Pendant la Seconde Guerre mondiale, Marguerite (Mélanie Thierry) entreprend une relation ambiguë avec un collaborateur dans l’espoir de retrouver son mari.

«La douleur»: en attendant Robert ***1/2

CRITIQUE / Rien ne se compare à la douleur de l’ignorance quand un proche disparaît. L’usure de l’attente. C’est ce que met en scène le très beau et poignant La douleur d’Emmanuel Finkiel, inspiré de l’œuvre éponyme de Marguerite Duras (1985). Un drame historique porté par un trio d’acteurs exceptionnels : Benoît Magimel, Benjamin Biolay et, surtout, Mélanie Thierry dans la peau de Marguerite.

Nous sommes en avril 1945. Marguerite puise à son journal des extraits, narrés en hors-champ par Thierry, qui raconte l’arrestation de Robert Antelme, figure majeure de la Résistance. Sa jeune femme, écrivaine et résistante, espère son retour. Cette angoisse la fait replonger dans ses souvenirs, en juin 1944.

Elle y fait alors la rencontre de Pierre Rabier (Magimel), un agent français au service de la Gestapo. Cet homme trouble, qui veut ouvrir une librairie «après la victoire de l’Allemagne», peut lui fournir des informations sur son mari.

Désespérée, Marguerite entreprend une relation ambiguë (mais platonique) avec Rabier, malgré la désapprobation de son camarade (et amant) Dyonis (Biolay). Ce dernier craint que le collaborateur cherche à l’utiliser pour remonter tout le réseau dans lequel ils œuvrent.

Finkiel (Nulle part, terre promise), qui fut l’assistant-réalisateur de Godard et Kieslowski, a su traduire la douleur, jusqu’au délire, de Marguerite en filmant de proche, flouant la profondeur de champ. Ce qui confère à ses images, portées par sa caméra très mobile, un aspect trouble, rehaussé par l’utilisation judicieuse de nombreux clairs-obscurs. Autre choix de mise en scène astucieux : le dédoublement de Marguerite (la personne et l’auteure).

Le réalisateur français évoque plutôt qu’il montre, notamment lorsqu’il décrit l’horreur des camps de concentration. Alors que les prisonniers reviennent au compte-gouttes, Marguerite se consume à petit feu…

Les mots de Duras hantent le spectateur, mais l’utilisation d’extraits finit par être un peu redondant et, par le fait même, lassant. Rien de bien grave, mais Finkiel aurait pu resserrer son montage.

À la longue, La douleur finit par prendre la forme d’une méditation sur l’absence, une forme de mort symbolique qui gruge Marguerite. L’incarnation magistrale de Mélanie Thierry (Le règne de la beauté, Au revoir là-haut...) permet d’honorer la prose d’une figure majeure de la littérature contemporaine sans jamais perdre de vue le réel propos du récit.

Une très belle réussite cinématographique.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: La douleur

• Genre: drame

• Réalisateur: Emmanuel Finkiel

• Acteurs: Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay

• Classement: général

• Durée: 2h06

• On aime: les choix judicieux de réalisation. L’incarnation de Thierry. L’intériorité de l’adaptation

• On n’aime pas: quelques longueurs