Le bédéiste gatinois Éric Péladeau signe une BD à quatre mains avec Billy Tellier. Il a conceptualisé les personnages créés par l’humoristes au fil de ses capsules radio<em> Le petit monde de Billy</em>, adaptées en une cinquantaine de planches.
Le bédéiste gatinois Éric Péladeau signe une BD à quatre mains avec Billy Tellier. Il a conceptualisé les personnages créés par l’humoristes au fil de ses capsules radio<em> Le petit monde de Billy</em>, adaptées en une cinquantaine de planches.

Billy Tellier vu par Péladeau

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Le bédéiste Éric Péladeau n’a pas chômé durant la COVID.

Aux six livres qu’il a déjà fait paraître cette année à titre d’illustrateur ou d’auteur chez divers éditeurs (certes, il s’agit de l’aboutissement de projets démarrés bien avant la pandémie), le voilà qui publie une bande-dessinée scénarisée par l’humoriste Billy Tellier.

Cette nouvelle BD éditée par La Bagnole, Le petit monde de Billy, est l’adaptation de la série de capsules radio que l’humoriste signe depuis 2013 sur les ondes de CKOI — à l’émission matinale quotidienne Debout les comiques, diffusée à Montréal. 

Un « petit monde » déjanté... et déjà densément peuplé, au fil de près de 1500 capsules.

C’est le collègue Tristan Demers, populaire auteur bédé (Gargouille ; Shopkins; le magazine Délire) et chroniqueur télévisuel, qui les a réunis lorsqu’il a appris que Tellier souhaitait adapter ses capsules en BD. 

Se sachant coopté par Demers, Éric Péladeau a pris le taureau par les cornes : « j’ai écrit à Billy Tellier pour lui laisser savoir que je voulais vraiment travailler avec lui, [mais aussi vérifier] que ce ne soit pas juste une commande de dessins, mais une véritable collaboration. Et mon portfolio lui a plu ! » se réjouit le Gatinois.

Je n’étais pas familier avec ses capsules radio, qui ne sont pas jouées ici [en Outaouais]. C’est très drôle. Je les écoute tout le temps, maintenant », indique Éric Péladeau, qui a une affection particulière pour « la capsule 50 nuances de beige, pleine de jeux mots douteux et un peu “olé olé” », dont il sait que le contenu  ne pourrait pas se retrouver dans cette BD plutôt grand public, certes... mais à ne pas mettre entre les mains des plus jeunes lecteurs, certains gags pouvant à l’occasion s’avérer licencieux.

Le petit monde de Billy est destiné à ce public ado-jeunes adultes que ciblait Safarir, reconnaît Éric Péladeau — qui a collaboré environ 5 ans pour ladite revue. « C’est le genre d’humour que faisait RBO, et que j’adorais, un univers complètement déjanté, absurde et irrévérencieux. À 12, 13 ans, ça passe, je pense », sourit le dessinateur.

Véritable collaboration

Son « premier défi, c’est de ne pas décevoir les fans de Billy. Je voulais apporter ma vision, mais c’était important que le public s’y retrouve et trouve ça bon. Ça fait des années que ces personnages existent, alors que moi je les découvre ».  

Pour chacun des emblématiques personnages — Léopold le vendeur de chars, Mathurin l’irréductible anti-techno, Gisèle l’infirmière peu zélée ou encore Bernard le méchant lutin — « j’ai proposé une dizaine de personnages, dans différents styles cartoon, et on a tricoté ensemble » leur aspect visuel, Billy Tellier retenant ici une forme de visage, là une taille de nez, ou taille d’oreille ou un look en particulier.

Leur collaboration « a été super, dès la première rencontre ». 

Quelques ébauches singées par Éric Péladeau pour le personnage de Mathurin, créé pour la radio par Billy Tellier.

« Billy ne se prenait pas pour un autre », et se montrait « très flexible » (accommodant), convenant avec humilité que les méthodes d’écriture des blagues différaient, entre la scène ou la radio et le papier. « On respectait mutuellement l’expertise de l’autre », partage Éric Péladeau — qui fut lauréat du prix littéraire Le Droit jeunesse en 2008 pour Léo Lalune et les cinq sens et qui fut nommé « écrivain en résidence » de la Ville d Gatineau en 2018.

Lorsque les gags s’avéraient trop textuellement chargés, l’humoriste « était d’accord pour qu’on transpose des blagues dans les illustrations », à la suggestion du dessinateur. 

« J’ai même pu proposer quelques petits gags, ou ajouté des éléments dans certaines situations. C’est un workholic, Billy, mais avec un très bon esprit d’équipe ! »

Une semaine après sa sortie, début novembre, leur BD faisait déjà l’objet d’une réimpression, indique-t-il.


« C’est un workholic, Billy, mais avec un très bon esprit d’équipe. »
Éric Péladeau, bédéiste

Un pied dans le stand-up

Loin des récits dramatiques, ses publications (de l’ordre d’une centaine, en 20 ans de métier) ont toujours un sourire en coin. 

Durant cinq ans, il a collaboré au magazine québécois Safarir sur une base régulière et a signé des chroniques plus sporadiques dans Délire, autre mensuel ayant pour vocation de faire travailler les zygomatiques.

Mais Éric Péladeau s’aventure aussi parfois sur les planches, pour se frotter à l’art du stand-up.

Cette envie de puncher des gags sur scène a toujours été là, dès l’enfance, se remémore le bédéiste. « Ce qui m’avait empêché d’en faire plus tôt, c’est ma grande timidité ; j’étais plus qu’effrayé de me retrouver devant public. Durant les premiers ateliers [de dessin] que je donnais dans les écoles, j’avais une frousse incroyable. » 

« Jeune, j’avais envisagé d’aller à l’École nationale de l’humour (ENH) à Montréal, pas pour me retrouver sur une scène, mais en tant qu’auteur. Ça faisait vraiment partie de ma bucket list ».

Prenant son courage à deux mains, le Gatinois s’inscrit en 2018 à un cours du soir à l’ENH, « pour valider le fait que j’étais capable d’écrire pour la scène ». 

Rassuré par cette formation, et plus que jamais convaincu qu’« il faut toujours se mettre en danger, quand on est artiste », il se fait plaisir en se lançant sur scène en 2019. 

Divers petits bars de l’Outaouais accueillent ses premiers pas de comique « debout ». Il profite aussi des soirées open mike du Bordel Comédie Club. « Je l’ai aussi fait en anglais, au Yuk Yuk d’Ottawa et dans une couple de bars à Toronto », ajoute-t-il. 

« C’est une adrénaline incroyable. » 

Il est encore trop modeste pour envisager une tournée québécoise, mais il a tout de même réussi à caser « une vingtaine de spectacles en un an ». « J’aurais pu en faire le double cette année, parce que ça s’était très bien passé. J’étais pas ‘bon’ mais j’étais ‘pas pire’... et [la plupart des] organisateurs voulaient me réinviter. »

Le petit monde de Billy
Billy Tellier et Éric Péladeau
La Bagnole, 48 pages