Pour sa 20e édition, le fondateur du FFO, Didier Farré, a confié la présidence d’honneur à Maripier Morin.

20 ans de fête cinéphile

Le Festival du film de l’Outaouais (FFO) s’enligne pour sa 20e édition, qui démarrera vendredi. On en aura toutefois un avant-goût dès jeudi, avec la désormais traditionnelle programmation du « Jour d’avant ».

Le FFO a vu le jour en 1999, après avoir débuté de façon plus humble en 1998, à travers la Nuit des Cinéphiles, qui avait réussi à attirer 4000 amateurs du Septième Art au Cinéma 9, autour de 23 films francophones.

Dix-neuf ans plus tard, le festival réussit à attirer quelque 24 000 cinéphiles — des deux bords de la rivières — et ce, malgré des moyens financiers modestes et sans importantes subventions provinciales ou fédérales (il y eut tout de même des années fastes, où l’on affrétait un train pour transporter les vedettes depuis Montréal). 73 films provenant de plus de 20 pays seront projetés dans le cadre de cette édition anniversaire.

Les animateurs Michel Picard et Maurice Graffin, deux cinéphiles aguerris qui étaient présents dès les débuts du FFO, et qui ont suivi de près son évolution, partagent leur affection pour le FFO.

« Il y a avait un vide à l’époque », se souvient Maurice Graffin, critique et conférencier qui a lui-même fondé un « très petit » festival du film à Gatineau, Les 7 jours du cinéma (lequel n’aura duré que 3 ans, de 1984 à 1986).

« Le FFO est venu combler un réel besoin », mais, surtout, il « secoue » les ardeurs cinéphiliques croit-il : « C’est l’événement qui crée l’engouement. Un peu comme un Salon du livre [catalyse les envies de lectures], ça dit aux gens : ‘Vous en aviez besoin ; on est content de vous le présenter’ »

« Chaque année, je rencontre [au festival] des gens qui me disent à quel point c’est important que cet événement existe, parce qu’entre chaque festival, on n’a pas trop trop l’occasion d’en voir, des films de ce genre, à Gatineau », poursuit Maurice Graffin.

« Ce qui me chagrine, c’est que les films sortent à Montréal, mais viennent très rarement ici. L’offre est très limitée. »

Et de rappeler que c’est généralement à Ottawa — au Bytowne ou au Mayfair, deux cinémas qui ont gardé « la foi » — qu’il a le loisir de découvrir des films dits de répertoire, et rarement du côté québécois de la rivière des Outaouais.

L’absence d’un cinéclub digne de ce nom se fait cruellement sentir à Gatineau, regrette cet ancien organisateur du Cinéclub de Hull, aujourd’hui disparu. Les cinéphiles de la région doivent aller à Montréal le week-end » s’ils veulent voir autre chose que des films américains. Sauf durant cette semaine de mars, où FFO leur permet de faire du rattrapage.

Fort heureusement, la qualité de la programmation du FFO est toujours au rendez-vous : le président fondateur du FFO, « Didier Farré fait très attention à la qualité des films qu’il présente ».

Bien sûr, Gatineau n’étant ni Cannes, ni Toronto, « il n’a pas tous les films qu’il veut », malgré ses contacts étroits avec les distributeurs, mais « chaque année, il y a beaucoup de choses que je n’ai pas pu voir ailleurs, et que j’attends avec impatience. Alors, le seul mal que je lui souhaite, c’est de durer longtemps ! » expose Maurice Graffin, ravi de ce que le FFO soit resté « un lieu de rencontres et d’échanges », et qu’il ait su « conserver ce sens de la fête », sans se perdre dans le ‘bling bling!’ ou le « côté business » de certains festivals.

Michel Picard
Le côté populaire et inclusif du FFO, c’est aussi ce qui plaît à Michel Picard.

« C’est un événement indispensable, ici. Ce que je retiens, c’est l’ambiance conviviale, ce sont les gens qui, pendant qu’ils attendent en rang dans la file, discutent avec leurs voisins du film qu’ils viennent de voir ou du prochain qu’ils ont hâte de voir », estime celui qui, en 20 ans de FFO, a été maître de cérémonie de « quatorze ou quinze » soirées de gala, et qui a été juré à plusieurs reprises.

« Je tire mon chapeau à Didier, qui a réussi à attirer beaucoup de gens de l’Ontario. C’est un festival rassembleur » qui a inclus les cinéphiles d’Aylmer, et qui n’a oublié ni les afficionados pointus, auxquels s’adressent des classes de maîtres, ni le public scolaire : puisque plus de 8 000 élèves gatinois bénéficient de projections scolaires. « J’ai rencontré plein de jeunes qui, grâce au FFO, ont vu pour la première fois au cinéma autre chose qu’un blockbuster. »

Son grand plaisir de cinéphile aura été de découvrir en rafale, grâce au FFO, des séries de films venus de coins de pays qu’on a peu l’habitude de voir au grand écran, comme l’Espagne, le Maroc, l’Iran, ou Israël, confie Michel Picard, pour qui Va, vis et deviens de Radu Mihaileanu demeure à ce jour son plus grand coup de cœur.

« Didier Farré est vraiment un homme-orchestre. [Grâce à des] partenariats avec les ambassades, Il a donné une dimension vraiment internationale à son festival. Il voit grand. Il sait renvoyer l’ascenseur. [...] S’il lâche, je ne suis pas sûr que le festival pourrait continuer... »