Café Müller et Le Sacre du printemps, présentés par Tanztheater Wuppertal Pina Bausch avec l'Orchestre du Centre national des Arts.

Café Müller et le sacre du printemps: la danse à bout de souffle

CRITIQUE / Une ombre chancelante à peine visible se dessine dans un clair-obscur. Surgie de nulle part, une dame apprêtée traverse la scène en coup de vent, alors qu'une troisième danseuse ploie telle une algue entre des chaises éparpillées. Elle pose sa main sur le coeur. Une musique s'élève. Ainsi débute Café Müller, dans une apparente simplicité de moyens ; un chef-d'oeuvre de mise en scène pourtant, à la richesse inépuisable, qui se révèle toujours plus au spectateur chanceux d'avoir vu cette chorégraphie plus d'une fois.
Figure emblématique de la danse contemporaine, la chorégraphe allemande Pina Bausch (1940-2009) a marqué la scène artistique avec son vaste répertoire, fidèlement porté par la troupe du Tanztheater de Wuppertal et régulièrement programmée au CNA. La saison automnale s'ouvre en exclusivités canadiennes avec le retour de Café Müller et du Sacre du printemps, présentés jusqu'alors une unique fois au pays en 1884. Un événement. 
À l'affiche ensemble, les deux chorégraphies apparemment aux antipodes offrent un dialogue sensible : en constance scénique, ces silhouettes élancées drapées de vêtements assez minimalistes pour révéler une féminité émouvante : tantôt délicate, gracieuse, glissante, bientôt éperdue, sexuelle et violente. 
Quand Café Müller nous convie dans son environnement clos de miroirs et porte-tambour, obstrué de chaises à éviter, le Sacre du printemps installe son armada de danseurs (plus d'une trentaine) comme un jeu de dames en pleine arène. 
Au centre de cette corrida où choeurs féminins (robes blanches) et masculins (pantalons noirs) s'affrontent, se faufile un tissu rouge dont le sort reste à découvrir.  On croirait que la partition explosive de Stravinsky a été écrite expressément pour la chorégraphie. 
Entre l'intime et le rituel collectif, souffle et sueur soulèvent la poussière pour évoquer l'amour, la mort, et à mi-chemin, tout un éventail d'émotions terriblement humaines. Deux pièces d'une beauté de haute intensité.  Immanquable. 
POUR Y ALLER :
Quand ? Jusqu'au 30 septembre
Où ? CNA, salle Southam
Renseignements : Billetterie du CNA, 613-947-7000