Judy (Mia Wasikowska) sert de faire-valoir à Punch (Damon Herriman).
Judy (Mia Wasikowska) sert de faire-valoir à Punch (Damon Herriman).

Judy et Punch: revisiter un classique avec panache *** 1/2

CRITIQUE / Punch et Judy existe depuis le milieu du XVIIe siècle. Il met en scène deux marionnettes, un homme qui bat sa femme, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Sa phrase leitmotiv: «That’s the way to do it» (c’est la façon de faire). Depuis des générations, les enfants ont intégré ce schéma narratif. Mirrah Foulkes a décidé d’en altérer la perspective avec Judy et Punch.

Dans ses grandes lignes, cette percutante et pertinente comédie dramatique noire respecte le canevas original avec une intéressante twist. Les marionnettistes Punch et Judy manipulent les pantins… Punch et Judy. Et ce qui se déroule sur scène est reproduit dans la «vraie vie» où elle lui sert de faire-valoir.

Punch (Damon Herriman), en état d’ébriété, échappe son bébé par la fenêtre. Judy (Mia Wasikowska) arrive et le confronte violemment. L’alcoolique perd les pédales et rosse sa femme. Il s’évertue ensuite à rouler dans la farine le policier (Benedict Hardie) qui enquête sur la double disparition.

Car le mécréant a laissé la malheureuse pour morte dans les bois. C’est ici que l’histoire bifurque. Les hérétiques qui vivent dans la forêt par peur de passer au bucher de Seaside, bourgade perdue de l’Angleterre du XVIIe, recueillent Judy.

L’hypocrite Punch, lui, fait faussement accuser de sorcellerie le couple de serviteurs presque séniles de ses beaux-parents décédés.

L’hypocrite Punch fait faussement accuser de sorcellerie le couple de serviteurs presque séniles de ses beaux-parents décédés.

L’époque est brutale, mais tracer des parallèles avec la situation actuelle s’impose rapidement. On excite les foules en répandant des rumeurs et la justice expéditive se soumet à la vindicte populaire basée sur les préjugés plutôt que sur les faits...

Présenté en première mondiale à Sundance en 2019, le film a remporté deux trophées sur ses neuf nominations aux «Oscars» australiens : meilleur acteur et trame sonore (de François Tétaz, qui joue brillamment sur les atmosphères, distillant tension et étrangeté à petites doses). Herriman (Charles Manson dans Il était une fois à Hollywood) se révèle en effet diabolique en Punch, homme imbuvable, manipulateur et empli de mauvaise foi — un personnage qu’on adore détester. Wasikowska (Alice de l’autre côté du miroir, Madame Bovary) livre également, comme d’habitude, une forte performance en Judy vengeresse.

Wasikowska livre une forte performance en Judy.

C’est peut-être la plus grande faiblesse du film: bien qu’ils soient des archétypes, les personnages principaux manquent de nuances. Critique qu’on peut étendre aussi à l’ensemble du récit. Mais ne perdons pas de vue l’essentiel.

Outre le fait qu’il s’agit d’un long métrage prenant et fascinant, il se veut une éloquente dénonciation de la violence conjugale, de la négligence parentale et de la misogynie rampante qui gangrène encore nos sociétés.

Judy et Punch repose sur une perspective ouvertement féministe, certes, mais l’œuvre aspire aussi à incarner un éloge de la différence. Les habitants de la forêt n’ont commis qu’un seul péché, celui d’afficher une certaine originalité. Évidemment, tout dépend du point de vue...

Mirrah Foulkes présente un premier long métrage fort réussi, qui laisse entrevoir d’autres belles choses dans le futur.

Bref, ça punche!

Judy et Punch est disponible sur iTunes et la plupart des plateformes de vidéo sur demande.

Au générique

Cote: *** 1/2

Titre: Judy et Punch

Genre: comédie dramatique

Réalisateur: Mirrah Foulkes

Acteurs: Mia Wasikowska, Damon Herriman

Durée: 1h45