ses enfants, ainsi que les hommes avec lesquels elle a des aventures autorisées — en théorie — par l’entente au sein de son couple ouvert. Une suite d’événements chamboulera sa vie professionnelle, de couple et intime.

Le scénario écrit en 2011 a un titre aussi ironique que la Marche des Salopes (à Ottawa, le SlutWalk) dont il a été inspiré. « Les femmes, on est encore beaucoup considérées comme des oies blanches. Comme des êtres purs », alors que l’infidélité et l’appétit sexuel sont « plus acceptables pour les hommes », avance la réalisatrice. L’iniquité sous la couette, non merci. Marie-Claire veut, et vit, ces plaisirs extraconjugaux nombreux et présentés frontalement. Son désir explicite tapisse la majeure partie de la bobine en réaction à une injustice cinématographique : les femmes, a observé Renée Beaulieu, sont rarement des personnages principaux au cinéma, et lorsqu’elles sont secondaires, leur sexualité est représentée d’un point de vue masculin. Et oubliez celle des mères ; elle est pratiquement inexistante. « On m’a beaucoup demandé si on était obligé de tout voir, si la suggestion n’était pas trop forte. Dans mon cas, non », répond la docteure en études cinématographiques.

La réalisatrice Renée Beaulieu

« On a tellement été montrées par des hommes ; moi je voulais montrer une femme, et je suis allée aussi loin que je pouvais aller. Il fallait que ce soit graphique, imposant et abondant. Je pense que si on enlève ça, on enlève une grande partie de la puissance du film dans son propos. » Par ailleurs, le film n’a pas reçu de financement de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) car il « portait flanc à trop de controverse ». « On n’assumait pas ce que j’étais prête à assumer », résume la réalisatrice, qui a composé avec un budget d’un million $.

À l’ère du #metoo

Les Salopes touche aussi à la question délicate de l’agression sexuelle. Le sujet est abordé avec ambiguïté, alors qu’un personnage décide de retirer une plainte sans que son choix soit expliqué. « Je sais que c’est délicat ! risque Renée Beaulieu. Dans le film, personne ne s’imagine qu’elle a subi un viol où elle a été attachée ou battue. On n’est pas dans cette zone-là. »

Une hypothèse serait que l’agresseur a profité de la jeune femme, qui n’a rien vu venir. « Cette hypothèse-là est médiatisée, on en parle, et elle fait beaucoup les manchettes. C’est normal aussi qu’on en parle. » L’autre hypothèse, plus complexe, est celle amenée par Marie-Claire : que la jeune femme aurait ressenti une part de désir confus. « S’il y a une confusion qui existe, la responsabilité est partagée de part et d’autre (…) Je pense que passablement de femmes ont vécu (un désir confus). Moi, ça a été mon cas. Ça aussi, c’est une forme d’agression. J’ai mis sur la table cette hypothèse-là qu’on ne veut ni voir, ni entendre. »

Idéalement, « je pense qu’on devrait être capable de dire non, mais aussi d’être capable de dire oui. De faire la différence. »

Les salopes ou le sucre naturel de la peau prend l’affiche le 2 novembre.