Boussole estivale: cinéma

Au cinéma, l’été est toujours propice aux sorties des gros blockbusters américains. Mais non, on ne vous parlera pas ici des énièmes opus réchauffés de Monde Jurassique (Le royaume déchu, dont la sortie est prévue pour le 22 juin) ou de Mission : Impossible (Répercussions, attendu pour le 27 juillet), pour se concentrer sur d’autres « suites » plus alléchantes. « Toutes proportions gardées, au Québec et en France, on a aussi nos blockbusters de l’été. »

The Seagull

Sortie : 1er juin

C’est au tour du réalisateur Michael Mayer d’adapter La Mouette pour le grand écran. Il est loin d’être le premier à jouer avec ce classique de Tchekov. Une récente mouture Hollywoodienne a vu le jour en 2014.

On pense aussi au Sea Gull de Sidney Lumet (1968) et à La petite Lili de Claude Miller (2003). Chaque pays a probablement son film. Cette nouvelle version met en vedette Saoirse Ronan (Brooklyn), Elisabeth Moss (Mad Men ; La servante Écarlate) et Annette Bening. Alors pourquoi pas ?

La chute de Sparte

Sortie : 1er juin

La chute de Sparte n’est pas la suite de 300, mais bien l’adaptation cinématographique du roman éponyme de Biz – que le rappeur de Loco Locass a d’ailleurs coscénarisé avec le réalisateur Tristan Dubois. Cette comédie dramatique présente le parcours de Steeve – avec deux « e » – Simard, un adolescent réservé, préférant les livres aux sports, dont la dernière année de secondaire va devenir mouvementée après un incident humiliant qui l’oppose à la vedette de l’équipe de football de l’école.

L’ex-petite amie du sportif (une brute, évidemment), Véronique, prend conscience de son existence. Et soudain, s’ouvre pour le nerd un horizon affectif jusqu’alors inimaginable. Aux images de polyvalente colle une bande sonore soignée pour la jeunesse (La Bronze, Rymz). Ça va cartonner.

Ocean 8

Sortie : 8 juin 

J’adore les heist movies (films de braquage, quelque soit le coffre-fort). Et, de Eleven à Thirteen, j’ai un faible tout particulier pour la série des Ocean (ou Danny Ocean, au Québec) réalisée par Steven Soderbergh, dérivée du Ocean’s Eleven de 1960, avec Frank Sinatra. La recette est désormais connue, mais appliquée avec imagination, et j’en prendrai donc à toutes les sauces.

Ça tombe bien : Warner nous offre Ocean 8, ou, au Québec, Debbie Ocean, du prénom de la frangine de Danny. Ce spin-off (signé Gary Ross) à cette comédie d’action se veut – comme la récente suite aux Ghostbusters – presque entièrement féminin. On délaisse les casinos de Las Vegas pour le Met Gala de New York. Inspirée par son frère, Debbie (Sandra Bullock) met sur pied sa propre équipe de braqueuses, qui compte Cate Blanchett, Anne Hathaway, Rihanna et Helena Bonham Carter, entre autres voleuses.

Les Incroyables 2

Sortie : 15 juin

Pas mécontent de retrouver Brad Bird (Les Incroyables ; Ratatouille) à la barre de la suite des aventures de la famille de superhéros de Disney et Pixar, dont le premier volet avait remporté un Oscar.

La carrière de maman Helen ayant décollé, on inverse cette fois les rôles, puisque c’est papa Bob qui doit rester à la maison et s’occuper de leur trio remuant (Violet l’ado ; Dash le kid et bébé Jack-Jack... dont les super-pouvoirs « grandissent » plus vite que lui). Ajoutons à l’équation un nouveau méchant aux plans machiavélique, que seul l’esprit d’équipe (familiale) pourra déjouer... et on se voit déjà en train de bouffer du popcorn en famille.

Quand l’amour se creuse un trou

Sortie : 15 juin

Pour son premier long métrage, Ara Ball (qui a une poignée de courts à son actif, dont Vie d’ruelles, Le Pédophile et L’Ouragan Fuck You Tabarnak !) a choisi un sujet délicat – la relation amoureuse entre un adolescent et une septuagénaire – et un ton casse-gueule pour le traiter : la comédie noire. Mais son film, met en vedette France Castel, Patrice Robitaille, Julie Le Breton et le jeune Robert Naylor (1:54 ; 19-2 ; Cardinal), ce qui ne laisse présager que du bon.

C’est l’histoire de Miron, un jeune délinquant que ses parents envoient à la campagne dans l’espoir de l’empêcher de faire des conneries. Au chalet, il rencontrera Florence, la voisine, 73 ans au compteur, qui lui fera le coup du Blé en herbe de Colette (le coup des Grandes Chaleurs, de Michel Marc Bouchard). La famille de l’adolescent verra cette idylle d’un très mauvais œil. Robert Naylor signe également la musique du film.

La chute de l’Empire américain

Sortie : 28 juin

Denys Arcand poursuit ses réflexions sociales et sur « l’omnipuissance de l’argent », devenu à ses yeux « tout ce qu’il reste », quand toutes les autres valeurs semblent s’écrouler.

Il le fait toujours très bien entouré : outre Rémy Girard et Pierre Curzi, la distribution réunit Louis Morissette, Maxim Roy, Vincent Leclerc, Florence Longpré, Eddy King, Paul Doucet, Denis Bouchard, Yan England, Claude Legault, James Hyndman, Benoit Brière, Gaston Lepage, Laurent Paquin – et Maripier Morin, dans son premier rôle à l’écran. La caméra est braquée sur Pierre-Paul, 36 ans, docteur en philosophie pourtant livreur de pizza, confronté à un dilemme moral le jour où il a l’occasion d’emporter deux sacs remplis de billets de banque qu’il sait volés. 

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot

Sortie : 20 juillet

Ce n’est pas tant le sujet – la lutte d’un homme contre sa dépendance à l’alcool, dans la foulée d’une beuverie qui s’est soldée par un accident de voiture, et qui l’a confiné dans un fauteuil roulant ; il ne lui reste plus que le dessin... et la colère dont il insuffle ses caricatures – que son réalisateur, Gus Van Sant (Good Will Hunting; Harvey Milk), un maître dans l’art de mettre en scène des personnages troubles et des spirales de sabotage (Drugstore Cowboy ; My Own Private Idaho; Elephant).

La distribution tout étoiles (Joaquin Phoenix et Jonah Hill, aux prestations applaudies par la critique américaine, sans oublier Rooney Mara, Jack Black et Udo Kier) est l’autre indéniable argument qui motive notre sélection. 

1991

Sortie : 27 juillet

Pour 1991, le réalisateur Ricardo Trogi a retrouvé Jean-Carl Boucher, le jeune (quoique de moins en moins) comédien qui lui sert d’avatar depuis le début de sa trilogie autobiographique amorcé avec 1981 et poursuivie avec 1987.

Peu importe où le réalisateur nous emmène pour conclure son tripatif triptyque (en Italie, le pays de ses ancêtres, que Ricardo part visiter à 21 ans, les hormones comme toujours dans le tapis), on lui fait confiance pour trouver encore une fois le ton juste, qui saura transformer le nombrilisme de ses anecdotes de jeunesse en quelque chose de beaucoup plus universel.

EN FRANCE

Rodin

Sortie : 22 juin

Je suis très curieux de voir comment le réalisateur Jacques Doillon (tsé, le père de la chanteuse Lou) a décliné l’histoire de Rodin, que Bruno Nuytten n’avait guère épargné. La trame de son Rodin suit pourtant (et logiquement) de près celui de Camille Claudel : en 1880, Auguste Rodin (campé par Vincent Lindon) rencontre la jeune Camille Claudel (Izïa Higelin), son élève douée... qui deviendra son assistante, puis sa maîtresse, au grand dam de Rose (Séverine Caneele), la compagne du célèbre sculpteur. Mais ce biopic réhabilitant se poursuit après leur rupture, quand le sculpteur, plus passionné que jamais, poursuit son travail avec acharnement, malgré le regard d’une société qui juge sévèrement ses œuvres – trop sensuelles ou trop modernes pour l’époque. 

Le retour du héros

Sortie : 6 juillet

Malgré quelques appréhensions (d’OSS 117 à Lucky Luke en passant par Brice de Nice, Jean Dujardin n’a-t-il pas déjà fait amplement le tour de ce genre de personnages aussi glorieux que ridicules) liées à l’aspect caricatural de ce nouveau rôle (un soldat de retour des campagnes militaires napoléoniennes, en réalité crétin magnifique, lâche de surcroît, qui cache une imposture), Le retour du héros semble être, de l’avis conjugué des critiques, un réel régal, tant pour les yeux que pour les oreilles. On applaudit le spectaculaire des costumes et de ses scènes d’action. On salue les répliques intelligentes, truffés de bons mots, et la dynamique réussie du duel verbal qui oppose Dujardin à Mélanie Laurent. Et même ceux qui soulignent le cabotinage du comédien ne semblent pas en prendre ombrage. On veut bien les croire : après tout, cette la comédie « à la française » est signée Laurent Tirard, auteur du fabuleux Molière, et d’autres farces fort sympathiques (Le Petit Nicolas, le dernier Astérix, etc.)