En sortie québécoise à l’approche de Noël, Le sens de la fête s’impose comme la comédie à voir en priorité.

La comédie à voir

CRITIQUE / Le sens de la fête traverse l’Atlantique le vent en poupe : en tête du box-office, en France, dès sa sortie, il marque le retour du tandem de réalisateurs Olivier Nakache et Eric Toledano, derrière le triomphe d’Intouchables. Avec Jean-Pierre Bacri en planificateur de mariages, la comédie française se paie la traite !

Au cinéma, on le connaissait surtout en grincheux asocial avec ses mines renfrognées, son regard sombre et ses répliques cinglantes. Jean-Pierre Bacri (Le goût des autres, On connaît la chanson) nous a régalés de sa mauvaise humeur dans tous les rôles qu’il incarnait, au point, peut-être, d’être catalogué comme le misanthrope de service. Le sens de la fête lui offre un rôle de composition à rebours de ses interprétations habituelles avec le personnage de Max, patron d’une entreprise d’événementiel au bord de l’implosion.

Le scénario s’appuie sur un comique de situation gonflé à bloc : un mariage dans un grand château se prépare à grande pompe avec son lot d’aléas incontournables. Un marié trop exigeant. Une guérilla entre la superviseure du traiteur et le DJ embauché. Des costumes de laquais à imposer au personnel, pas toujours compétent. Une maîtresse volage (Suzanne Clément, au jeu monolithique dans son accent français). Et pour couronner la soirée, un gros pépin en cuisine au moment de servir le plat principal.

L’histoire se déroule à la façon d’un compte à rebours, des préparatifs à gérer jusqu’à l’aube, moment de décompression où tout dérape.

En sortie québécoise à l’approche de Noël, Le sens de la fête s’impose comme la comédie à voir en priorité. Familiale ? Pas autant qu’Intouchables, peut-être, qui misait beaucoup sur le ridicule des a-priori et la complicité entre les deux rôles principaux. Dans son huis-clos châtelain, Le sens de la fête développe une dynamique théâtrale plus affirmée de coups de gueule (nombreux), rattrapages in extremis et bonnes figures à maintenir. Plusieurs acteurs proviennent du théâtre, dont le mari tête-à-claques Benjamin Lavernhe, de la Comédie française, et l’inénarrable Vincent Macaigne, en irrésistible pierrot lunaire lettré en pyjamas. 

Car autour de Bacri, organisateur au grand cœur, la galerie de personnages ne manque pas de sel et contribue à parts égales au succès du film. Jean-Paul Rouve renoue avec son côté « broche à foin » des Robins des Bois – la troupe comique qui l’avait fait connaître – en campant un photographe raté, mentor improbable d’un stagiaire du secondaire. Gilles Lellouche en fait des tonnes en DJ imbu de lui-même, mais dans l’excès de style, ça passe.

Un conseil : arriver à l’heure pour ne pas manquer la scène d’ouverture, un bijou de cinéma avec Jean-Pierre Bacri au sommet de son art en négociateur de mariage auprès d’un couple soucieux de ses économies. Bacri funambule, se jouant de nos attentes de spectateur (le voir grincheux), les déjouant admirablement pour éclater dans un retour au naturel hilarant. Impayable ! Avant le déferlement des films de Noël en salles obscures, il ne faudrait surtout pas se priver de cette comédie si bien ficelée.

  

INFOS

Titre : Le sens de la fête

Réalisateurs : Eric Toledano et Olivier Nakache, avec Jean-Pierre Bacri, Suzanne Clément, Vincent Macaigne, Gilles Lellouche, Benjamin Lavernhe, Jean-Paul Rouve

Note : ****