Dans un rôle à la Fantôme de l’opéra, le talentueux Nahuel Pérez Biscayart s’exprime par les yeux, extrêmement expressifs, et les mouvements de pantomime. Et réussit à faire passer toute une gamme d’émotions!

Au revoir là-haut: la douleur du fils incompris ***1/2

CRITIQUE / Au revoir là-haut est un des films de la période des Fêtes que j’avais le plus hâte de voir. Albert Dupontel, un acteur du tonnerre, a obtenu le César du meilleur scénario pour son long métrage précédent, 9 mois ferme. Or, cette fois, le cinéaste a décidé d’adapter le Goncourt 2013. En résulte une comédie dramatique percutante et poétique, qui en dit long sur l’avidité sans bornes des puissants, mais aussi sur la douleur d’un fils incompris, interprété avec un brio sublime par Nahuel Pérez Biscayart.

L’ambitieux film d’époque reconstitue avec beaucoup de réalisme les combats des tranchées de la Première Guerre mondiale. Puis cède le pas à un récit beaucoup plus intime, sous la forme d’une longue confession, celle d’Albert Maillard (Dupontel). 

Le modeste comptable français narre son destin croisé avec celui d’Édouard Péricourt (Biscayart). Le dessinateur de génie (le film est dédicacé à Gotlib) a la moitié du visage arrachée par un obus. Fils de banquier, il profite de sa convalescence pour changer d’identité et devenir Eugène Larivière. 

Démobilisés, les deux rescapés décident de monter une arnaque pour dénoncer les conflits armés en misant sur le talent d’Édouard et l’aide de Louise (Heloïse Balster), une charmante orpheline particulièrement débrouillarde. Qui leur permettra de confronter Marcel Péricourt, le père honni (solide Niels Arestrup), et son beau-fils Henri d’Aulnay-Pradelle (Laurent Lafitte), leur ancien lieutenant belliqueux.

Au revoir là-haut repose sur ce trio hétéroclite, mais aussi sur ce personnage secondaire particulièrement abject, interprété avec brio par Lafitte. On retrouve ce même aspect sombre de la personnalité dans la peau de cet arriviste amoral que dans celle du pervers d’Elle de Paul Verhoeven, qui lui a valu une nomination aux Césars.

La caméra extrêmement mobile, les zooms hitchcockiens et une superbe esthétique permettent d’éviter la lourdeur habituelle des films à costumes. Il y a du merveilleux dans Au revoir là-haut, adapté avec son auteur, Pierre Lemaitre.

Ton décalé

Comme d’habitude chez Dupontel, le ton est décalé, légèrement caricatural et excentrique. Ce qui porte la douce folie d’Édouard/Eugène. Et l’humour, noir. On rit, tout en ressentant un profond malaise. Cet homme à la gueule cassée porte en lui une plus grande blessure. Celle du manque d’amour de son père, mais aussi la honte d’être défiguré. Ses magnifiques masques, condensé artistique du XXe siècle, en disent plus qu’ils ne dissimulent…

Pour l’interpréter, le talentueux Nahuel Pérez Biscayart, consacré dans 120 battements par minute de Robin Campillo. L’acteur d’origine argentine, dans ce rôle à la Fantôme de l’opéra, doit jouer masqué. Il s’exprime par les yeux, extrêmement expressifs, et les mouvements de pantomime. Et réussit à faire passer toute une gamme d’émotions! Dupontel, dans un rôle plus effacé en timide gauche, parvient à exprimer tous les tourments de Maillard, coincé entre son amitié et les conventions.

Le long métrage, un récit universel, est aussi fascinant parce qu’on peut facilement tracer des parallèles. Les Péricourt et les Pradelle, prêts à vendre leur mère pour la puissance financière et écraser les petits comme Maillard, incarnent le 1% de notre époque…

La finale est un peu tirée par les cheveux, mais elle se conclut par un solide punch et une belle lueur d’espoir. Au revoir là-haut s’avère tour à tour émouvant, bouleversant et captivant, malgré quelques moments plaqués. Une œuvre à part dans le cinéma français malgré son aspect rétro.

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***1/2
  • Titre: Au revoir là-haut
  • Genre: comédie dramatique
  • Réalisateur: Albert Dupontel
  • Acteurs: Albert Dupontel, Nahuel Pérez Biscayart, Émilie Dequenne, Laurent Lafitte
  • Classement: général
  • Durée: 1h57
  • On aime: la solide distribution. La folie créatrice. Les thèmes explorés. Le ton décalé
  • On n’aime pas: quelques moments plaqués