Dans «Les Gardiennes», Xavier Beauvois a réuni pour la première fois Nathalie Baye et Laura Smet.

Hommage aux femmes de la Grande Guerre

Dans son dernier film, «Les Gardiennes», le réalisateur Xavier Beauvois rend hommage à ces femmes qui ont fait tourner la France pendant la Première Guerre mondiale. Celles restées dans les campagnes pour faire rouler les fermes, alors que les hommes étaient partis au front pour ce qu’on pensait être une guerre éclair.

Après avoir essentiellement mis en vedette la gent masculine dans ses longs métrages, le réalisateur du film Des hommes et des dieux souhaitait faire un film de femmes. « Je sentais le besoin de changer un peu et de m’intéresser aux femmes. Je pensais qu’il y avait un manque, c’est pour ça que je trouvais que c’était une bonne idée de faire ce film », explique le réalisateur, joint cette semaine en France.

Si les films de guerre mettent souvent en première ligne les gueules cassées, les femmes ont pourtant, elles aussi, joué un rôle majeur pendant ces quatre années de boucherie. « Ce sont elles qui ont fabriqué les millions de tonnes d’obus, de munitions. Elles ont conduit des trains, elles ont fait plein de choses. Et, on n’a jamais vraiment rendu hommage à ces femmes. J’avais envie de mettre ça en lumière à l’occasion du centenaire. »

Adapté du roman d’Ernest Pérochon, Les Gardiennes débute en 1915 pour s’achever en 1920. À la ferme du Paridier, les femmes travaillent sans relâche. Bien qu’épaulée par sa fille Solange, campée par Laura Smet, Hortense, la doyenne, incarnée par la surprenante Nathalie Baye, engage Francine (Iris Bry), une jeune fille de l’assistance publique, pour les seconder dans les champs, mais aussi à la ferme. En attendant la fin de la guerre, leur vie est rythmée par le dur labeur et le retour des hommes en permission.

Du décor aux costumes, en passant par la gestuelle, rien n’a été laissé au hasard. Le réalisateur souhaitait être le plus fidèle possible à la vie à la campagne au début du siècle dernier. Xavier Beauvois s’est d’ailleurs adjoint les services d’un conseiller technique historien. « On a travaillé sur la véracité du matériel, mais aussi sur tout le reste. » Et pour être complètement immergé dans cet univers paysan, le tournage a eu lieu dans la campagne du Limousin, en France.

Les actrices ont même été contraintes d’apprendre les rudiments de la vie à la ferme. « Elles ont suivi des cours pour ne pas avoir peur des bœufs, à conduire les chevaux, les charrettes, à labourer et à passer la herse. Mais en même temps, elles font des métiers d’hommes, donc il ne fallait pas qu’elles aient l’air de faire ça trop facilement », souligne Xavier Beauvois.

Outre l’apprentissage des métiers de la terre, les costumes et le maquillage des actrices contribuent également à faire revivre cette vie du début du 20e siècle. La métamorphose de Nathalie Baye est saisissante. Cheveux gris, visage et mains usés, l’actrice est méconnaissable. À tel point que sur le plateau de tournage Xavier Beauvois ne la voyait pas comme Nathalie Baye, mais plutôt comme Hortense. « Quand elle arrivait sur le plateau, elle était déjà en Hortense et quand je partais, elle était en train de se faire démaquiller et décoiffer. Alors, la fois où je l’ai vue à la télévision pour la promotion du film de Xavier Dolan, je me suis dit : “Tiens, c’est Nathalie Baye.” D’ailleurs, une fois, elle est allée faire les courses en Hortense, personne ne l’a reconnue », se souvient-il.


«  On n’a jamais vraiment rendu hommage à ces femmes. J’avais envie de mettre ça en lumière.  »
le réalisateur Xavier Beauvois

Les Gardiennes a été l’occasion pour le réalisateur de réunir pour la première fois Nathalie Baye et Laura Smet, mère et fille à la ville, sur un plateau de tournage. « Ça leur a fait du bien de tourner ensemble. Elles se sont beaucoup rapprochées. Mais, elles ont fait abstraction qu’elles étaient mère et fille. Quand elles étaient dans la peau de leur personnage, Laura voyait Hortense et Nathalie voyait Solange. C’était une autre mère et une autre fille », explique-t-il.

Pour casser le rythme de ce duo, le réalisateur a choisi une inconnue du grand écran : Iris Bry. « La directrice de distribution l’a croisée par hasard dans la rue. Elle lui a demandé si elle voulait faire des essais. Je les ai vus et au bout de 20 secondes, c’était elle. C’était évident. Cette fille est tellement intelligente et cultivée que je n’ai pas fait de répétitions. J’ai peur que ça abîme les acteurs. Donc, je lui ai fait confiance », raconte Xavier Beauvois.

Un trio de femmes aux personnalités différentes, mais si complémentaires. Et face à Nathalie Baye la débutante, Iris Bry crève l’écran.

« C’est très facile de jouer avec de grandes actrices comme Nathalie Baye. Elle a tout fait pour l’aider pour qu’elle n’ait pas l’impression d’être devant Nathalie Baye, mais devant une personne normale. Mais de toute façon, Nathalie Baye est très normale comme femme », estime le réalisateur.

Présentement en salle au Cinéma Bytowne