La réalisatrice Radha Blank s'est inspirée de ses propres déboires pour son premier long métrage, <em>40 ans et encore au micro</em>.
La réalisatrice Radha Blank s'est inspirée de ses propres déboires pour son premier long métrage, <em>40 ans et encore au micro</em>.

40 ans et encore au micro: rafraîchissant et hilarant *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Il n’est jamais trop tard pour bien faire, pourrait bien être le credo de 40 ans et encore au micro (The Forty-Year-Old Version). À preuve, ce premier long métrage de Radha Blank, basé sur ses déboires de dramaturge new-yorkaise, lui a valu le prix de la réalisation à Sundance. Avec raison : brillamment conçue, rafraîchissante et hilarante, cette comédie spirituelle démontre qu’on peut se réinventer à n’importe quel âge. Mais ça ne se fait pas en criant Yo !

Pas de cachette ici : l’alter ego de la cinéaste s’appelle Radha. À 39 ans et des poussières, elle galère pour faire monter sa nouvelle pièce, Harlem Ave. En attendant, elle enseigne le théâtre à des finissants du secondaire...

Maladroite, en surpoids, se remettant mal de la mort récente de sa mère, mais terriblement attachante, elle peut au moins compter sur l’appui inconditionnel d’Archie (Peter Kim), son ami et agent.

Celui-ci réussit à lui trouver un producteur, à condition que l’œuvre exploite plus explicitement la question de l’embourgeoisement… Radha s’inquiète que, se faisant, Harlem Ave devienne de la «poverty porn».

Découragée, l’Afro-Américaine décide de tenter sa chance comme… rappeuse ! D’où le titre. À sa grande stupéfaction, un jeune producteur de rythmes, le timide D (Oswin Benjamin), s’intéresse à ses compositions.

Une belle occasion pour plonger au cœur de la culture hip-hop — il y a une bataille de rap pour la Reine du ring, en plein Bronx, qui défrise pas à peu près… Mention spéciale aussi au sans-abri qui campe en face de chez Radha.

Le film propose une bataille de rap pour la Reine du ring, en plein Bronx, qui défrise pas à peu près...

40 ans et encore au micro se positionne sur la supposée date de péremption pour une femme — surtout, dans ce cas-ci, pour une Noire. Cette obsession de la jeunesse se transpose aisément, ici, sur la volonté de toujours avoir de la viande fraîche à se mettre sous la dent, que ce soit sur plan professionnel, artistique ou autre.

Dans ce contexte, Radha Blank s’interroge sur la question de l’intégrité artistique — son personnage finit par accepter plusieurs compromis pour que sa pièce soit montée — et la difficulté de trouver sa propre voix lorsqu’un créateur subit sans cesse des pressions pour se conformer aux diktats du succès populaire (espéré).

Elle y répond ici avec un long métrage libre de contraintes, filmé en noir et blanc avec des acteurs inconnus et une esthétique résolument urbaine qui prend des risques (regard à la caméra, voisins qui commentent ses actions, etc.). En résulte une œuvre entre Spike Lee (Nola Darling n’en fait qu’à sa tête, 1986) et les premiers Jim Jarmusch, mais avec une touche très personnelle.

Bien sûr, il s’agit de thèmes éculés. Ce qui compte ici, c’est la perspective, axée sur la diversité. Et l’humour caustique, plein d’autodérision, de Radha Blank.

Une autre preuve que la vie peut (re)commencer à 40 ans? Après sa présentation à Sundance, Netflix a fait l’acquisition de 40 ans et encore au micro où le long métrage est maintenant offert.

Au générique

Cote : *** 1/2
Titre : 40 ans et encore au micro
Genre : Comédie
Réalisatrice: Radha Blank
Acteurs : Radha Blank, Peter Kim, Oswin Benjamin
Durée : 2h09