Philippe B a trouvé un nouvel angle pour parler différemment de l’amour, de la routine, de la mort, de la part de fiction dans nos vies qui ont souvent été au cœur de ses chansons.

Chantre des histoires de couples

Poète de l’amour au quotidien, l’auteur-compositeur-interprète Philippe B(ergeron) creuse les histoires de couples. Celles qu’on vit, celles dont on rêve, celles qui s’étiolent ou celles qu’on se raconte pour finir par croire à une existence à deux. Bienvenue dans sa Grande Nuit vidéo, qui se déploiera en sons et en images, ce samedi, au Centre national des arts.

«S’il faut donner un cadre philosophique à mon album, il passe par L’espèce fabulatrice de Nancy Huston, soutient Philippe B. Elle s’intéresse à ce qui fait le propre de l’humain par rapport à l’animal, soit notre capacité à nous raconter des histoires. Nous sommes une espèce de fiction.»

Ce cadre, l’artiste l’a développé petit à petit. Car à la base de ce qu’est devenue La Grande Nuit vidéo, il y a d’abord eu le spectacle de danse contemporaine de sa conjointe. Axé autour du grand escalier de l’Agora de la danse de Montréal alors menacé de fermeture. Et de la symbolique de l’escalier dans le cinéma de Hitchcock.

Philippe B a trouvé là un nouvel angle pour parler différemment de l’amour, de la routine, de la mort, de la part de fiction dans nos vies qui ont souvent été au cœur de ses chansons.

«J’ai toujours écrit des chansons semi-personnelles, dans un registre d’autofiction. Pour le projet de ma blonde, j’ai composé Rouge-gorge et Les Enchaînés. J’ai alors vu une fenêtre s’ouvrir sur des histoires de couples à aborder par le spectre de la télévision et du cinéma.»

L’idéal de l’un, le constat d’échec de l’autre

L’auteur n’écrit pas pour dénoncer, mais pour constater. Pour se questionner et réfléchir à haute voix.

«Je ne juge rien ni personne. Moi, j’adore ça, le cinéma, écouter la télé. Et j’aime conter des histoires. Cela dit, il y a des gens qui ne se racontent pas les bonnes, qui sont pris dans la dynamique des écrans et ne socialisent plus à cause de ça… Je réfléchis à tout ça, mais je n’ai assurément pas de réponses à donner, ni de jugements à poser sur le sujet. En fait, j’invite le monde dans cette conversation que j’entretiens avec moi-même.»

Ainsi, quand il évoque le couple installé sur le sofa pour regarder la télé dans Je t’aime, je t’aime ou encore Ellipse, Philippe B ne fait pas du tout le procès de ceux qui restent ensemble même s’ils n’ont plus rien à se dire. Au contraire.

«C’est pas mon idéal, je te dirais, de rentrer à la maison après quelques jours sur la route pour regarder en rafale une série à la télé, collé contre ma blonde! Parce qu’après cinq, six ans, on n’est plus dans le mode Roméo et Juliette tous les jours, et il y a là quelque chose de beau et de rassurant aussi.»

Bercées par des cordes, les mélodies de La Grande Nuit vidéo s’avèrent sur disque, comme il se doit, cinématographiques à souhait.  Transposées sur scène, elles font place à un mélange de folk, de chansons acoustiques et de… synthétiseurs, dans la foulée de la dernière piste de l’album, Les Disparus.

La voix féminine de Laurence Lafond-Beaulne (Milk & Bone), elle, n’a pas disparu. «Et elle est bien plus qu’une choriste, dans le spectacle!»

Mentor d’Émile Bilodeau

Par ailleurs, s’il n’a pas recueilli de Félix lors des récents Galas de l’ADISQ à titre personnel, Philippe B se réjouit néanmoins de celui de Révélation de l’année raflé par Émile Bilodeau. Ce dernier a pu compter sur le l’auteur, compositeur, interprète, musicien et réalisateur pour mener à terme son premier album, Rites de passage.

«Tout le mérite revient à Émile, à lui, à ses chansons, à sa personnalité. Moi, j’ai juste travaillé avec lui pour trouver un sens à son disque, pour mettre de l’avant son talent», soutient sobrement celui qu’Émile Bilodeau décrit comme son «mentor».

Philippe B apprécie accompagner ainsi d’autres artistes dans leur démarche plus ou moins aboutie, comme il l’a souvent fait avec Pierre Lapointe, par exemple. Il aime le défi que plonger dans d’autres univers que le sien représente. 

«Ça me permet d’étoffer le métier, d’approfondir ce que je connais, mais aussi d’explorer d’autres voies, de m’ouvrir à d’autres façons de créer, étant donné que pour ma part, je fais un album aux trois ans. Et puis, soyons honnête, ça ne me nourrit pas seulement sur le plan artistique, ça me permet également de gagner ma vie autrement.» 


POUR Y ALLER

Quand ? Le 4 novembre, 20 h 30

Où ? Centre national des arts

Renseignements : Billetterie du CNA; 1-888-991-2787 ou ticketmaster.ca