Vincent Cassel (à droite) arrive parfois à laisser transparaître le malaise existentiel du commandant Visconti, surtout dans ses affrontements avec Yan Bellaile (Romain Duris), le principal suspect dans l’histoire de la disparition de Dany Arnault, un fils de bonne famille.

Fleuve noir: sur des flots agités **1/2

CRITIQUE / Sur la seule foi de sa distribution d’enfer — Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain, Élodie Bouchez —, et de son adaptation du polar «Une disparition inquiétante», «Fleuve noir» était immensément prometteur. Malheureusement, une intrigue bancale, une réalisation banale et quelques sorties de route viennent gâcher notre plaisir anticipé. Un bon film de genre qui ne laissera de souvenirs impérissables à personne.

Une chance qu’il y a les acteurs! Cassel est prisonnier des limites de son personnage de commandant de police sorti tout droit du répertoire de clichés du genre : vulgaire, désabusé, alcoolique (ah! la fameuse bouteille cachée dans le tiroir…), réactionnaire, sexiste, séparé, mauvais père et j’en passe. 

Évidemment, il en fait un peu trop. Mais, bon, il arrive parfois à laisser transparaître le malaise existentiel du commandant Visconti, surtout dans ses affrontements avec Yan Bellaile, le principal suspect dans l’histoire de la disparition de Dany Arnault, un fils de bonne famille.

Romain Duris incarne avec brio ce prof introverti et un brin exalté qui donnait des cours de français à l’adolescent. Voisin de la famille Arnault, celui qui rêve d’être écrivain s’intéresse un peu trop à l’enquête au goût du flic, qui en fait bientôt une véritable obsession. 

Visconti ressent aussi une fascination malsaine pour Solange Arnault (Kiberlain, sous-utilisée), mère éplorée fortement ébranlée par la disparition de son fils, qui lui renvoie en plein visage sa désaffection et ses failles dans l’éducation de son propre fils Denis, 16 ans, qui traficote de la drogue. Une intrigue secondaire que le réalisateur néglige complètement et dont le parallèle s’avère ardu…

Érick Zonca ne joue d’ailleurs pas un rôle de capitaine très convaincant sur les flots de son Fleuve noir. Pour rester dans l’analogie, son bateau prend l’eau. Après avoir ébloui tout le monde et le Festival de Cannes avec La vie rêvée des anges, César du meilleur film en 1998, le cinéaste français n’a pas été à la hauteur des attentes suscitées par son premier long métrage. 

Ce quatrième essai ne fera pas remonter sa cote en raison de sa direction d’acteurs approximative, son manque d’inventivité derrière la caméra (c’est platement filmé) et ses raccourcis scénaristiques (il signe l’adaptation avec Lou de Fanget Signolet). Il établit tout de même un climat crépusculaire, avec des images très sombres.

Par contre, les spectateurs patients, ou plus indulgents envers les polars pour passer un bon moment de cinéma, seront récompensés à la fin, avec un dénouement surprenant et ambigu sur le plan moral qui suscite bien des questionnements.

Si seulement tout ce qui précède avait été à la hauteur...

AU GÉNÉRIQUE

• Cote : ** ½

• Titre : Fleuve noir

• Genre : drame policier

• Réalisateur : Érick Zonca

• Acteurs : Vincent Cassel, Romain Duris et Sandrine Kiberlain

• Classement : 13 ans et plus

• Durée : 1h54

• On aime : la distribution, la finale surprenante

• On n’aime pas : l’intrigue bancale, la réalisation banale