Sophie Deraspe, meilleure réalisatrice, et Nahéma Ricci, révélation de l'année, pour <em>Antigone.</em>
Sophie Deraspe, meilleure réalisatrice, et Nahéma Ricci, révélation de l'année, pour <em>Antigone.</em>

Gala Iris: Antigone rafle la mise

La plupart des observateurs s’attendaient à ce qu’Antigone rafle la mise au gala des Iris 2020 et c’est exactement ce qui est arrivé mercredi soir. L’excellent et poignant long métrage de Sophie Deraspe a obtenu les prix des meilleurs film, réalisation, scénario, montage, distribution des rôles ainsi que celui de révélation de l’année, décerné à l’incandescente Nahéma Ricci. Ces six Iris lui sont décernés au cours d’une année exceptionnelle pour notre cinéma, placée sous le signe de l’ascension des femmes.

L’interprète d’Antigone, tout sourire, a d’ailleurs profité de son prix pour remercier sa mère et sa grand-mère qui lui ont permis de «rêver de devenir actrice». Quant au long métrage et sa réalisatrice, ce fut «une rencontre qui m’a changée», a témoigné Nahéma Ricci.

«Réaliser un film, c’est travailler avec une équipe et j’en ai eu une extraordinaire, s’est exclamée Sophie Deraspe pour son Iris de meilleur réalisatrice. Merci à toute la famille d’Antigone.» Rappelons que la libre adaptation du drame de Sophocle a également obtenu cinq prix Écrans canadiens.

La cinéaste a tenu à rappeler qu'Antigone est une tragédie deux fois millénaire, celui d’une jeune héroïne qui se bat contre le système. Son film sert aussi de véhicule de dénonciation aux «injustices de notre système global».

Le «gala sur le sofa» incarnait une grande première au Québec, celle d’un gala diffusé en majorité sur le Web, pandémie de la COVID-19 oblige. Guillaume Lambert agissait comme maître de cérémonie, en direct du Lion d’or à Montréal, avec Élise Guilbault et Mani Soleymanlou. «J’ai décidé de suivre les conseils de ma ministre et de me réinventer», a ironiquement commenté le dramaturge.

La soirée s’est bien amorcée, plusieurs des 188 finalistes ayant tourné de petites vidéos pour cette cérémonie célébrant l’excellence du cinéma québécois. Des pépins techniques ont toutefois perturbé la remise des deux premiers prix. Micheline Bernard, lauréate du mérité Iris de la meilleure actrice de soutien pour Matthias & Maxime, n’a jamais pu prononcer ses remerciements à ce moment. «On espère fortement revenir à la télévision l’an prochain», a lancé Guillaume Lambert. Mme Bernard a toutefois pu revenir à la toute fin de cette première partie.

Les pépins techniques n'ont pas freiné l'enthousiasme de Micheline Bernard.

Le gala s’est ensuite déplacé à la télévision, sous l’hospice de Bonsoir, bonsoir! L’émission animée par Jean-Philippe Wauthier remettait quatre prix, dont celui du meilleur film à Antigone — dans cette catégorie, six des sept nominations appartenaient à des femmes.

Il pleuvait des oiseaux de Louise Archambault a gagné les trois autres : prix du public et des meilleurs acteurs. «Un film prend réellement vie quand il est partagé avec le public», a fait remarquer la réalisatrice.


Gilbert Sicotte et Andrée Lachapelle dans Il pleuvait des oiseaux de Louise Archambault.

C’était couru : Andrée Lachapelle a obtenu de façon posthume l’Iris de l’actrice pour sa magnifique incarnation de Marie-Desneiges. Sa fille Nathalie Gadouas a reçu le prix : «Je suis très émue. Maman serait ravie et très fière. […] Ça lui a permis de finir sa carrière en beauté.»

Gilbert Sicotte, le lauréat masculin, était lui aussi très touché de partager son prix avec Andrée Lachapelle. «Je te salue en haut, ma belle, ma tendre partenaire de jeu», a-t-il proclamé avant de dédier son trophée «aux aînés du Québec qui ont été maltraités pendant cette pandémie dans des lieux innommables».

Les Iris avaient une petite touche internationale cette année puisque le trophée du meilleur acteur de soutien fut décerné à Sergio Castellitto pour son interprétation marquante du parrain dans Mafia Inc. de Podz. «Un film, c’est aussi les souvenirs que tu laisses et ceux que tu ramènes [en Italie]. C’est une grande joie.»

Parlant d’international, Matthias & Maxime, en compétition officielle à Cannes et présenté dans une quarantaine de festivals en 2019, est reparti avec le titre du film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec. Fait notable, le long métrage de Xavier Dolan était absent des catégories des meilleur film, scénario et réalisation… Outre Micheline Bernard, le pianiste Jean-Michel Blais a mérité le prix de la meilleure musique originale.

Sympathie pour le diable a aussi tiré son épingle du jeu. Le puissant drame de Guillaume de Fontenay s’est illustré comme meilleur premier film, en plus de deux récompenses techniques. «Ça me va droit au cœur», a-t-il commenté, rappelant qu’il lui avait fallu 14 ans pour concrétiser ce projet adapté du livre du même nom de Paul Marchand. Le cinéaste a rendu hommage au regretté journaliste et à «tous ceux et celles qui ont souffert du siège de Sarajevo».

Comme toujours dans ce genre de gala, il y a toujours de grands gagnants et de grands perdants. La femme de mon frère de Monia Chokri (11) et Kuessipan (sept) repartaient les mains vides.

Présent dans les catégories de pointe, Le vingtième siècle de Matthew Rankin a obtenu quatre Iris techniques.

Outre l’Iris hommage attribué à la grande documentaliste Alanis Obomsawin, «femme de parole, de cœur et d’action» dont l’œuvre est remarquée partout dans le monde en raison du rayonnement qu’elle donne aux Premières nations, l’émotion a tout de même transcendé cette diffusion «distancée» lors du moment commémorant les grands disparus de la dernière année, avec des témoignages des trois animateurs.

La liste complète des prix.