Richard Jenkins (Robert Dyne), Debra Winger (Theresa Dyne) et Evan Rachel Wood (Old Dolio Dyne) dans <em>Kajillionaire</em>.
Richard Jenkins (Robert Dyne), Debra Winger (Theresa Dyne) et Evan Rachel Wood (Old Dolio Dyne) dans <em>Kajillionaire</em>.

Kajillionaire : Arnaques en famille *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Miranda July est une artiste multidisciplinaire, qui se consacre épisodiquement au cinéma. Ce qui explique que Kajillionaire soit son troisième long métrage en 15 ans et que sa proposition n’ait pas peur de sortir des sentiers battus : bizarre, à la limite étrange, mais absolument fascinant et décalé dans sa description d’une famille d’arnaqueurs à la petite semaine qui cherche à vivre hors du système.

Robert et Theresa Dyne, joués par Richard Jenkins et Debra Winger, ont élevé Old Dolio Dyne (Evan Rachel Wood) dans des préceptes pour le moins originaux. Mais ces parents pathétiques, distants et rapaces ont aussi fait de leur fille de 26 ans une asociale qui souffre de sérieuses carences affectives. Jusqu’à ce que Melanie Whitacre (Gina Rodriguez) se joigne à eux pour une arnaque conçue à la va-vite.

La jeune femme va avoir un effet perturbateur sur la dynamique du trio d’exploiteurs. Car pour la séduire, Robert et Theresa vont lui témoigner de l’affection — ce qu’ils n’ont jamais fait pour Old Dolio…

Le film est parsemé, à des moments-clés, de secousses sismiques. Les Dyne vivent avec une peur panique du Big One, LE tremblement de terre qui devrait ravager la côte ouest américaine. Mais c’est aussi une métaphore des bouleversements qui secouent Old Dolio.

On peut facilement effectuer des rapprochements avec le clan de Parasite de Bong Joon-ho ou, surtout, celui d’Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda (à la limite les Bougons, mais en beaucoup moins trash).

L’originalité de la proposition de Miranda July réside dans le ton décalé du récit — ce qui contraste avec une réalisation somme toute classique, misant sur de longs plans, bien composés, qui utilisent souvent les miroirs (Old Doli et Melanie sont comme les deux faces d’une même médaille).

Melanie et Old Doli sont comme les deux faces d’une même médaille.

Kajillionaire aurait tout aussi bien pu être écrit par Charlie Kaufman (Du soleil plein la tête) tellement il est déstabilisant. Mais pour que le film fonctionne, il faut un investissement considérable des acteurs, en particulier Evan Rachel Wood, loin d’apparaître sous son meilleur jour en Old Doli, toujours habillée des mêmes vêtements, style sans-abri. Il faut aussi souligner la présence de Debra Winger (Officier et gentleman, Tendres passions), qu’on a peu vu au cinéma dans les années 2000, dans un rôle ingrat.

Ce qui importe, toutefois, demeure le regard sans concession ni sentimentalisme que porte la cinéaste sur ses personnages. Grâce à ceux-ci, Miranda July peut évoquer la précarité et les normes sociales, mais aussi la solitude et le manque de soins d’une partie des gens âgés, souvent victimes de leur isolation. C’est pas parce qu’on rit (jaune), que c’est drôle.

Il faut d’ailleurs souligner que Miranda July réussit un délicat exploit en abordant ces thèmes avec un humour absurde qui contribue beaucoup au charme de Kajillionaire.

Kajillionaire est disponible en vidéo sur demande.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Kajillionaire

Genre : Comédie dramatique

Réalisatrice: Miranda July

Acteurs : Evan Rachel Wood, Richard Jenkins, Debra Winger, Gina Rodriguez

Durée : 1h46