Harvey Weinstein est escorté pour une comparution devant la cour, à New York, le 9 juillet.

Harvey Weinstein condamné d’avance? Les arguments de ses avocats

NEW YORK - Le producteur Harvey Weinstein a été accusé d’agressions sexuelles par quelque 80 femmes, faisant de lui le catalyseur du mouvement #MeToo et le visage de la prédation sexuelle.

Des enquêtes criminelles ont été ouvertes contre lui à New York, Los Angeles et Londres, mais pour l’instant, seules trois accusations d’agressions, sur trois femmes différentes, ont débouché sur une inculpation, toutes à New York: un viol en mars 2013 et deux fellations forcées en 2004 et 2006, qui pourraient lui valoir la prison à perpétuité.

La plupart des allégations contre lui tombent sous le coup de la prescription, mais M. Weinstein fait aussi l’objet de poursuites au civil, par des femmes qui réclament des dommages et intérêts. Une condamnation au pénal viendrait faciliter leur demande de réparation.

Le producteur déchu a toujours affirmé que les relations qu’il avait eues étaient consenties.

S’il est traité en paria depuis des mois, son principal et célébrissime avocat, Ben Brafman - qui a obtenu l’abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Sofitel en 2011 -, a, en quelques audiences et motions déposées au tribunal, révélé certains des arguments qu’il comptait utiliser pour sortir son client des griffes de la justice. En voici les principaux.

«Promotion canapé», le système Hollywood

Harvey Weinstein ne serait que l’un des nombreux orchestrateurs d’un système prévalent de «promotion canapé», estimait Ben Brafman lors de l’inculpation de son client en mai.

«M. Weinstein n’a pas inventé la ‘‘promotion canapé’’ à Hollywood», avait-il déclaré. «S’il y a eu de mauvais comportements dans cette industrie, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Ce ne sont pas des mauvais comportements qui sont jugés dans cette histoire, mais des actes criminels commis intentionnellement, et M. Weinstein a toujours démenti cela».

M. Brafman semblait ainsi dire que M. Weinstein pourrait avoir eu «un comportement inapproprié, et que ce soit quand même d’une certaine façon acceptable», explique l’avocate criminelle Julie Rendelman.

Des propos «polarisants», selon elle, qui, en pleine ère  #MeToo, ont valu de nombreuses critiques au célèbre avocat.

«S’il veut convaincre un jury un jour, je pense qu’il va éviter de tels commentaires à l’avenir», ajoute Mme Rendelman.

Droits de la défense bafoués

Début août, Ben Brafman a versé au dossier des dizaines de courriers électroniques échangés entre Harvey Weinstein et la femme qui l’accuse de viol. Ces échanges semblent indiquer qu’ils avaient une relation amoureuse suivie. Au point que l’accusatrice aurait cherché à présenter le producteur à sa mère un an après le viol présumé, affaiblissant l’idée d’une relation sexuelle forcée.

Sur la base de ces courriels, M. Brafman réclame l’abandon des poursuites, une requête que le juge chargé du dossier devrait trancher lors d’une audience fixée au 8 novembre.

L’avocat estime que le fait que le procureur n’ait pas montré ces échanges au «grand jury» populaire, réuni à huis clos pour confirmer que les preuves étaient suffisantes pour inculper M. Weinstein, porte atteinte aux droits de la défense.

Personne ne sait cependant ce qui a été présenté au grand jury, car ses débats sont secrets. Le procureur est effectivement tenu de partager avec la défense les éléments susceptibles de disculper l’accusé, mais pas forcément dès l’étape du grand jury, explique Bennett Gershman, ex-procureur et professeur de droit à l’université Pace de New York.

Selon la procureure Joan Illuzzi-Orbon, rien dans les courriels ne contredit les accusations de viol.

Crédibilité des victimes

Reste que ces courriels, qui touchent à la question-clé du consentement et de la crédibilité des victimes, sont «la question la plus saillante actuellement», avance l’avocate Julie Rendelman.

Même si le juge décide que le procureur n’était pas tenu d’en faire part dès le départ à M. Brafman, ces échanges peuvent aider à «soutenir la thèse de la défense» selon laquelle les relations avec ces femmes étaient consenties, dit Bennett Gershman.

Quand bien même «une personne peut évidemment avoir une liaison consentie et subir malgré tout un viol», les courriels pourraient miner la crédibilité de l’accusatrice, souligne Mme Rendelman. Et «tout ce qui affaiblit un dossier peut finir par saper la totalité du dossier du procureur», ajoute-t-elle.

Ben Brafman répète volontiers qu’il obtiendra l’exonération complète de M. Weinstein, comme il y était parvenu pour Dominique Strauss-Kahn.

Mais selon l’ancien procureur Bennett Gershman, les chances sont fortes de voir les avocats de Harvey Weinstein finir par accepter un accord de plaider coupable, qui lui permettrait d’écoper d’une peine réduite.

«Si (le procureur) leur fait une offre raisonnable, je crois qu’ils l’accepteront. C’est beaucoup plus difficile (d’être acquitté) aujourd’hui qu’il y a 20 ou 30 ans et la défense le sait», dit-il, citant pour preuve la condamnation récente pour agression sexuelle de l’ex-vedette de la télévision américaine Bill Cosby, premier verdict de l’ère  #MeToo.