Depuis bientôt dix ans, le pianiste et compositeur Guy Saint-Pierre tente de réaliser des films de la même façon qu’il compose la musique. Cela donne des courts métrages sans paroles, conçus pour être projetés sur scène pendant que des musiciens jouent la trame sonore en direct. Ce sera le cas avec sa plus récente création, Je suis, dont la deuxième représentation à vie aura lieu dimanche au Théâtre Centennial.

Faire un film comme de la musique

Vous connaissez sûrement le slogan « j’ai tellement aimé le produit que j’ai acheté la compagnie ». Il y a une variante pour Guy Saint-Pierre : il a tellement aimé composer de la musique pour l’image… qu’il a fini par tourner ses images lui-même, sans avoir jamais fait de film de sa vie.

En fait, précise-t-il, cette nouvelle carte dans sa manche vient surtout du désir de stimuler son côté créatif, afin d’éviter une certaine routine. D’ailleurs, lorsque l’on regarde son parcours de musicien, on s’aperçoit très vite qu’il a toujours aimé toucher à tout.

« J’ai étudié le jazz, mais j’ai été interpellé par toutes sortes de genres : la pop, le classique, la chanson… J’avais autant envie de travailler avec des instruments à cordes qu’avec une guitare électrique. J’ai été musicien pour des mariages, j’ai accompagné des artistes comme Joe Bocan, j’ai joué sur des albums pour enfants, j’ai même déjà été ingénieur du son pour un disque country. Cette polyvalence m’a permis de toujours gagner ma vie avec la musique. »

Ce large éventail d’intérêts le prédestinait, estime-t-il avec le recul, à composer pour l’image. « Parce qu’il faut être à l’aise avec différents styles », explique celui dont le premier contrat télévisuel, sauf erreur, fut pour Décore ta vie. De fil en aiguille, il a enfilé les émissions jeunesse, les jeux-questionnaires, les documentaires, les films de fiction (dont Ma vie en Cinémascope), récoltant même des nominations aux Gémeaux et à l’ADISQ.

Son plus récent mandat : écrire la musique de Jenny, une télésérie sur la problématique du cancer chez les adolescents et mettant en vedette Émilie Bierre et Patrice Godin. La deuxième saison prend justement l’affiche mercredi prochain à Unis TV.

Déposer la caméra

« Plus jeune, j’ai aussi eu mon propre groupe de musique pop. Et au début de la quarantaine, quand les choses ont commencé à bien aller pour moi comme compositeur pour la télé, j’ai eu envie de regoûter à un projet personnel, parce que c’est une autre fonction créative qui s’active lorsque tu vas chercher ta spécificité au fond de toi. J’avais aussi remarqué que ce qui me touchait le plus dans la composition pour l’écran, c’étaient les images de pure vérité dans un documentaire, lorsque les réalisateurs n’arrangent rien. »

Guy Saint-Pierre a ainsi eu envie de faire un film de la même façon qu’il écrit de la musique, c’est-à-dire en suivant l’inspiration du moment, mais aussi à partir des imprévus en cours de création.

Est donc né, en 2012, le Concerto pour caméra et piano, avec neuf musiciens sur scène (il en offrira d’ailleurs trois extraits à son concert de dimanche) qui jouent pendant que les images sont projetées sur écran. Pour son film, Guy Saint-Pierre s’est simplement inspiré de choses qui arrivaient dans sa vie, par une journée ordinaire.

« Un jour, je suis allé voir ma mère atteinte d’Alzheimer dans son CHSLD. J’ai juste déposé sur la table la caméra en marche. Quand j’ai regardé les images, j’ai été très touché de constater que le hasard avait engendré toutes sortes de choses, même une esthétique particulière. J’ai ajouté d’autres séquences ensuite, mais l’essentiel, dans ce film, n’était pas prévu. »

Se faire oublier

C’est de la même façon que le compositeur a réalisé Je suis, à la différence qu’il a décidé de ne faire que des portraits, celui de neuf personnes, plus celui des musiciens participant au projet. Cela lui a donné une dizaine de courts métrages sans paroles, totalisant 50 minutes à l’écran.

Encore une fois, le musicien-cinéaste s’est laissé guider par le hasard pour choisir la plupart de ses sujets. On y retrouve notamment un soudeur, un non-voyant, une agricultrice, une personne handicapée, un éleveur de moutons, une esthéticienne, un itinérant qui joue dans le métro...

« J’ai commencé par ma voisine, car je savais qu’elle dansait, mais j’ai surtout voulu capter chaque personne dans une journée normale, en me faisait oublier pendant que je filmais. Le but était d’être dans la contemplation, d’attraper de petits moments précieux », raconte-t-il en rigolant.

Sur scène, Guy Saint-Pierre, qui se chargera du piano, sera accompagné d’Élisabeth Giroux au violoncelle et de François Pilon au violon et à la mandoline.

Vous voulez y aller?

Ciné-concert Je suis
Dimanche 7 avril, 15 h
Théâtre Centennial
Entrée : 20 $