Antoine Olivier Pilon enfile à nouveau les patins de Janeau Trudel.

Junior majeur: petits patineurs devenus grands

CRITIQUE / Cinq ans se sont écoulés depuis la victoire des Lynx, dans le très sympathique film Pee Wee 3D, déjà signé Éric Tessier.

Le réalisateur reprend sa caméra pour cette suite moins enthousiasmante, mais néanmoins efficace. Antoine Olivier Pilon et Rémi Goulet — à présent jeunes adultes dans la vie comme dans le film — enfilent à nouveau les patins de Janeau Trudel et Joey Boulet. Ils portent désormais le chandail des Saguenéens de Chicoutimi. Une équipe qui évolue en Junior majeur.

Comme il aurait été malvenu de faire une suite sans y incorporer leur complice Julie (Alice Morel-Michaud), mais que le réalisme ne permettait pas d’entorse aux règlements de cette ligue exclusivement masculine, l’ex-gardienne de buts des Lynx s’est reconvertie dans le journalisme sportif. La voici donc pas trop loin de la patinoire. Cette présence féminine permettra en outre d’attiser la « vieille » rivalité qui a existé entre les deux coéquipiers (devenus les meilleurs amis du monde... ou presque). Une bonne idée, bien exploitée.

Comme il le faisait à l’époque de Pee-Wee, le récit continue d’explorer, au second plan, les relations parents-enfants. C’est pourquoi on retrouve ici Normand Daneau et Édith Cochrane dans leur rôle respectif, mais surtout Claude Legault, qui, plus que les deux premiers, a le loisir d’enrichir véritablement son personnage : il est devenu l’agent de son fils Joey... et n’a rien perdu de son intensité.

Les thèmes explorés dans Junior majeur se sont toutefois adaptés à l’âge et la nature des protagonistes : il sera donc rapidement question de surconsommation d’alcool, de textos au volant et de sexualité – et plus seulement de camaraderie, d’ambition personnelle, et du lien de confiance entre les joueurs, même si ces thèmes demeurent au centre du scénario.

Pour les « Sag’ », l’enjeu est simple : il est impératif de se qualifier en vue des séries éliminatoires (imminentes). Faute de quoi, les joueurs peuvent s’attendre à un grand ménage au sein de l’équipe. Or, le film démarre sur une saison difficile, que certains lient directement aux performances en dent de scie de leur joueur-vedette... qui n’est nul autre que Janeau Trudel, plus impétueux que jamais. Comme de son côté Joey n’a pas mis son arrogance au vestiaire, les choses s’équilibrent assez bien.

Autour du trio gravitent aussi Patrice Robitaille (impeccable en coach à grande gueule), Nicolas Canuel, Madeleine Péloquin et Sophie Prégent. Sans oublier Guy Nadon (le Yoda des Lynx), le temps d’un caméo.

La réalisation est très dynamique, surtout lors des séquences sur glace (matchs ou séances d’entraînement), et le film bien rythmé dans l’ensemble. 

Des lacunes dans le jeu

On regrettera toutefois un récit un scénario passablement convenu. La glace était déjà mince à l’époque de Pee-Wee 3D, mais la présence des jeunes compensait cette lacune, en apportant une dose de fraîcheur et d’énergie qu’on ne retrouve pas ici, à l’âge où l’on aborde tout de façon viscérale, quels que soient les enjeux (la carrière, les sentiments, la savante distance qu’on entretient avec papa) et où l’on se prend au sérieux. 

Les comédiens, jeune ou moins jeune, jouent de façon un peu trop appuyée. Dans le registre « grave », ça passe. Mais dans les scènes plus légères, la joie et l’émotion semblent régulièrement plaquées. Et les répliques ne sont pas toujours subtiles. Oh, chacun aura de jolis moments de vérité (les scènes les plus névralgiques ont, elles, été particulièrement soignées ; l’effondrement de Julie est d’une réussite exemplaire), mais ce n’est pas constant. On aurait aimé plus de finesse dans la direction d’acteur. 

Cette note sur la justesse ne concerne toutefois ni Antoine Olivier Pilon, ni Claude Legault, qui jouent dans une ligue à part, avec une subtilité de professionnels.

Le synopsis, les thèmes abordés, la trame sonore (plus électro et moins pure-laine que Pee-Wee ; mais elle a eu la belle idée d’inviter Matt Holubowski à une scène de lit sensuelle, alors on lui pardonne) : tout a été pensé pour satisfaire ce public qui grandit au même rythme que les protagonistes. Et force est d’admettre que le mandat est rempli : c’est un divertissement très honnête. Peut-être pas aussi réjouissant que Pee-Wee 3D, mais néanmoins réussi. 

En revanche, on estime que le dénouement évacue de façon frivole (c’est-à-dire sans l’avoir « narrativement » résolue) une importante question morale soulevée plus tôt. Ce qui, dans le contexte d’un film grand public, nous a chicoté un peu. Et a visiblement aussi chicoté les producteurs, à en juger de la présence de cette capsule vidéo qui s’incrustera durant le générique pour, oui, faire un peu de promo multiplateforme... mais aussi pour endosser le message moralisateur que le scénario du film a « oublié » d’assumer.


INFOS

Titre : Junior majeur

Réalisateur : Éric Tessier

Distribution : Antoine Olivier Pilon, Rémi Goulet, Alice Morel-Michaud et Claude Legault

Cote : ***