Armand Vaillancourt, figure majeure des arts visuels au Québec

«Armand Vaillancourt: Regarde si c'est beau»: portrait incomplet ***

CRITIQUE/ En ayant accès au havre de paix d’Armand Vaillancourt, John Blouin réussit à brosser un portrait intimiste de l’artiste imprévisible et plus grand que nature. L’émerveillement devient la pierre d’assise du documentaire avec plusieurs belles trouvailles visuelles et sonores, mais qui met de côté les plus grandes œuvres et les accomplissements du personnage.

Radical, en effet, de penser qu’alors qu’il avait accès à toutes les archives sur Vaillancourt, ainsi qu’à des images qu’il avait lui-même accumulées pendant huit ans, John Blouin ait préféré conserver une unité de temps et de lieu. Ce choix a l’avantage de nous montrer un aspect plus poétique et introspectif d’Armand Vaillancourt, qui a souvent fait les manchettes pour ses coups d’éclat, mais a le désavantage de priver le spectateur de précieuses clés pour comprendre l’importance de l’homme qu’on nous présente.

D’une sanglante histoire d’écornage de bœufs au récit vaguement malaisant d’un orgasme juvénile dans un bain d’eau chaude, l’artiste se dévoile sans filtre dans des histoires choisies, mais décousues, cahotantes, où percent souvent, heureusement, quelques perles de sagesse et des bribes de poésie.

Même si l’intervention est minimale, on aime que le réalisateur ait découpé le récit avec des citations colorées. Il y a de belles trouvailles dans la mise en scène du flot de mots et d’actions d’Armand Vaillancourt : les images vidéo de films d’archives projetées sur la grange, le déploiement de sculptures d’enfants, l’escapade échevelée au bord de la rivière. Le travail sonore, où le métal qui gémit et la nature sont à l’honneur, ajoute de la cohésion et de la profondeur au film.

Voir le colosse prendre une chenille ou un pissenlit devenu blanc, précautionneusement, contraste avec la vigueur un peu brusque de ses déplacements. Autant on est fasciné par ses mouvements, autant ceux de la caméra dérangent souvent. Que ce soit cahin-caha dans la rivière, soit. Mais qu’on accumule les zooms brusques et que le cadrage tente toujours, avec plus ou moins de succès, de couper du cadre le réalisateur, qui sert d’interlocuteur à Armand Vaillancourt, détourne parfois notre attention du contenu. 

Au générique

Cote : ***

Titre : Armand Vaillancourt : Regarde si c’est beau

Genre : Documentaire

Réalisateur : John Blouin

Classement : Général

Durée : 1h20

On aime : la poésie du portrait. La projection sur la grange. La trame sonore.

On n’aime pas : les zooms brusques, les cadrages décentrés, le manque de mise en perspective.