Dans <em>Je veux juste en finir</em>, une jeune femme (Jessie Buckley) prend la route avec Jake (Jesse Plemons) pour visiter les parents de celui-ci, qui vivent dans une ferme isolée.
Dans <em>Je veux juste en finir</em>, une jeune femme (Jessie Buckley) prend la route avec Jake (Jesse Plemons) pour visiter les parents de celui-ci, qui vivent dans une ferme isolée.

Je veux juste en finir: déprimant et décevant Kaufman ** 1/2

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Charlie Kaufman a mal pris le faible succès d’Anomalisa (2015), comédie dramatique d’animation pour adultes. Il a un temps considéré ne plus revenir à la réalisation. Je veux juste en finir (I’m Thinking of Ending Things) était donc attendu avec impatience. La déception n’en est que plus grande.

Kaufman, rappelons-le, a d’abord établi sa renommée comme scénariste. Son originalité, son humour déjanté et des touches de surréalisme ont imposé un style unique et florissant de trouvailles. Trois de ses cinq premiers films ont marqué l’imaginaire de bien des cinéphiles : Être John Malkovich (1999), Adaptation (2002) et Du soleil plein la tête (2004); les deux derniers lui ont valu un Oscar.

Mais plus ça va, et plus le créateur s’enfonce dans un spleen déprimant. Kaufman aborde les thèmes habituels de son œuvre, crise d’identité, sens de la vie, mortalité, relativité du temps, en poursuivant sa réflexion sur le couple et les difficiles conciliations d’une vie à deux.

Dans Je veux juste en finir, nous en sommes au tout début d’une relation. Une jeune femme (Jessie Buckley) prend la route avec Jake (Jesse Plemons) pour visiter les parents de celui-ci, qui vivent dans une ferme isolée. Une tempête de neige se lève et le voyage est rythmé par le bruit incessant des essuie-glaces et du vent.

Alors qu’elle devrait se réjouir de partir à l’aventure avec son amoureux, Lucy doute de son choix. Au fond, elle «veut juste en finir».

Mais quitter quelqu’un est plus facile à envisager qu’à faire. Surtout quand les choses prennent une tournure vraiment bizarre avec ses beaux-parents niais (Toni Collette et David Thewlis) — ceux-ci changent d’âge constamment.

Le film oscille entre surréalisme et absurde (Beckett n’est jamais loin chez Kaufman). D’ailleurs, Lucy varie en prénom et en profession (peintre, doctorante en physique quantique, étudiante en gérontologie, etc.).

Cette visite s’insère entre les deux longs moments de ce huis clos en forme de road-trip où, essentiellement, Lucy et Jake dissertent sur la vie et échange des réflexions philosophiques sur celle-ci, basées notamment sur La société du spectacle de Guy Debord.

Les références littéraires et cinématographiques abondent : David Lynch, Shining de Kubrick et, de façon plus appuyée, Une femme sous influence (1974). Dans une longue scène, la jeune femme va jusqu’à imiter Gena Rowlands dans le classique de Cassavetes.

Charlie Kaufman échoue lamentablement à faire de tout de fatras bavard et prétentieux un film intéressant et pertinent. Sans parler du fait que sur le plan cinématographique, il se limite souvent à des banals champs / contrechamps. Plusieurs auront décroché avant que ne survienne un moment de grâce d’une beauté foudroyante, une chorégraphie avec deux danseurs qui se glissent dans la peau de la jeune femme et de Jake. Le film y est condensé en cinq minutes.

Dans ce contexte, était-ce vraiment nécessaire de réaliser un (trop) long métrage de 2h14 qui se résume en une thèse mille fois étayée : on est tout seul au monde ?

Je veux juste en finir est diffusé sur Netflix.

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : Je veux juste en finir

Genre : Drame psychologique

Réalisateur : Charlie Kaufman

Acteurs : Jessie Buckley, Jesse Plemons

Durée : 2h14