Shaniss (Yamie Grégoire) et Mikuan (Sharon Fontaine-Ishpatao) sont deux inséparables depuis toujours dont l'amitié sera fortement ébranlée.

Kuessipan: De toute beauté *** 1/2

CRITIQUE / «Kuessipan» arrive à point nommé, alors que nous tentons de redéfinir nos relations avec les Premières Nations. Mais il n’y a aucun opportunisme dans la démarche de Myriam Verreault — il lui aura fallu sept ans de dur labeur afin de réaliser ce magnifique long métrage. Cette œuvre sensible a le mérite de proposer une touchante histoire d’amitié tout en montrant sans fard les joies et les peines qui rythment la vie des Innus de la Côte-Nord.

Écrivons-le d’emblée : Kuessipan, Grand prix de la compétition du festival de Québec (FCVQ), doit être vu. En raison de ses nombreuses qualités artistiques et de son humanité, bien sûr. Mais parce que la démarche de la réalisatrice compte pour beaucoup.

La cinéaste a travaillé avec Naomi Fontaine pour adapter son récit du même nom, choisi de confier les rôles à des acteurs non professionnels d’Uashat et Mani-Utenam et planté sa caméra sur place pour tourner.

Car les coscénaristes ont imaginé le destin parallèle de Mikuan (Sharon Fontaine-Ishpatao) et Shaniss (Yamie Grégoire), deux inséparables depuis toujours. La première vit au sein d’une famille aimante alors que la deuxième s’est fait voler son enfance.

Le prologue, alors que les filles ont huit ans, sert autant à souligner cette différence fondamentale que la force du lien qui les unit. Ce sont les deux faces d’une même médaille qu’on observe. L’une a des parents qui l’amènent à la pêche, l’autre doit plutôt composer avec l’irresponsabilité et les problèmes de consommation des siens.

Cette amitié sera mise à rude épreuve par la fatalité. D’une part, lorsque Mikuan tombe amoureuse du maladroit Francis (Étienne Galloy), un Blanc, et qu’elle veut s’arracher d’une réserve qui restreint ses ambitions. D’autre part par Shaniss, paralysée par la peur de l’Autre et conditionnée par son éducation ratée, qui reproduit les mêmes erreurs que sa mère auprès d’un chum violent — ce qui sera à l’origine d’un funeste drame.

Cette dualité symbolise le délicat équilibre que tente de maintenir la communauté entre traditions et modernité. Le film se veut également une évocation des ravages du colonialisme et ses répercussions sur la vie dans la réserve...

Dans sa fiction, Myriam Verreault a préconisé une approche documentaire, notamment en usant de longs plans «naturalistes». Un choix en parfaite adéquation avec sa volonté de refléter la réalité — sans l’embellir ni perpétuer stéréotypes et idées préconçues. Ce qui ne va pas sans un aspect didactique un peu appuyé.

Heureusement, le jeu très naturel des acteurs, en général, et des deux jeunes femmes, en particulier, vient contrebalancer cette artificialité.

Kuessipan est rehaussé par la touche délicate de Myriam Verreault, la jolie musique de Louis-Jean Cormier et les superbes images de Nicolas Canniccioni. Le directeur photo des Démons et de Genèse, de Philippe Lesage, a su capter l’essence des personnages, mais également des paysages.

Le respect des Innus par Myriam Verreault mérite d’être souligné. Sans complaisance, elle évoque leur fierté et leur résilience. On retiendra surtout que Kuessipan s’avère aussi fascinant que captivant.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Kuessipan

Genre : Drame

Réalisatrice : Myriam Verreault

Acteurs : Yamie Grégoire, Sharon Fontaine-Ishpatao, Étienne Galloy

Classement : Général

Durée : 1h57

On aime : l’humanité du propos. Le refus des stéréotypes. La touche délicate de la réalisation. Les superbes images. Le jeu naturel des jeunes actrices.

On n’aime pas : le didactisme.