Frank, qui vit maintenant à Hambourg, a des blessures encore ouvertes même 30 ans après la chute du mur de Berlin.

Entre mer et mur: la petite et la grande histoire ***

CRITIQUE / L’arrivée en salle d’«Entre mer et mur» au moment du 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin n’a évidemment rien de fortuit. Le long métrage très personnel de Catherine Veaux-Logeat documente les effets de sa construction sur sa famille. La réalisatrice québécoise mélange avec un certain bonheur la petite la grande histoire, mais reste malheureusement à la surface des choses, ce qui limite sa pertinence.

Catherine Veaux-Logeat a immigré à Montréal à l’âge de sept ans, laissant derrière elle ses plus beaux souvenirs, dont ceux de sa grand-mère Uma. Sa mère, profondément marquée par la Guerre froide, lui raconte souvent le destin de son oncle Frank qui a abandonné à l’Est sa mère à lui, son frère Bernt et son premier grand amour, Elisabeth.

Aux yeux de l’enfant, Frank est un héros. Lors du 25e anniversaire de la chute du mur, en 2014, la documentariste décide de le retrouver. Le marin retraité vit maintenant à Hambourg et la mort récente de sa femme Christel, décédée après 34 ans de mariage, l’affecte beaucoup.

Au fil des entrevues, la nièce découvre que la réalité s’avère beaucoup plus banale que l’image mythologique qu’elle s’est créée au gré des confidences de sa mère.

L’homme a des zones d’ombres sur lesquelles il demeure peu bavard. Notamment sa relation avec Berndt. Même 30 ans plus tard, les deux frères ne se fréquentent pas. Berndt n’a pas quitté l’Est à l’époque et Frank le soupçonne d’avoir collaboré avec la Stasi. À la caméra, l’Ossi refuse d’ailleurs de revenir sur la question…

Catherine Veaux-Logeat n’aurait pas dû en rester là et fouiller de façon plus approfondie. A beau mentir qui vient de loin, surtout devant la caméra. Le témoignage très approximatif et fuyant de sa mère n’apporte rien à l’enquête de la documentariste.

De toute évidence, il lui a été difficile de faire descendre son oncle du piédestal où elle l’avait placé jeune. Le long métrage illustre tout de même que le destin des membres de sa famille a été irrémédiablement façonné par le territoire qu’ils ont habité et le climat délétère de l’époque.

Entre mer et mur devient, par le fait même, un film sur les souvenirs. Ceux qui restent ; ceux qu’on oublie (ou qu’on veut oublier), volontairement pas ; ceux qu’on modèle en les embellissant ou en les défigurant… Les non-dits occupent beaucoup de place ici.

À ce sujet, la trame sonore de Mark Pinkus, exécutée au piano, contribue au climat mélancolique du documentaire, dont le rythme lent convient au propos. La cinéaste installe sa caméra à proximité de ses sujets, prêtes à recueillir les confidences lorsqu’elles surgissent.

Elle assure la narration en voix hors champ, pas toujours de façon heureuse, mais laisse la parole aux membres de sa famille, des taiseux pour la plupart…

Catherine Veaux-Logeat sera présente le dimanche 10 novembre, à la projection de 17h au Cinéma Cartier, pour discuter avec les spectateurs.

Au générique

Cote : ***

Titre : Entre mer et mur

Genre : Documentaire

Réalisatrice : Catherine Veaux-Logeat

Classement : Général

Durée : 1h15

On aime : l’amalgame historique. La trame sonore.

On n’aime pas : le sujet pas assez approfondi. Des témoignages bancals.