Tilda Swinton et Pedro Almodovar sur le tapis rouge avant la présentation à la Mostra de <em>La voix humaine</em>.
Tilda Swinton et Pedro Almodovar sur le tapis rouge avant la présentation à la Mostra de <em>La voix humaine</em>.

Almodovar: «Mon plus grand désir est de continuer à faire des films»

Agence France-Presse
VENISE — «Mon plus grand désir est de continuer à vivre et à faire des films. Et le troisième est d’être ici à Venise», a confié jeudi le cinéaste espagnol Pedro Almodóvar à la Mostra.

Le fantasque réalisateur septuagénaire est venu présenter sur le Lido un moyen métrage de 30 minutes, La voix humaine, adapté librement d’une pièce de Jean Cocteau datant de 1928.

Tourné en anglais avec l’actrice britannique Tilda Swinton, qui a reçu mercredi un Lion d’or d’honneur, ce film revient sur l’un de ses thèmes favoris avec son style corrosif et théâtral habituel, celui d’une femme abandonnée par son amant, avec un chien et quelques valises.

«La situation de cette femme abandonnée, seule et au bord de la folie, avec un chien avec qui elle pleure et beaucoup de valises, est une situation dramatique qui m’a toujours stimulé, a-t-il expliqué. Moi aussi j’ai vécu cette situation. J’ai aussi attendu en vain», a avoué le réalisateur à la presse.

D’une esthétique surprenante, le film est avant tout une pièce de théâtre filmée qui raconte la fin d’un amour, la douleur, la colère et la folie qui s’ensuivent.

Au-delà de son propre film, Almodovar a défendu le cinéma en salle. «Aller au cinéma est une aventure qui fonctionne comme une catharsis collective dans laquelle on peut rire, pleurer ou être terrifié en groupe», a-t-il expliqué.

Comme tout le monde, l’expérience du confinement l’a marqué. «Nous avons découvert notre domicile comme un lieu d’isolement. On peut tout y faire: travailler, aimer, acheter, a-t-il déploré. Je n’aimerais pas que cette réclusion se poursuive dans le temps, je proposerais le cinéma comme solution. Le cinéma est le contraire: aller au cinéma, c’est commencer une aventure», a-t-il expliqué.

«Le cinéma traverse une mauvaise passe, il faut aller au cinéma. Je vais commencer à préparer un film le mois prochain», a-t-il révélé.

D’anciens nazis témoignent face à la caméra

Le réalisateur britannique Luke Holland, décédé en juin, a interviewé plus de 300 Allemands et Autrichiens âgés, dont d’anciens membres des SS, pour Final Account, présenté en avant-première jeudi au festival de Venise.

Luke Holland a passé plus de dix ans à fréquenter d’anciens nazis et à les persuader de témoigner pour son film, très applaudi par le public du Lido.

Selon le journal Hollywood Reporter, qui qualifie le documentaire d’œuvre «exceptionnelle», c’est sans doute la dernière fois qu’on pourra entendre les témoignages de «participants directs aux horreurs des camps de concentration».

Alors que beaucoup d’entre eux sont travaillés par les remords, certains se disent au contraire fiers d’avoir servi dans les SS «où on pouvait compter sur chaque homme à 100%».

Certains nient l’Holocauste tandis que d’autres admettent qu’ils en avaient connaissance. «Ne rendez pas Hitler responsable, lance l’un d’eux. L’idée était juste, [mais les juifs] auraient dû être expulsés hors du pays», au lieu d’être tués.

Selon le producteur Sam Pope, présent à Venise, les entretiens avec les civils, en particulier les femmes, remettent en question l’idée que peu de gens ordinaires en Allemagne et en Autriche savaient ce qui se passait.

«Un refrain connu est que c’est seulement après la guerre que nous avons appris l’existence de ces crimes. Au fil de ces interviews, cette possibilité se fait de plus en plus ténue, affirme-t-il, avant d’expliquer: Même si vous n’étiez pas là ou que vous n’y participiez pas, vous connaissiez quelqu’un ou aviez entendu une rumeur. Votre frère soldat revenait à la maison et vous racontait ce qu’il avait vu.»

L’une des scènes les plus choquantes du film provient pourtant de l’Allemagne contemporaine, quand un ex-SS se fait huer par de jeunes néonazis lui reprochant de «leur faire avoir honte d’être Allemand» en évoquant son sentiment de culpabilité.

Ce long échange se déroule dans la maison près du lac de Wannsee, dans l’agglomération de Berlin, où fut décidée la Solution finale, à savoir la déportation et l’extermination de tous les juifs se trouvant dans les territoires occupés par le IIIe Reich.

«Ces idéologies puissantes et perverses sont encore présentes et gagnent en force, pas seulement en Allemagne et en Autriche, mais dans le monde entier», s’inquiète Sam Pope.

Luke Holland, qui a grandi en parlant allemand et dont la famille maternelle a péri dans les camps, s’est refusé à condamner ses interlocuteurs, dont la plupart sont nonagénaires: «Les auteurs [de massacres] ne naissent pas tels quels, on les fabrique», a-t-il écrit.