Ryan Gosling

75e Mostra de Venise : entre glamour et politiquement incorrect

ROME — Des stars comme Lady Gaga, Ryan Gosling et Vanessa Regrave, des films engagés contre le racisme ou le terrorisme, des productions Netflix et une seule réalisatrice en compétition : la 75e Mostra de Venise se distingue par un savant mélange de glamour et de politiquement incorrect.

Quelque 21 longs-métrages seront en compétition à partir de mercredi pour le célèbre Lior d’Or qui sera décerné le samedi 8 septembre sur la grande scène du Palais du Cinéma sur le Lido, décor inoubliable du chef-d’œuvre de Luchino Visconti Mort à Venise.

Ils seront soumis au regard du jury présidé par Guillermo Del Toro, Lion d’Or l’an passé avec La Forme de l’eau, entouré des acteurs, actrices et cinéastes Sylvia Chang, Trine Dyrholm, Nicole Garcia, Paolo Genovese, Malgorzata Szumowska, Taika Waititi, Christoph Waltz et Naomi Watt.

C’est l’Américain Damien Chazelle (33 ans), le plus jeune cinéaste oscarisé de l’histoire avec La La Land en 2017, qui ouvrira le bal avec son nouvel opus First Man, biopic sur Neil Armstrong, le premier homme à avoir marché sur la Lune campé par Ryan Gosling.

L’hôte la plus attendue sur le tapis rouge sera sans conteste la provocante popstar Lady Gaga, qui viendra présenter (hors compétition) le film de l’acteur et réalisateur Bradley Cooper, A Star is Born, remake du grand classique hollywoodien immortalisé par Judy Garland en 1954.

L’Histoire avec un grand « H » sera présente dans la sélection notamment avec Peterloo, de Mike Leigh, inspiré de la sanglante bataille du même nom en 1819 et Werk ohne Autor (Œuvre sans auteur) de Florian Henckel von Donnersmarck (oscar du meilleur film étranger en 2007 pour La Vie des autres), qui revient sur trois époques de l’Allemagne.

Le Britannique Paul Greengrass abordera la question de l’extrémisme dans 22 July, et l’Italien Roberto Minervini celui du racisme en Amérique avec What You Gonna Do When The World’s On Fire ?, portrait d’une communuauté noire pendant l’été 2017 après des meurtres de jeunes africains par la police.

Une seule femme
Comme chaque année, la Mostra décernera deux Lions d’Or pour leur carrière à deux géants du cinéma, en l’occurence l’actrice britannique de 81 ans Vanessa Redgrave (Blow up, Marie Start, reine d’Ecosse, Julia) et le réalisateur canadien de 75 ans David Cronenberg (La Mouche, A History of violence).

Une seule femme, l’Australienne Jennifer Kent prendra part cette année (avec The Nightingale) à la course au Lion d’Or, une disparité condamnée par un collectif d’associations féministes dans une lettre ouverte adressée le 11 août au directeur artistique de la Mostra, Alberto Barbera.

Le courrier réagissait non seulement à la sélection archi-masculine mais aussi aux récentes déclarations de M. Barbera qui, dans une récente conférence de presse, avait expliqué qu’il faisait ses choix en fonction de « la qualité du film et pas au sexe du réalisateur ».

« Je préférerais changer de métier plutôt que d’être obligé de sélectionner un film parce qu’il a été réalisé par une femme et non parce qu’il est réussi », a-t-il affirmé pour défendre ses choix. Cette 75e édition a déjà été qualifiée par plusieurs observateurs de « politiquement incorrecte » en comparaison du dernier festival de Cannes marqué par l’appel des femmes de cinéma à plus de parité dans le 7e Art.

Autre choix assumé par la Mostra, celui de retenir des productions Netflix, ce qui est le cas de The Ballad of Buster Scruggs, western signé Joel et Ethan Coen, 22 July de Paul Greengrass et Roma, d’Alfonso Cuaron (absent de la Croisette parce que diffusé par la plateforme de vidéo en streaming).

Parmi les grandes signatures attendues sur la lagune figurent Jacques Audiard - qui s’attaque cette fois au genre du western avec Les Frères Sisters - et son compatriote Olivier Assayas en lice avec Doubles vies, comédie où il retrouve son actrice fétiche Juliette Binoche au côté de Guillaume Canet.