Beaucoup ont accusé Kevin Spacey (photo) d’essayer de détourner l’attention de l’agression de 1986 alléguée par l’acteur Anthony Rapp en révélant son homosexualité, et de nuire à la communauté gaie en mélangeant les deux.

Kevin Spacey dans la tourmente de révélations de harcèlement sexuel

NEW YORK - Les scandales sexuels continuent de secouer Hollywood: cette fois c’est Kevin Spacey, héros oscarisé de la série «House of Cards», qui s’est excusé pour avoir harcelé un acteur adolescent en 1986 et a révélé du même coup son homosexualité - suscitant de multiples critiques.

Dans une interview diffusée dimanche par Buzzfeed, l’acteur Anthony Rapp, 46 ans aujourd’hui, mais seulement 14 à l’époque, même s’il jouait déjà à Broadway, a raconté comment Kevin Spacey, 26 ans alors, s’était jeté sur lui à la fin d’une soirée dans son appartement de Manhattan. Anthony Rapp a expliqué avoir réussi à s’échapper en se réfugiant dans la salle de bains.

Connu notamment pour son rôle dans «Star Trek: Discovery», Anthony Rapp avait déjà évoqué l’incident en 2001, mais sans révéler l’identité de l’agresseur. Il a expliqué dimanche que le scandale qui a fait chuter le tout-puissant producteur américain Harvey Weinstein l’avait poussé à aller plus loin.

Il faut «essayer de montrer sous un autre jour des décennies d’une attitude rendue possible en raison du silence observé par beaucoup, moi notamment», a-t-il expliqué. «J’ai totalement conscience du moment que nous traversons et j’espère que cela (ses révélations) fera la différence».

«Honnêtement je ne me souviens pas de cet incident, qui remonterait à plus de 30 ans», a réagi pour sa part Kevin Spacey, 58 ans, qui vit entre Londres, New York et Los Angeles.

«Mais si je me suis conduit comme il le dit, je lui dois des excuses les plus sincères, pour ce qui aurait été un comportement en état d’ébriété les plus inappropriés, et je suis désolé des ressentiments qu’il dit avoir eu à supporter toutes ces années».

L’acteur, oscarisé deux fois avec notamment la statuette du meilleur acteur pour «American Beauty» en 1999, a conclu ses excuses par une «révélation».

«J’ai eu dans ma vie des relations avec des hommes comme des femmes. J’ai eu des relations amoureuses avec des hommes tout au long de ma vie, et j’ai choisi désormais de vivre en tant qu’homosexuel», a ajouté Spacey dans son tweet, même si sa sexualité n’était un secret pour personne à Hollywood depuis longtemps. «Je veux gérer cela honnêtement et ouvertement et cela commence par examiner mon propre comportement».

Anthony Rapp, à New York, le 6 octobre 2017

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«À TON TOUR DE PLEURER»

Ces «confessions» ont été mal accueillies à Hollywood toujours secoué, cinq semaines après, par le scandale retentissant déclenché par l’affaire Weinstein. Plus de 80 femmes - selon un décompte publié par l’actrice Asia Argento - ont accusé le producteur de harcèlement et agressions sexuelles sur plus de deux décennies, y compris plusieurs viols.

La liste des victimes présumées du producteur continue à s’allonger. S’il n’a pas été inculpé à ce jour, le scandale a ouvert les vannes à des milliers de témoignages d’agressions sexuelles aux États-Unis et en Europe, dans le cinéma, mais aussi beaucoup d’autres milieux.

L’actrice Rose McGowan, qui a été l’une des premières à raconter avoir été violée par Harvey Weinstein et a pris le flambeau de la lutte contre les agressions sexuelles, a raillé Spacey en tweetant: «Au revoir, Spacey, au revoir, à ton tour de pleurer».

Beaucoup ont aussi accusé le héros de «House of Cards» d’essayer de détourner l’attention de cette vieille agression en révélant son homosexualité.

«Révéler son homosexualité, ce n’est pas la même chose que de révéler qu’on s’est jeté sur un garçon de 14 ans. C’est dégoûtant de confondre les deux», a tweeté le critique de cinéma Richard Lawson.

Comme d’autres dans la communauté homosexuelle, le journaliste et militant Glenn Greenwald a jugé le moment choisi particulièrement déplacé: «toutes ces occasions que Kevin Spacey a eues de sortir du placard et d’être un modèle pour d’autres: et il ne le fait que quand il se retrouve impliqué dans l’agression d’un adolescent», a-t-il déploré.

D'autres accusations

Des critiques qui se multipliaient lundi alors qu’émergeaient d’autres accusations contre l’acteur.

«J’étais une admiratrice de Kevin Spacey jusqu’à ce qu’il agresse quelqu’un que j’aime», avait ainsi tweeté le 13 octobre une ex-présentatrice américaine de télévision, Heather Unruh, sans mentionner le nom de la victime présumée. Le tweet était alors passé inaperçu, mais refaisait surface lundi.

Et l’actrice américaine Rosie O’Donnell d’accuser elle aussi Spacey dans un tweet incendiaire: «comme Harvey nous savions tous pour toi», a-t-elle affirmé.

À Londres, où Spacey fut 11 ans durant directeur artistique du prestigieux théâtre Old Vic, certains ont laissé entendre que l’acteur pourrait être confronté à d’autres faits.

«Beaucoup de gens de théâtre et du monde de la création connaissaient des histoires sur beaucoup de monde depuis des années, et Kevin Spacey était l’un de ceux sur lesquels les gens avaient des inquiétudes, oui», a déclaré Vicky Featherstone, directrice artistique du Royal Court Theatre, interrogée sur la BBC.