Léa Pool a posé sa caméra au Népal, en Bolivie, au Québec et aux États-Unis pour raconter l’histoire de ces enfants souvent privés de leur enfance et de leurs droits les plus élémentaires. Certains doivent, en effet, suivre leur mère en prison et vivre derrière les barreaux sans que personne ne s’en soucie.

Double peine: ces enfants punis pour leur mère ***

CRITIQUE / Léa Pool revient sur grand écran quelques semaines après la sortie d’Et au pire, on se mariera avec un sujet tout aussi troublant, mais cette fois du côté du documentaire. La réalisatrice québécoise s’est penchée sur le sort des enfants qui sont privés de leur mère lorsque celle-ci est incarcérée dans Double peine — un titre judicieux, qui exprime autant le triste sort des enfants et de la mère, que le chagrin qui en découle. Un film bouleversant, certes. Mais encore?

Nul doute, le sujet est percutant: qu’arrive-t-il à ses enfants laissés pour compte lorsque leur mère est incarcérée (surtout si elle est monoparentale et que le père n’est plus dans le décor)? Qu’advient-il de leur éducation quand il ne reste personne pour les accueillir et les nourrir? Que ressentent-ils privés de l’amour maternel? Du désarroi et de la tristesse, mais aussi de la colère, comme on peut le voir avec Karolyne-Joany (9 ans), qui demeure à temps plein avec son père pendant la sentence de sa mère.

La réalisatrice a posé sa caméra dans quatre endroits — Népal, Bolivie, Québec et États-Unis — pour raconter en autant de chapitres l’histoire de ces enfants souvent privés de leur enfance et de leurs droits les plus élémentaires. Certains doivent, en effet, suivre leur mère en prison et vivre derrière les barreaux sans que personne ne s’en soucie.

Comme au Népal et en Bolivie. Dans le premier cas, le documentaire trace le portrait d’Indira Ranamagar, une mère courage qui a fondé des refuges pour accueillir les petites victimes. Dans celui de trois étages à Sankhu, une soixantaine d’enfants cohabitent sous sa seule supervision… Dans le deuxième, la plupart des enfants vivent avec leurs mères dans des villages clos dont ils ne sortent que pour prendre l’autobus scolaire. Et revenir coucher derrière les barreaux.

La situation est-elle mieux ici et chez nos voisins du Sud? La question se pose. Le filet social est meilleur, mais les enfants ne voient que très rarement leur mère. C’est encore plus flagrant aux États-Unis, où la mère d’Andrea, 15 ans, est incarcérée à Albion… à 650 km de New York où vit la famille!

Il ne s’agit pas d’une première incursion pour la réalisatrice de La femme de l’hôtel dans le documentaire, loin de là. Elle a notamment signé un portrait de Gabrielle Roy (1998) ainsi que L’industrie du ruban rose (2011). On dirait, cette fois, qu’elle n’a pas le souffle et l’originalité de ce dernier. Surtout en privilégiant la forme classique des témoignages à la caméra.

On aurait aussi aimé que, dans les segments à l’étranger, Léa Pool soit en mesure de nous donner un peu de perspective sur la présence de ces femmes en prison. Ça ne change strictement rien à l’injustice pour les enfants, mais peut-être est-ce encore pire si les prisonnières sont incarcérées longuement pour un crime bénin.

D’autant que les exemples choisis ici et aux États-Unis ne sont pas tellement confrontants pour le spectateur: une fraude et une usurpation d’identité. Notre indignation serait-elle aussi grande si les taulardes avaient commis un meurtre ou une agression armée?

Double peine, souvent filmé à hauteur d’enfants, ne propose pas moins de scènes déchirantes pour autant. Impossible de ne pas se sentir interpellé par le drame vécu par ces enfants punis pour les crimes de leur mère… Mais ça manque de mordant.

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***
  • Titre: Double peine
  • Genre: documentaire
  • Réalisatrice: Léa Pool
  • Classement: général
  • Durée: 1h43
  • On aime: le sujet, l’empathie de la cinéaste
  • On n’aime pas: le manque de mordant, une absence de contexte