Alexis (Félix Lefebvre), 16 ans et hanté par la mort, chavire en voilier et est secouru par David (Benjamin Voisin), 18 ans.
Alexis (Félix Lefebvre), 16 ans et hanté par la mort, chavire en voilier et est secouru par David (Benjamin Voisin), 18 ans.

Été 85: la fin de l’innocence *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / François Ozon dit avoir puisé dans ses souvenirs de jeunesse pour Été 85, ce qui explique certainement qu’il livre son film le plus candide et léger de son illustre carrière. Mais avec le réalisateur français, la cruauté et la noirceur ne sont jamais loin dans cette histoire d’amour passionnel qui vire au drame…

Pour ce long métrage, qui fait partie de la sélection Cannes 2020, Ozon a librement adapté La danse du coucou (Dance On My Grave) roman culte de l’auteur anglais Aidan Chambers.

Il en a donc situé l’action sur la côte normande. Alexis (Félix Lefebvre), 16 ans et hanté par la mort, chavire en voilier et est secouru par David (Benjamin Voisin), 18 ans. Les deux jeunes hommes deviennent instantanément proches, se donnant même rendez-vous au cinéma ce soir-là.

Le plus vieux, extraverti, va promptement se confier à son cadet taciturne : son père étant mort abruptement il y a moins d’un an, il a repris le commerce familial et vit avec sa mère (Valeria Bruni Tedeschi), de toute évidence encore fortement ébranlée par le décès de son mari.

David offre rapidement à Alexis de travailler au magasin. Ce dernier va ensuite céder à ses avances, ébloui par ce doux dingue qui déborde de joie de vivre — en apparence…

Alexis va céder aux avances de David, ébloui par ce doux dingue qui déborde de joie de vivre — en apparence…

Ozon a structuré son récit de telle façon à nous révéler qu’il s’est passé quelque chose au bout de ces six semaines d’insouciance. Mais quoi ? Alexis, dont on épouse le point de vue, entre culpabilité et colère, refuse de se confier à ceux qui le pressent de questions. Des aller-retour temporels livrent progressivement les principaux jalons de cette histoire, que l’adolescent a décidé d’écrire sur les conseils de son prof de littérature et mentor (Melvil Poupaud).

De cette façon, le réalisateur de Dans la maison et Grâce à Dieu peut maintenir un véritable suspense même quand le spectateur pense avoir deviné de quoi il en retourne… On mesure ici l’expérience et le talent d’Ozon qui nous prend à son piège même avec une œuvre plus mineure dans son imposante filmographie. Qui épouse les codes de la bluette pour ados avec l'esthétique qui vient avec (il a tourné en Super 16) pour mieux les détourner — il adore jouer avec les codes des films de genre d’un long métrage à l’autre. Été 85 ne fait pas exception.

Ni d’ailleurs son habileté à créer un climat de véracité grâce à son impeccable direction d’acteurs. Il a, au fil du temps, lancé bien des jeunes interprètes. Cette fois, il faudra surveiller le travail de Benjamin Voisin, formidable dans la peau de David.

Là où Dolan aurait beurré épais — le Québécois aurait très bien pu faire sien ce récit —, Ozon a évité la surenchère du mélo.

Il a évidemment apporté un soin particulier à la trame sonore, qui s’ouvre sur In Between Days des Cure et se clôt sur Sailing version Rod Stewart, pour qu’elle reflète le climat de l’époque. Tout comme son impeccable travail de reconstitution.

Il y a, n’en doutons point, un parfum de nostalgie dans cette histoire d’innocence perdue...

Été 85 est présenté sur sur les plateformes du Cinéma Beaubien, du Cinéma du Musée et du Cinéma du Parc.

Au générique

Cote : *** 1/2
Titre : Été 85
Genre : Drame
Réalisateur : François Ozon
Acteurs : Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Valeria Bruni Tedeschi
Durée : 1h40