Le lancement du roman de Brigitte Haentjens, intitulé Je te dirai tout, aura lieu au pavillon Rossy du Théâtre français du Centre national des arts, le 5 octobre, à compter de 17 h. L’événement est ouvert au public.

Brigitte Haentjens: paysages du désir amoureux

Brigitte Haentjens pensait explorer une relation amoureuse toxique. Elle s’est plutôt laissée prendre par les paysages sauvages de l’Islande — où elle a elle-même voyagé en solitaire — puis par le désir fulgurant de s’aimer d’Élisa et Olav, ses personnages. Après Une femme comblée, la femme de théâtre et de paroles explore donc une relation aussi charnelle que puissante, libérée de toute fausse pudeur, dans Un jour je te dirai tout.

« J’ai été surprise par la force de la rencontre entre ces deux êtres. C’est comme si, une fois que le décor du roman s’est imposé à moi, leur présence et, surtout, la puissance de leur amour ne pouvaient plus que s’inscrire dans celle de ces paysages qui m’habitent encore », confie la directrice artistique du Théâtre français du Centre national des arts, metteure en scène et auteure, dont le roman sera lancé ce jeudi, à Ottawa.

Élisa et Olav sont de passage sur une île nordique jamais nommée (mais que l’auteure confirme être l’Islande) quand leurs chemins se croisent. Leur rencontre les laisse foudroyés, pantelants, enflammés par la pulsion qui les fait se fondre l’un dans l’autre. Pendant quelques jours, la femme de 20 ans et le trentenaire vivront leur passion, coupés du reste du monde, ou presque.

« J’ai découvert la nature de leur amour au fur et à mesure qu’ils le vivaient. Est-ce que c’était important pour moi que leur relation soit aussi incarnée sur le plan sexuel ? Je ne sais pas trop. Il était cependant évident pour moi qu’ils ne pouvaient être autrement que dans leurs corps face à un tel environnement, fait de fjords, de geysers, de vastes espaces et de froid », soutient l’auteure. 

L’amour comme lieu de réparation

Cette dernière avoue avoir aimé que leur histoire soit aussi assumée, entre eux.

« Ce qu’ils vivent est hors du temps, n’appartient qu’à eux. Ils portent tous les deux un passé empreint de violence. C’est pour ça que leur passion n’est pas qu’une banale affaire de cul : cet amour qu’ils vont partager a quelque chose de guérisseur. »

Réparateur pour Élisa, surtout, dont on comprend entre les lignes qu’elle a fort probablement flirté avec le suicide, à l’adolescence. À preuve, ces artistes féminines qui la hantent, et que Brigitte Haentjens mentionne au gré des pages du roman : Virginia Woolf, Sylvia Plath, Nelly Arcan…

« Ce sont toutes des femmes qui se sont suicidées ou, du moins, qui sont mortes de manière brutale, dramatique. Parce que leurs noms ont surgi l’un après l’autre en cours d’écriture, je peux comprendre qu’Élisa ait elle-même songé au suicide… »

Elle marque une pause, le regard songeur.

« En fait, je ne savais pas ça d’elle, a priori, reprend-elle. Et je n’ai pas non plus cherché à donner cohérence à tout prix à ce qui relève de l’instinct ou de l’inconscient quand je crée. Mais c’est une interprétation qui se tient. » 

Sa rencontre avec Olav sort néanmoins Élisa de la mort pour mieux l’ancrer dans la vie, croit Brigitte Haentjens. Si bien que son personnage ne fera pas une prison de « la fiction qui a longtemps été [s]on havre ».

« Car qui sait, Élisa est peut-être morte plusieurs fois, à travers les femmes qu’elle a lues… » soulève l’auteure.

«Un jour je te dirai tout», par Brigitte Haentjens

La figure de l’étranger…

Par ailleurs, pour peu qu’on connaisse le travail et l’œuvre de Mme Haentjens, on ne s’étonne pas de voir que la figure de l’étranger, qui lui est si chère, soit de nouveau au cœur de ce qu’elle écrit.

Dans Une femme comblée, son héroïne était initiée à l’amour par un Grec plus âgé qu’elle. Cette fois, Élisa, sûrement Française, s’éprend d’un Hongrois d’origine et Mont-réalais d’adoption de 10 ans son aîné.

« Au risque de me répéter, ce thème est récurrent parce que je demeure ‘l’autre’ aux yeux de certains, ayant d’abord été la Française en Ontario, puis la Franco-Ontarienne au Québec », fait valoir la principale intéressée.

… et une  île comme décor

Le lecteur ne sera pas plus surpris que le roman se déroule sur une île, qui fait non seulement écho au huis clos des planches — et à la possibilité pour Élisa et Olav de s’aimer en aparté de leur vie — mais aussi à l’acte d’écrire.

« L’écriture est une île parce qu’elle relève du geste solitaire. »

C’est également une façon d’entretenir le plaisir de voyager en solo, sa façon préférée de découvrir de nouveaux horizons, reconnaît Brigitte Haentjens. 

Si elle ne pensait pas écrire sur l’Islande, qu’elle a sillonnée pendant trois semaines, il y a trois ans, force lui a été de constater que la puissance de cette nature a laissé des traces en elle. Des traces qui ne demandaient qu’à sourdre à travers ses mots. Et à exploser dans la ferveur du profond désir unissant Élisa et Olav.