Dans sa plainte, Boeing alléguait que ce sont les aides gouvernementales octroyées à Bombardier, comme l'injection de 1 milliard $US dans le programme CSeries par  Québec, qui ont permis à Bombardier de vendre au rabais 75 appareils CS100 l'an dernier à Delta Air Lines.

Boeing remporte la première manche

MONTRÉAL - Boeing a remporté haut la main la première manche de sa dispute commerciale avec Bombardier à la suite de sa plainte déposée au printemps contre les avions CSeries.
Le département américain du Commerce a annoncé mardi l'imposition de droits compensatoires préliminaires d'environ 220 % - presque trois fois plus que les 79,82 % demandés par le géant de Chicago - sur la gamme d'avions commerciaux.
Washington affirme que les aides gouvernementales du Québec, du Canada ainsi que du Royaume-Uni octroyées à Bombardier (TSX : BBD.B) totalisent 219,63 %, soit le taux préliminaire décrété.
Dans sa plainte, Boeing alléguait que ce sont les aides gouvernementales octroyées à Bombardier - comme l'injection de 1 milliard $US dans le programme CSeries par le gouvernement du Québec - qui ont permis à l'entreprise d'offrir de généreux rabais à Delta Air Lines. C'est ainsi que Bombardier aurait pu décrocher l'importante commande pour 75 appareils CS100 l'an dernier.
Pour Bombardier, l'ampleur des mesures punitives est «absurde» et «déconnectée de la réalité du financement d'avions».
«Boeing n'a pas compétitionné sur l'entente de Delta, alors c'est difficile pour eux de prouver qu'ils ont eu un dommage. Nous sommes très confiants que dans la suite des choses, en allant vers la décision finale, les faits vont être de notre côté», a déclaré le porte-parole de Bombardier Olivier Marcil, mardi soir en mêlée de presse.
M. Marcil a ajouté qu'il s'agit d'une décision préliminaire et que le «fond du dossier» n'a pas encore été abordé.
«Ce résultat démontre ce que nous disons depuis des mois : les lois américaines du commerce n'ont jamais été conçues pour être appliquées de cette manière et Boeing tente d'utiliser un processus biaisé pour étouffer la concurrence», a fait valoir l'avionneur par communiqué.
Une gifle, selon Québec
Le gouvernement Couillard a reçu une véritable gifle, mardi, en prenant connaissance de la décision du département du Commerce américain.
En toute logique, une barrière commerciale d'une telle ampleur - si elle est confirmée - forcera Bombardier à renoncer au marché américain, pour se tourner désormais vers d'autres marchés potentiels, comme celui de la Chine.
À Québec, la nouvelle, redoutée, a eu l'effet d'une bombe. En point de presse, en début de soirée, la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, l'a qualifiée d'«insensée» et d'«injuste», rien d'autre qu'une «attaque frontale» américaine, sans concession, envers l'industrie québécoise de l'aérospatiale.
Malgré ces mesures punitives, il n'y aura pas d'impact immédiat pour Bombardier, étant donné que les premières livraisons destinées au transporteur aérien d'Atlanta ne doivent débuter qu'au printemps 2018. D'ici là, Washington devra rendre une décision sur le fond, probablement au début de 2018, afin de déterminer si la commande de Delta a bel et bien porté atteinte aux affaires de Boeing.
L'administration Trump devrait maintenant indiquer le 4 octobre de quelle façon elle répondra à la demande de Boeing d'imposer un droit antidumping de 79,82 %.
Cette dispute commerciale a même incité le gouvernement Trudeau à se mêler du dossier en laissant entendre qu'il pourrait abandonner son plan d'acheter 18 avions de combat Super Hornet, construits par Boeing.
Fusion ferroviaire
Par ailleurs, l'Allemande Siemens et sa rivale française Alstom ont confirmé mardi le regroupement de leurs activités liées à la fabrication de matériel roulant, ce qui laisse Bombardier Transport en plan.
Ce nouveau géant franco-allemand de 62 300 employés présent dans plus de 30 pays devrait générer des revenus de 18 milliards $US. Les deux compagnies doivent tenir une conférence de presse mercredi.
Ce mariage pourrait nuire à Bombardier Transport alors que le secteur ferroviaire se consolide afin de rivaliser avec CRRC, ce constructeur chinois soutenu par l'État, qui accroît ses parts de marché mondiales.
En début de soirée, Bombardier n'avait pas réagi à l'annonce du mariage entre Siemens et Alstom.
Ces nouvelles n'ont pas empêché l'action de Bombardier de prendre plus de 6 % à la Bourse de Toronto pour clôturer à 2,27 $. Cela s'explique par la publication d'un article affirmant que l'entreprise serait sur le point de décrocher des commandes d'avions commerciaux en Chine.