À 22 ans, Karelle Tremblay compte déjà une dizaine de longs métrages au compteur.

Karelle Tremblay: une vie de cinéma

Karelle Tremblay ne sait plus ce qui a déclenché son envie d’être actrice. Et elle se demande «chaque jour» pourquoi elle fait ce métier. À bien y penser, la jeune femme se souvient que, toute petite, elle n’écoutait pas «les petits bonshommes» comme son frère, mais, inlassablement, Forrest Gump, le classique de Zemekis. Cette passion du cinéma qui l’habite depuis en fait une artiste très populaire. Malgré les doutes. Ou peut-être à cause de ceux-ci.

À 22 ans, elle a l’âge où les étudiantes du Conservatoire rêvent d’un simple rôle. Karelle Tremblay a déjà une carrière! Depuis ses débuts à la télé, à 14 ans, elle enfile les interprétations. Au cinéma, le compteur va bientôt atteindre la dizaine de longs métrages. Anne Émond lui a confié le rôle principal de son très beau Les êtres chers (2014), où la jeune actrice crevait l’écran. On comprend aisément que Sébastien Pilote ait fait la même chose pour La disparition des lucioles. Comme la comédie dramatique repose sur ses épaules, «c’est vertigineux un peu. J’ai eu peur», avoue-t-elle.

Tremblay n’a pas la grosse tête pour autant. Au contraire: elle respire la simplicité. Et s’exprime avec franchise. Sur ce qu’elle n’aime pas de son métier : se lever à 4h30 ou faire des photos de promotion, notamment. Pour l’entrevue au Soleil, elle est en pantalon de survêtement, t-shirt noir et casquette beige (qui ne porte pas ombrage à ses très beaux yeux verts)...

Mais sur un plateau, ajoute-t-elle, «il n’y a rien d’autre qui importe». Ce qui explique peut-être qu’elle enfile les rôles à un rythme «étourdissant». «Des fois, je me dis que je pourrais être infirmière», dit-elle mi-amusée mi-sérieuse. «Même si c’est parfois lourd, au final, je ne ferais rien d’autre. Je veux des projets qui me font avancer et évoluer en tant qu’actrice.»


« Même si c’est parfois lourd, au final, je ne ferais rien d’autre »
Karelle Tremblay

Ce sera probablement le cas avec Death of a Ladie’s Man, inspiré de l’œuvre de Leonard Cohen, qu’elle tournera à l’hiver avec Gabriel Byrne (Miller’s Crossing, Suspects de convenance). En attendant, elle amorcera la semaine prochaine l’adaptation de Tu te souviendras de moi par Éric Tessier (Junior majeur) de la pièce à succès de François Archambault, qui a procuré à Guy Nadon l’opportunité d’un rôle magistral.

Bref, le désir de faire l’actrice demeure. La cinéphile qui «aime l’extrême» (Carax, von Trier, Wes Anderson, etc.) rêve de tourner un jour avec Harmony Korine. Mais pas seulement: la réalisation et l’écriture l’intéressent, éventuellement («pour l’instant, j’aime ça faire semblant»). La musique aussi: elle enregistre son premier album comme chanteuse en ce moment.

Ado rebelle
Karelle Tremblay était de passage à Québec, jeudi, pour la présentation de La disparition des lucioles en ouverture du Festival de cinéma de la ville de Québec. Elle incarne Léo, une ado en colère et frustrée, qui habite «dans un cul-de-sac» — une ville imaginaire sur le bord du Saguenay. Pas un gros rôle de composition, dit-elle. «Je me suis sentie comme à 14-15 ans. Je ne suis pas allé chercher super loin pour donner ses couleurs au personnage.»

Karelle Tremblay incarne dans «La disparition des lucioles» une ado en colère et frustrée, qui habite «dans un cul-de-sac».

Le contexte, par contre, lui était étranger. Arrivée à «même pas» deux ans à Montréal avec ses parents, la vie en région ne lui dit rien. Par contre, elle peut très bien imaginer l’aliénation. «Les options ne sont pas les mêmes ni la façon de voir les choses.

«Léo est révoltée de toute et énormément cynique. Les gens autour d’elle ont des idées arrêtées. Elle est à un point dans sa vie où ça lui tente d’évoluer. À la fin du film, son horizon s’ouvre.»

En grande partie parce que son personnage trouve refuge auprès de Steve (Pierre-Luc Brillant), guitariste de sous-sol qui se contente de peu. «Ça la fascine. Il est plus vieux et différent.» Leur relation est ambiguë, mais platonique. «C’est ce que j’aime, que ce ne soit pas sexuel ou amoureux. C’est ce qui est particulier et unique. C’est encore plus fort.»

Parlant de particulier, on peut dire la même chose du parcours de Karelle Tremblay. Et c’en est un qu’on va suivre attentivement.

La disparition des lucioles prend l’affiche le 21 septembre.