Mad Dog Labine donne une voix au Pontiac et permet à des jeunes actrices, comme l’Aylmeroise Ève-Marie Martin (à gauche) de montrer leur talent.

FFO: une ode filmée dans le Pontiac

Les artisans de Mad Dog Labine ainsi que sa toute jeune vedette, l’Aylmeroise Ève-Marie Martin, viennent présenter leur long métrage – le tout premier entièrement tourné dans la région du Pontiac – au Festival du film de l’Outaouais (FFO).

Les festivaliers pourront notamment rencontrer Jonathan Beaulieu-Cyr et Renaud Lessard, les deux coréalisateurs de Mad Dog Labine (film intitulé Le Gratteux en 2017, quand Le Droit avait consacré plusieurs pages à son tournage) lors des deux projections prévues (mardi, à 15 h, au Cinéma d’Aylmer ; mercredi 27 mars à 17 h au Cinéma 9) avant sa sortie en salles : le 5 avril à Montréal ; quelques semaines plus tard, en régions.

Le scénario de Mad Dog Labine pourrait être résumé en deux phrases, mais l’intérêt du film réside avant tout dans la volonté du tandem de dépeindre en images le Pontiac. De mettre en valeur cette « vaste région » méconnue, voire « oubliée », aussi « mystérieuse » que « bigarrée », et lui donner l’occasion de rayonner, confie Renaud Lessard.

Zone de chasse aux allures de Far-West québécois ; région dont l’essor économique a été miné par la déconfiture de l’industrie forestière ; MRC marquée par le « dynamisme » et « l’accueil chaleureux » de ses résidents : « le Pontiac a une riche histoire », rappelle le cinéaste, en soulignant l’« identité culturelle très particulière » du territoire, et les sonorités d’un accent marqué par le « mélange des langues ». « On avait envie de célébrer cette spécificité culturelle ! » Tournage in situ, recrutement de bénévoles et de comédiens amateurs dans les premiers rôles... ce terreau humain allait façonner le film, bien davantage que l’inverse.

Dans l’esprit naturaliste du cinéma direct, le tandem a décidé de recourir à la « docufiction », avec une approche non pas anthropologique, mais « socio-documentaire ».

« La ligne dramatique est simple mais le traitement » permet de mieux « rendre compte de la réalité et de la complexité » du Pontiac, ainsi que de « ses enjeux socio-économique », poursuit Renaud Lessard.

L’Équipe de production – Rococoeur – a donc fait participer très activement la population : non seulement les Pontissois s’y partagent de multiples rôles, mais leur regard et leurs commentaires ont largement nourri, voire guidé, le film.

Processus collaboratif

Le processus était « très collaboratif. Même au plan narratif, on demandait aux jeunes ce qu’il devrait y avoir dans le film. Tout ça transparait nécessairement à l’écran. C’était une situation créative qu’on trouvait extrêmement inspirante. »

L’équipe a par exemple intégré le jeune Pascal Beaulieu, qu’on voit sur une barque, présenter sa région et philosopher tout en pêchant. Rien n’est scripté dans ses scènes. « Ces parties-là sont complètement documentaires. On n’avait pas de rôle masculin, dans notre squelette de scénario, mais en rencontrant tout le monde, on est tombés sous le charme de son attitude et de son discours. On n’a pas pu lui écrire de rôle – aucun rôle ne pouvait être à la hauteur de la réalité – mais il a toute la légitimité de se retrouver dans le film », illustre Jonathan Beaulieu-Cyr.

Plus didactique, « ce que dit Pascal donne du poids au reste de la fiction. Ça l’ancre dans la réalité », poursuit son comparse.

« Pour nous, c’était hyper important que ce soit des jeunes de la région » qui insufflent leur énergie au film. « La couleur de la langue, il fallait que ça feel vrai. » Une poignée de comédiens professionnels (Emmanuel Bilodeau, Sébastien Ricard, Charlotte Aubin, Barbara Ulrich et la jeune gang du Chalet) leur donnent brièvement la réplique et « viennent contrecarrer » leurs plans, « renforçant un peu plus le sentiment d’aliénation de la jeunesse », explique le duo.

En gang, « on a eu envie de discuter d’attachement au territoire. Et des limites de cet attachement, car, dans le Pontiac, si tu veux étudier, il faut que tu te déracines. C’est une réalité qu’on oublie, quand on vit dans les grands centres », où l’accès au Cégep coule de source.

Signe que les artisans du film ont parcouru en long et en large la topographie des lieux, le village fictif où se situe l’action est en réalité un collage de nombreuses municipalités de la MRC.

Notre entretien avait lieu lundi, au même moment où leur film était projeté à Fort-Coulonge. « Dans l’École secondaire Sieur de Coulonge... précisément là où le projet a débuté », souligne Jonathan Beaulieu-Cyr. « C’est dans cette école qu’on a fait le casting. C’est là qu’on a rencontré plein de jeunes et c’est là, en discutant avec eux, qu’on a découvert leurs personnages. » Au fil de ces échanges, « on a pu comprendre qui ils sont : leurs peurs, leurs craintes leurs ambitions. Ces rencontres ont fortement influencé le film ».

Cette école secondaire « est d’ailleurs le seul endroit dans la région où on peut projeter le film, parce qu’il n’y a pas de cinéma » rappelle-t-il dans la foulée.

Lors d’une autre projection dans le Pontiac, deux jours plus tôt, un jeune dans le public a mentionné à Jonathan Beaulieu-Cyr qu’il s’agissait du premier film qu’il voyait sur grand écran, et il s’enthousiasmait que ce soit un film « fait chez nous », rapporte le tandem. « Quelque part, on a réussi à rendre le cinéma d’auteur plus accessible et plus “jeune” » se réjouit Renaud Lessard. « Il y a quelque chose de subversif qui me plaît, à faire un film d’auteur en région », ajoute-t-il.

Mélange des genres

Dans le passé, les deux co-réalisateurs ont signé plusieurs courts métrages, mais en se cantonnant plus clairement à des genres précis. « C’est la première fois qu’on a cette approche mixte, où on mélange le documentaire et la fiction. D’ailleurs, on a aussi mélangé les genres, les tons et les esthétiques », en se permettant de jouer autant avec les codes de la comédie que ceux du drame ou du cinéma d’horreur, éclaire le réalisateur natif d’Aylmer. « J’ai habité là jusqu’à 18 ans, à une époque où il n’y avait même pas de salle de cinéma. Revenir 10 ans plus tard avec un film en main, c’est hyper inspirant ! »

L’équipe de Rococoeur est par ailleurs derrière la websérie Cœur d’or, faite « avec la même fougue et une approche esthétique complètement différente », et disponible depuis quelques jours sur le site internet d’Unis TV (unis.ca).