Le nouveau président et chef de la direction du CNA, Christopher Deacon

Christopher Deacon à la tête du CNA

Le Centre national des arts (CNA) s’est trouvé un nouveau capitaine : Christopher Deacon.

À l’issue d’un long processus de recherches menées à travers le Canada pendant un an pour trouver un successeur à Peter Herrndorf — qui a présidé la destinée du CNA pendant presque 19 ans — c’est finalement à l’interne que le poste a été pourvu. 

Une « première en 49 ans d’histoire » du CNA, a souligné mardi l’actuelle présidente du c.a. de l’institution, Adrian Burns, en insistant sur le caractère « rigoureux et méthodique » desdites recherches.

M. Deacon a intégré le centre de diffusion artistique d’Ottawa en 1987. Depuis 1996, il occupait les fonctions de directeur administratif de l’Orchestre du CNA (OCNA). 

La nomination du nouveau président et chef de la direction a été dévoilée mardi ; le nouveau PDG a pris ses fonctions immédiatement.

Francophile

Montréalais de naissance, M. Deacon a grandi à Gatineau (il a vécu pendant 13 ans à Aylmer, puis Hull), où il a intégré le Conservatoire de musique et suivi des cours au Cégep (en anglais). L’homme aujourd’hui âgé de 59 ans est un anglophone bilingue et un « francophile » affirmé, qui n’hésite pas à dire en entrevue qu’il se « sent plus Québécois qu’Ontarien, [car] c’est là que sont mes racines ».

« J’ai toujours été fasciné par l’influence de la langue sur la culture. Une richesse de notre diversité culturelle, partout au pays, est le fruit de ce métissage. Je prends donc à cœur l’engagement du CNA envers la langue française et je ferai en sorte que le Centre devienne aussi ‘national’ en français qu’en anglais », a-t-il déclaré, mardi, lors d’une allocution devant ses collègues du CNA, qui, à « l’applaudimètre », ont très chaleureusement accueilli sa nomination. 

Le nouveau PDG évoquait toutefois davantage « l’expérience client » (les services en français ou le site Internet bilingue) que la programmation artistique, volet dans lequel il préfère ne pas s’immiscer, précisera-t-il par la suite.

La transition s’annonce tout en douceur. 

Ce « champion des arts de la scène au Canada » joue depuis des années un rôle central au sein de l’équipe de direction, a rappelé Peter Herrndorf dans un message vidéo. Lui qui a officiellement cédé son fauteuil le 2 juin dernier en a profité pour saluer au passage l’« audace » de M. Deacon et sa « capacité à prendre des risques ». 

Les deux hommes disent tour à tour épouser la même vision, en ce qui concerne les « grandes orientations » et objectifs de l’organisme, et partager les mêmes valeurs.

M. Deacon « a joué un rôle déterminant dans plusieurs des plus récents succès du CNA » et il a largement contribué à « paver la voie de l’avenir », enchérit Mme Burns.

C’est sous la direction de Christopher Deacon que l’orchestre du CNA a acquis sa réputation de grand voyageur, au fil de nombreuses tournées effectuées non seulement au Québec (jusqu’à Val-d’Or et Sept-Îles) et au Canada (De la Colombie-Britannique jusqu’à Terre-Neuve), mais aussi en Chine (en 2013) et en Angleterre (en 2014). Ces tournées grâce auxquelles l’OCNA a su rayonner en multipliant les concerts et les activités éducatives sont « peut-être la plus grande source de fierté » pour le nouveau PDG.

Avec le chef Alexander Shelley, M. Deacon a aussi été un des artisans essentiels du récent concert Réflexions sur la vie, qui « fut la plus ambitieuse production de l’Orchestre à ce jour », signale Mme Burns. Ce concert multimédia réunissait des œuvres commandées à quatre compositeurs canadiens pour rendre hommage à quatre femmes (Alice Munro, Amanda Todd, Roberta Bondar et Rita Joe) canadiennes. Présenté à travers le pays durant la Tournée Canada 150 de l’OCNA, le spectacle reprendra la route en Europe en 2019.

Réactions

Par voie de communiqué, un concert d’éloges a suivi sa nomination. « Christopher a su [...] moderniser l’image de l’OCNA en lui faisant accroître son rôle de leadership en termes d’innovation et de créativité dans le milieu symphonique du Canada. Ce succès est une source d’inspiration pour les artistes canadiens » a réagi le chef d’orchestre vedette Yannick Nézet-Séguin, pour qui « cette nomination laisse entrevoir de belles années à venir pour le CNA ». La chorégraphe et metteure en scène Donna Feore voit en lui « un formidable collaborateur » doublé d’un « leader exceptionnel », tandis que Jocelyn Morlock, lauréate du prix JUNO 2018 de la Composition classique témoigne de son « grand respect pour la vision artistique de Christopher ».

« C’est un grand honneur de [succéder à] M. Herndorff, c’est un si grand homme », a témoigné M. Deacon, soucieux de continuer à faire « fructifier » les arts de la scène, grâce cet outil « merveilleux » qu’est le CNA, organisme « exceptionnel » où il estime être entouré des « meilleurs » collaborateurs, qu’ils soient cadres ou directeurs artistiques.

Il reste à la haute direction à apprivoiser les « modalités du nouveau bâtiment », explique par ailleurs M. Deacon, qui pilotait la cure de rajeunissement — architecture et équipements technologiques — du CNA, qui a coûté quelque 225,4 millions $. « Je veux que le Centre devienne ouvert, accueillant, transparent. Et J’aimerais que les citoyens de Gatineau se sentent les bienvenus, ici. C’est leur foyer... », invite-t-il.

Raffinement

Ses défis seront toutefois plus administratifs qu’artistiques. « Le PDG doit savoir rester un peu dans l’ombre », dit M. Deacon, qui n’a pas l’intention de s’ingérer dans les futures programmations concoctées par Alexander Shelley (directeur artistique de l’OCNA), Brigitte Haentjens (responsable du théâtre français du CNA), Kevin Loring (théâtre autochtone), Heather Gibson (la productrice de CNA présente) ou Cathy Levy (danse). 

Il résumera donc son rôle au « recrutement des meilleurs meneurs artistiques » et à veiller qu’ils aient « les ressources nécessaires » pour créer — tout en veillant à leur donner « une orientation », c’est-à-dire un « cadre le plus large possible », afin de ne pas risquer d’entraver les créateurs et programmateurs.

Son appui pour ses collaborateurs semble indéfectible. Lorsqu’on aborde en entrevue les voix qui se lèvent parfois pour décrier l’offre théâtrale du CNA, jugée élitiste, M. Deacon balaie ces critiques du revers de la main, préférant parler d’« excellence » et de « raffinement ».

« Robert Lepage, Wajdi Mouawad et Brigitte Hantjens peuvent être vus comme une culture ‘raffinée’ [pointue], mais ce sont surtout les personnes les plus connues au monde, dans le milieu du théâtre français au Canada, alors... » pondère-t-il. « Selon moi, nous avons fait les bons choix [en sélectionnant ces directeurs]. Nous sommes très fiers d’avoir Brigitte avec nous [et] j’espère qu’elle restera encore longtemps, même si ce n’est pas au goût de tout le monde ». 

Plus de détails biographiques sur M. Deacon à l’adresse nac-cna.ca/fr/ceo