Choix de lectures pour un été sous les couvertures

Les légumes sont plantés, les plates-bandes nettoyées, la piscine est prête et le BBQ réchauffe? Si l’appel du farniente se fait fort, en ce (presque) début d’été, voici cinq listes pour vous inspirer dans vos choix de lectures, que ce soit sur le patio, sur la route, en camping ou au chalet, mais toujours entre deux couvertures!

1. LIVRES PRIMÉS: LE RATTRAPAGE

Normal de rater, parmi le flot quasi continu de publications au Québec, des titres qui se démarquent. Les prix littéraires sont un bon moyen de s’y retrouver. Voici cinq titres primés qu’on pourra (enfin!) prendre le temps de lire cet été. 

N’essuie jamais de larmes sans gants de Jonas Gardell (Gaïa/Alto) Celui-là, c’est l’un des chouchous des Prix des libraires cette année, qui l’ont primé dans la catégorie Roman étranger. Un livre qui nous provient de la Suède — sans être un polar, pour une fois! — et qui plonge dans les balbutiements du sida dans ce pays. On y suit Rasmus, venu de la campagne vers la capitale, et qui rencontrera sa nouvelle famille dans la communauté homosexuelle où la maladie commence à faire des ravages. On en dit partout qu’il est un des grands romans de l’année… Ce pourrait être le grand roman de votre été!

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Royal de Jean-Philippe Baril Guérard (Ta mère) Une toute petite maison d’édition irrévérencieuse, une couverture punchée, et surtout un roman cynique où Jean-Philippe Baril Guérard esquisse un portrait sombre des étudiants en droit, où l’obsession de la performance atteint son comble. Voilà un sujet et son traitement qui ont charmé les jeunes adultes, ceux qui ont formé le jury du Prix littéraire des Collégiens cette année et qui lui ont décerné le premier prix parmi une courte liste relevée. On nous vante ce récit à la deuxième personne comme «la descente aux enfers d’un enfant roi qu’on adore détester». 

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De synthèse Karoline Georges (Alto) Alors que son roman Sous béton paraît chez Folio SF, en France, une rareté pour un livre québécois, c’est le petit dernier de Karoline Georges, De synthèse, qui ne cesse de rafler les honneurs ici. Prix Jacques-Brossard, prix Arlette-Cousture, prix Aurora Boréal du meilleur roman… Vous faut-il une raison de plus pour découvrir cette œuvre de science-fiction qui raconte la relation entre une mère en phase terminale et sa fille, qui veut traverser l’écran et devenir un avatar numérique? Une histoire de «corps, de disparition, de reflets, de composition et de décomposition», nous dit-on. 

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Le jeu de la musique de Stéphanie Clermont (Le Quartanier) Il avait déjà obtenu le prix de la relève auprès du Conseil des arts et des lettres du Québec en 2017, voilà que Le jeu de la musique de Stéphanie Clermont  mérite cette année le prix Adrienne-Choquette, accordé dans le genre de la nouvelle. L’auteure y distille plusieurs récits, mais tous reliés entre eux, autour de deux amis confrontés au suicide de leur copain. «Un appel, une ode à la vie et à l’amitié, adressée à celles et à ceux qui ressentent toute la violence du monde, au point parfois d’avoir envie de mourir», nous indique le quatrième de couverture. 

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Borealium Tremens de Mathieu Villeneuve (La Peuplade) Pour une saveur locale, détour du côté des Prix de création littéraire de la Bibliothèque de Québec et du Salon international du livre. Ils ont décerné à Mathieu Villeneuve et son roman Borealium Tremens le premier prix dans la catégorie adulte cette année, parmi d’autres œuvres originaires de la capitale. L’auteur a décrit son livre au collègue Normand Provencher comme «l’histoire d’un gars qui reçoit en héritage une maison fantôme, au Lac-Saint-Jean, et qui décide de la rénover et de l’habiter pour écrire son roman du terroir». Ça ne se passera pas comme prévu, on s’en doute...  Isabelle Houde, Le Soleil

2. SUSPENSE: DES LIVRES POUR FRISSONNER

Ce n’est pas parce que c’est l’été qu’on doit s’empêcher de frissonner un peu. Les amateurs de thrillers, de polars et d’horreur sont servis avec de nombreuses nouveautés printanières. En voici quelques-unes à ne pas manquer.

Le diable rebat les cartes d'Ian Rankin (Éditions du Masque) Certainement l’un des plus célèbres détectives du monde du polar, l’inspecteur Rebus prenait sa retraite avec Exit music, en 2007. Mais voilà, Ian Rankin ne lui a pas fait prendre sa vraie retraite du monde littéraire, le faisant revenir dans plusieurs tomes depuis. En voici donc un nouveau, où une affaire vieille de 40 ans, celle de la mort non résolue de la belle et volage Maria Turquand, refait surface, en même temps que se dispute à nouveau le contrôle du monde interlope d’Édimbourg. Le célèbre Big Ger Cafferty est-il vraiment hors service?

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Little Heaven de Nick Cutter (Alto) Craig Davidson, sous le pseudonyme Nick Cutter, s’amuse depuis quelques années à plonger dans le style de l’horreur. Alto avait déjà traduit en français Troupe 52, voilà qu’apparaît Little Heaven, un «western sanglant et nerveux». Le Little Heaven en question fait référence à une sombre commune qui accueille une secte obscure au Nouveau-Mexique. Des chasseurs de prime devront y retourner, 15 ans après une première visite, pour tenter de retrouver la fille de l’un d’eux, kidnappée, «et le trio devra s’armer pour le débarquement de l’Enfer», paraît-il…

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Bleu de Prusse de Philippe Kerr (Seuil) Une lecture qui aura le goût d’un hommage: Bleu de Prusse, l’une des dernières œuvres de Philippe Kerr, est parue en français en mai, à peine quelques semaines après le décès à 62 ans de l’auteur, compatriote écossais de Ian Rankin. Cette nouvelle aventure de Bernie Gunther se déroule sur deux époques, entre 1956, où l’enquêteur est traqué par les tueurs de la Stasi, et 1939, où il avait dû faire la lumière en urgence sur l’histoire très délicate du meurtre d’un ingénieur sur la terrasse du Berghof, le nid d’aigle d’Hitler. Selon les critiques anglophones, il s’agit de Philippe Kerr à son meilleur. Pour les amateurs de polars historiques.

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Sur un mauvais adieu de Michael Connelly (Calmann Lévy) La plupart des gros noms du polar n’y échappent pas: leur personnage fétiche, ils n’en démordent pas. Dans la carrière de l’Américain Michael Connelly, il y en a deux: Mickey Haller (La défense Lincoln), mais surtout Harry Bosch, celui à qui il a consacré le plus de romans. Dans cette nouvelle aventure, Bosch est devenu inspecteur de réserve au San Fernando Police Department. Un riche industriel le contacte pour découvrir s’il a un héritier à qui il pourrait léguer sa fortune. En parallèle, un violeur en série particulièrement redoutable continue d’échapper à la police… 

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Signe de vie de J.R. Dos Santos (HC éditions) Après la poudrière d’un Vatican corrompu dans Vaticanum, J.R. Dos Santos ramène son expert cryptanalyste Tomás Noronha dans une nouvelle aventure aux allures pour le moins abracadabrantes: un observatoire astronomique a capté une émission étrange venue de l’espace. Le gouvernement américain et l’ONU en sont immédiatement informés. Un objet se dirige vers la Terre. Sommes-nous seuls dans l’univers? Tomás deviendra donc astronaute dans une mission de reconnaissance. Pour les amateurs de thrillers versés dans la science. Isabelle Houde, Le Soleil

3. LECTURES LÉGÈRES: LA VIE EN ROSE

Si l’été vous inspire plutôt la légèreté et les lectures flirtant avec romance et amitié, ces quelques choix vous donneront de quoi méditer.

L’allégorie des truites arc-en-ciel de Marie-Christine Chartier (Éditions Hurtubise) Max et Cam résoudront-ils le fameux dilemme que chante Céline Dion dans D’amour ou d’amitié? En tout cas, les deux jeunes adultes fin vingtaine dansent sur la ligne depuis quelques années. La ligne d’une amitié forte, qui a des envies de se prendre pour quelque chose d’autre. L’allégorie des truites arc-en-ciel, narrée à tour de rôle par les deux protagonistes, est le premier roman de Marie-Christine Chartier, ancienne athlète de tennis, qui a entrepris un doctorat en psychopédagogie à l’Université Laval.

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Soupers de filles de Pascale Wilhelmy (Libre Expression) Elles seront sûrement nombreuses, les femmes, à se reconnaître dans ce nouveau roman de l’animatrice Pascale Wilhelmy. Elle y raconte les petites et grandes réflexions d’un groupe de cinq amies qui ne laissent rien entraver leurs précieux soupers de filles. Des «rencontres sacrées qui partent souvent dans des directions imprévues», tantôt légères, tantôt profondes. Un quatrième roman dans des tonalités plus humoristiques, à certains égards, que ses trois premiers ouvrages, dont Où vont les guêpes quand il fait froid?

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Le bonheur est passé par ici de Francine Ruel (Libre Expression) Avez-vous suivi les aventures d’Olivia Lamoureux? Le personnage de cinquantenaire qui s’achète une maison en campagne créé par Francine Ruel dans Et si c’était ça le bonheur? a vieilli à travers les trois premiers tomes. Dans ce nouveau volet, les deux familles d’Olivia, l’italienne et la québécoise, et ses amis se réunissent pour célébrer son 70e anniversaire, alors qu’elle leur avait formellement interdit. La vieillesse et le temps qui passe sont au cœur de ce dernier tome, toujours sous le signe de l’humour et de la tendresse.

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La nouvelle vie de Kate Reddy d'Allison Pearson (Cherche-midi) Certains se souviendront peut-être plus du film que du roman qui nous a fait connaître le personnage de Kate Reddy, incarné au grand écran par Sarah Jessica Parker dans Je ne sais pas comment elle fait (2011). La femme d’affaires était à l’époque débordée par sa maternité, son mari qui ne l’intéressait plus et un collègue séduisant. On la retrouve maintenant à l’aube de la cinquantaine, alors qu’elle est parvenue à retrouver un travail après une longue pause. Un roman sur le défi d’être parent au XXIe siècle, l’évolution du couple après des années de mariage et le vieillissement, nous dit-on. 

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Et si on s’aimait? de Chantal Bissonnette (Les Éditions Goélette) D’un côté: Sylvie, jeune professionnelle qui fuit les relations à long terme, blessée d’avoir déjà été trompée. De l’autre: Iain, un rockeur, qui a construit autour de lui une forteresse et enchaîne les histoires d’un soir. Évidemment, les contraires s’attirent, c’est bien connu: mais «ces deux êtres complètement différents sont-ils prêts à abattre les murs qui les entourent et faire fi des malentendus?» Voilà le scénario de départ de ce deuxième roman de Chantal Bissonnette. On devine que l’intrigue ira de pair avec un bon cocktail siroté sur la terrasse. Isabelle Houde, Le Soleil

4. BANDES DESSINÉES: DANS LES BULLES

Rigolade, politique-fiction et rock progressif au menu dans ces BD et romans graphiques à lire sans modération.  

Les vieux fourneaux — tome 4: la magicienne de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet (Dargaud) Personne ne s’attendait au grand potentiel commercial d’une BD dont les protagonistes sont des septuagénaires. Pourtant, portée par un humour corrosif, des dialogues (argotiques) savoureux, un commentaire social fort (sur la cohabitation intergénérationnelle, entre autres) et la profonde humanité des dessins (signés Paul Cauuet), Les vieux fourneaux est devenu un petit phénomène de vente. Et ma série fétiche. Il faut dire que Pierrot, Mimile et Antoine, les «fourneaux» du titre, n’ont, malgré l’arthrite qui leur ronge les articulations, rien de «vieux croûtons». Ces retraités sont même passablement plus cools, plus rigolos (et moins «réacs») que bien des jeunes de leur entourage. L’irascible Pierrot est un anarchiste convaincu; Émile, le placide, a le corps tatoué du cou aux chevilles; Antoine, lui, participe de tout son cœur à la tournée du Loup en slip (une troupe de marionnettes). Ce quatrième tome élargit la galerie de personnage. Le scénariste Wilfrid Lupano présente un groupe d’activistes écolos (comptant en ses rangs quelques sympathiques ridés). Dirigés en sous-main par la mystérieuse «Magicienne», ces Verts pas tous ridés ont édifié un camp fortifié près du village, bien décidés à déjouer les plans de Garand Servier (la grosse usine locale, qui fait office de «méchant» de la série). Les «vieux fourneaux» arriveront à la rescousse... mais pas pour des raisons très écolos.

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Les Danois de Clarke (Le Lombard) Avec sa prémisse inédite (soudainement, à Copenhague, les bébés issus des communautés ethniques viennent au monde avec des cheveux blonds et des yeux bleus) et son intrigue encore plus inattendue (on y suit les conséquences sociopolitiques que cette anomalie génétique provoque, à mesure que le «virus blond» prend une ampleur épidémique, devenant affaire d’État, puis crise internationale), Les Danois est une excellente BD (hum!, roman graphique) de politique-fiction. Mi-polar, mi-enquête journalistique, Clarke signe un récit aussi haletant que pertinent, servi par un trait de crayon réaliste. L’auteur en profite pour aborder de front une réflexion sur les tensions raciales entre l’Europe et ses immigrés (méfiance et racisme ordinaire; légitime inquiétude en ce qui pourrait concerner un enjeu de santé publique; dérives sécuritaristes du discours) en observant les réactions de multiples acteurs: voisins, gouvernements, communautés religieuses. Touffu et passionnant. 

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Jardin Mécanique: L’asile de St-Iscariote de De Carufel, De Grandpré, Dion (Éditions Lounak) J’aime le côté déluré, tirant sur l’esthétique steampunk, du trio prog-rock québécois Jardin Mécanique. J’apprécie d’autant le travail du dessinateur Jeik Dion (Turbo Kid, Amos Daragon), qui a mis ses pinceaux nerveux (voire foutraques) et son imagination déjantée au service de Sylvain de Carufel — l’un des trois musiciens Jardiniers, ici scénariste avec François de Grandpré — pour enrichir le sombre univers du trio Mécanique (lequel se décline déjà en bières et bijoux). Le trio original n’apparaît point en ces pages, mais on découvre un autre trio de personnages bizarro-schizophréniques, heureusement contenus par les barreaux et «religeôliers» sadiques de St-Iscariote, un asile d’aliénés «à l’ancienne» qui ferait de l’ombre à Arkham.  Si ce récit cocasse — mais violent: il sera question d’arrachages de doigt et des bienfaits de la lobotomie – ne sort pas des sentiers battus, le délire graphique de Jeik Dion convient parfaitement aux ambiances (couloirs cacophoniques de l’asile, laboratoire à pharmacopée, catacombes, etc.) aussi glauques que colorées. 

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De concert, collectif (La Mauvaise Tête) Ce n’est pas un coup de maître, mais De concert demeure un sympathique exercice collaboratif — très réussi — entre quatre auteurs ayant cherché à «composer» à huit mains, travaillant en chœur même s’ils dessinent côte à côte. Ces mains sont celles de Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard, Vincent Giard et du Français Singeon. Dont les styles, de planche en planche, finiront par se mêler un peu, dans l’unité de lieu où se croisent leurs personnages respectifs, et grâce au traitement chromatique; rien que pour ça, l’album mérite amplement sa place dans toute collection de BD «d’ici». Ce lieu de rassemblement, c’est une salle de concerts montréalaise, clin d’œil évident au concept choral de cet amusant «band dessiné». Le lecteur est balloté entre les pleurnicheries immatures de Marie-Éponge (personnage de Sophie Bédard), les questionnements existentiels de Jimmy (Beaulieu, toujours amateur d’autofiction) le vétéran, les angoisses «substantielles» de Stan le gobeur de pilules (personnage signé Singeon) et les pas de danse de la belle Douille (Vincent Giard). Un album à lire en écoutant du rock-prog... Yves Bergeras, Le Droit

5. LIVRES JEUNESSE: POUR LES PETITS BRONZÉS

Des univers ludiques ou poétiques pour que les jeunes lecteurs traversent l’été sans s’ennuyer.

Olga — On déménage! d'Élise Gravel  (Scholastic) Les albums d’Élise Gravel nichent dans une catégorie à part. Remplis de traits d’humour, ils font la joie des jeunes lecteurs — et de leurs parents. La prolifique auteure-illustratrice ramène son attachante héroïne Olga, une scientifique en herbe tombée sous le charme de Bof, représentante unique d’une nouvelle espèce animale. La fillette a rempli son carnet de remarques de toutes sortes, mais il lui reste une énigme à résoudre : son animal de compagnie a-t-il de la famille ailleurs? Lui prend alors l’envie d’aller voir dans une galaxie près d’ici si Bof y a des semblables. Léger, drôle, divertissant, le bouquin illustré (et deuxième titre de la série) est aussi savoureux qu’un verre de limonade un jour de canicule.  

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La tribu qui pue d'Élise Gravel et Magali La Huche (La courte échelle) On vient de l’écrire, Élise Gravel est prolifique. Et elle a le chic pour se promener d’un univers à l’autre. Elle signe l’amusante histoire de La tribu qui pue, mais c’est Magali La Huche qui a joliment mis le récit en images. Résultat: un album délicieusement original dans lequel leurs deux univers s’entremêlent avec humour, bonheur et bonne humeur. La tribu, c’est une ribambelle d’enfants libres et heureux qui vivent dans les bois, loin des bonnes manières qu’imposent les adultes. Tout va jusqu’à ce que la directrice de l’orphelinat du coin, Yvonne Carré, décide de tendre un piège à la petite bande de puants. L’astucieuse Fanette Ducoup, chef du clan des enfants, est bien résolue à sortir ses copains du pétrin savonneux dans lequel ils sont plongés. Une parfaite lecture d’été qui fera rire les enfants. Et qui, soyez prévenus, les amènera peut-être à exiger un petit congé de bain... 

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Mon frère et moi d'Yves Nadon et Jean Claverie  (Éditions D’eux) C’est une histoire qui nous ramène dans les eaux rafraîchissantes de l’enfance, une histoire qui nous replonge dans l’un de ces tout petits moments où soudain, on se découvre un peu plus grand qu’avant. Ici, les mots délicats d’Yves Nadon et les douces images de Jean Claverie campent deux frères qui s’amusent dans le lac, au chalet. Le plus vieux s’élance du haut du cap rocheux avec assurance. Le plus jeune hésite. La peur de se jeter à l’eau freine son élan jusqu’à ce que, encouragé par son aîné et sous son regard bienveillant, il ose enfin plonger. Comme lui, il devient alors chat, oiseau, poisson. C’est tout simple, c’est tout tendre, et au final, c’est un vrai bel album qui évoque autant la grandeur de la complicité fraternelle que l’importance des tremplins qui nous pétrissent.  

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Bagages, mon histoire: poèmes de jeunes immigrants, collectif (Éditions de la Bagnole) Parce que, en vacances, on a le temps de s’imprégner de la beauté des mots, c’est le moment parfait pour parcourir Bagages, mon histoire. Superbe recueil de poésie grand format, l’album rassemble les écrits de jeunes immigrants de l’école secondaire Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont. Accompagnés par l’auteur Simon Boulerice, ceux-ci ont raconté un pan de leur histoire en poèmes. L’écrivaine Kim Thúy a assisté à l’un des ateliers créatifs et a eu la bonne idée de faire le pont entre les jeunes auteurs et l’illustrateur Rogé. Le coup de crayon délicat de ce dernier a magnifiquement esquissé les visages des uns et des autres. Tout est dans le regard, dans l’expression captée. Textes et images se fondent en un tout chargé d’histoires personnelles et d’émotions universelles. C’est le quatrième album de la série illustrée par Rogé et comme les précédents, on le lit à voix haute. Avec le cœur ouvert. 

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Mammouth rock d'Eveline Payette et Guillaume Perreault (La courte échelle) Ce livre a remporté le Prix des libraires 2018 et on comprend vite pourquoi. La plume d’Eveline Payette est inventive, colorée, très amusante. Et elle est ici vraiment bien servie par le talent de Guillaume Perrault, qui signe l’originale mise en page calquée sur le format des cahiers d’exercices que tout écolier a dans son pupitre. Le roman graphique destiné aux enfants nous plonge dans le quotidien de la classe de Louis, alors que celui-ci amorce son exposé oral sur son improbable animal de compagnie, le mammouth. Et pas n’importe lequel: le Mammuthus rockus. Rigolotes digressions et anecdotes farfelues ponctuent son discours et captivent les copains de la classe autant que les lecteurs de la maison. Promis, il y a des fous rires en cours de parcours. Un bouquin qu’on feuillette encore et encore, sans se lasser.  Karine Tremblay, La Tribune