La performance impeccable de Julianne Moore, dans un rôle secondaire, ne parvient pas à sauver ce ramassis de bons sentiments, qui accouche d’une souris.

Après la foudre: rater la cible **1/2

CRITIQUE / Après la foudre (Wonderstruck) marquait la troisième présence de Todd Haynes au Festival de Cannes, après Velvet Goldmine (1998) et Carol (2015). Six mois plus tard, on se demande encore pourquoi ce conte convenu et prévisible s’est retrouvé en compétition officielle. Seule réponse possible: il s’agit d’un vibrant hommage à l’histoire du cinéma, à défaut d’être un film particulièrement passionnant. Le réalisateur américain a encore une fois raté la cible.

L’idée de départ était pourtant prometteuse, soit adapter le roman graphique de Brian Selznick, comme l’avait déjà fait Scorsese avec Hugo Cabret (2011), avec la main plus heureuse (cinq Oscars). Mais en mettant l’accent sur les façons propres au cinéma de raconter une histoire : sur la variation de plans, la musique, le montage, etc. Autrement dit, sans les dialogues.

C’est exactement ce qu’il fait merveilleusement bien avec une moitié du récit, qui recrée l’esthétique des films muets des années 20. L’exercice est fascinant et rappelle la force d’impact des images (qui, on le sait, valent des milliers de mots). Mais aussi à quel point l’arrivée du parlant a complètement révolutionné le cinéma. Le spectateur peut le contempler, d’ailleurs, avec les yeux de Rose (Millicent Simmonds, touchante).

La fille de 12 ans, qui vit à Hoboken, New Jersey, en 1927, est… sourde! Et complètement subjuguée par l’actrice Lillian Mayhew (Julianne Moore). Malheureuse, elle fugue pour aller à New York retrouver son idole. Elle finit par aboutir au Musée américain d’histoire naturelle.

Après la foudre suit aussi la destinée de Ben (Oakes Fegley), qui fugue vers New York, mais 50 ans plus tard. Le garçon de 12 ans quitte le Minnesota à la recherche de son père. Son errance finira par le conduire, hé! oui, au Musée américain d’histoire naturelle!

On devine évidemment que les deux enfants partagent autre chose que leur surdité... Le film monte en parallèle leur récit, l’un en noir et blanc, et l’autre, en couleurs, qui évoque l’esthétique cinématographique des années 70. Les deux époques sont superbement recréées, notamment dans l’évocation du Bowie de ses débuts (comme Haynes l’avait déjà fait dans Velvet Goldmine).

Après une première moitié prometteuse, son drame s’enlise dans le convenu et le mélo (comme souvent chez Haynes). La performance impeccable de Moore, dans un rôle secondaire, ne parvient pas à sauver ce ramassis de bons sentiments, qui accouche d’une souris. Leur quatrième collaboration est loin d’être aussi fructueuse que dans le magnifique Loin du paradis (2002).

D’autant que le réalisateur étire la sauce, en plus d’utiliser quelques raccourcis scénaristiques. L’idée d’utiliser le point de vue de Rose et de Ben pour recréer la sensation d’émerveillement de l’enfance fonctionne assez bien. Ce qui induit tout de même une question: à qui ce film est-il destiné?

En manque d’inspiration et ménageant la chèvre et le chou, Haynes risque fort de n’attirer ni les enfants ni leurs parents.  

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: **1/2
  • Titre: Après la foudre
  • Genre: drame
  • Réalisateur: Todd Haynes
  • Acteurs: Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore
  • Classement: général
  • Durée: 1h57
  • On aime: la proposition esthétique. L’hommage au cinéma
  • On n’aime pas: le mélo. Le récit convenu. Le manque d’inspiration