Un ciné-club pourrait voir le jour dans le Vieux-Hull dans les prochains mois.

Bientôt un ciné-club à Gatineau?

Un ciné-club pourrait voir le jour dans le Vieux-Hull dans les prochains mois.

C’est le souhait d’une poignée de cinéphiles de l’Outaouais qui, sous l’impulsion de Anne-Marie Hodgson, ont fondé en juin dernier Ciné Jonction, un organisme sans but lucratif (OSBL) dont le mandat est de développer diverses initiatives permettant de faire rayonner le cinéma québécois et le cinéma d’auteur dans le quartier de Hull.

Ciné Jonction entend projeter une dizaine de films, dès la première année d’exploitation de ce ciné-club dont le mode de fonctionnement s’inspirera du « modèle du Bytowne », à Ottawa, précise la fondatrice et présidente de Ciné Jonction.

Les organisateurs n’ont pas encore identifié la salle susceptible d’accueillir la foule de 100 à 250 personnes nécessaire pour rentabiliser ses futures opérations, mais leur projet de ciné-club a déjà obtenu l’appui de Culture Outaouais et celui de l’association des cinémas parallèles du Québec, qui sert entre autres de facilitateur entre les diffuseurs et les distributeurs.

L’organisme attend d’ici « quelques semaines » une réponse du gouvernement du Québec à une demande de subvention, et une autre de la Ville de Gatineau, indique Anne-Marie Hodgson, qui ajoute être en pourparlers avec des représentants de la municipalité pour l’aider à trouver un lieu adéquat, parmi les édifices qu’elle possède.

Un lieu... voire plusieurs, car rien n’empêcherait que ce ciné-campus soit itinérant, si c’est ce que souhaitent les futurs membres du ciné-club, laisse entendre Mme Hodgson, qui planche déjà sur d’autres idées pour offrir aux cinéphiles des « espaces de dialogue ».

La plupart des petits cinéma hullois ont fermé leurs portes dans les années 80. Depuis que le Ciné-Campus (à l’Université du Québec en Outaouais) a cessé ses activités, il y a une dizaine d’années, le secteur Hull n’offre plus d’espaces de diffusion répondant aux exigences des cinéphiles les plus pointus.

Un modèle « flexible »

Ciné Jonction est d’ailleurs née de sa « frustration de devoir aller jusqu’à Montréal pour avoir accès à des films québécois ou de répertoire ».

À Ottawa, « le Bytowne et le Mayfair jouent un rôle très important » et permettent de « maintenir l’écosystème en santé », observe-t-elle, « mais il y a de la place dans la région pour un segment plus précis : des films internationaux présentés avec des sous-titres en français » et « davantage de films québécois » que ce que proposent actuellement les exploitants de salles à Hull, Aylmer et Gatineau.

Dans les « cinémas plus commerciaux », les films francophones sont rarement projetés plus d’une semaine, ce qui ne leur laisse guère le temps de trouver leur public ou de « créer un buzz », estime-t-elle. « Il suffit de cligner des yeux pour le manquer ! »

C’est pourquoi « Ciné Jonction tente de trouver des alternatives pour que les gens aient plus d’options, et que les films restent à l’affiche plus longtemps. »

Le ciné-club reprendra vraisemblablement « la stratégie et la flexibilité du Cinéma Bytowne ».

Le Bytowne se permet de diffuser des films d’auteur sur une longue période, mais avec parcimonie, à raison d’une projection par jour (par film) ou de façon plus sporadique parfois, « et en proposant des horaires variables » pour mieux s’adapter aux horaires de sa clientèle, analyse Mme Hodgson.

Bonifier l’expérience cinématographique

Mettre sur pied un tel ciné-club est le « premier projet concret » de Ciné Jonction, mais l’organisme a « des rêves à moyen et à long termes ». « Le Ciné-club est un premier pas pour voir si le public va embarquer et se déplacer pour des films indépendants, car c’est un gros défi de faire sortir les gens », surtout à une époque où se sont démocratisés les outils technologiques permettant de visionner des films « dans le confort de sa maison », et avec une qualité d’image et de son « aussi avancé que ce qu’il y avait dans les salles de cinéma il y a une trentaine d’années », reconnaît-elle.

Sauf que « la grosse valeur ajoutée des ciné-clubs, rappelle-t-elle, c’est de proposer une expérience plus complète. » Ciné Jonction a donc « l’intention de tester de nouvelles recettes » pour plaire aux cinéphiles et de faire de son ciné-club « un lieu de rencontres et d’échanges », explique Anne-Marie Hodgson.

Les organisateurs s’efforceront par exemple d’« inviter des artisans du film projeté, ou encore des organismes qui travaillent sur les enjeux qui sont abordés dans le film ».

« On veut bonifier l’expérience, offrir quelque chose de différent de ce que proposent les salles de cinéma traditionnelles » et que les Netflix de ce monde ne peuvent pas offrir dans l’isolement d’un foyer. « On cherche à créer un espace de rencontre autour du film », expose-t-elle, en ajoutant que « dans le modèle idéal », ce ciné-club proposerait de la nourriture et de l’alcool.

Bien que le lieu précis des projections ne soit pas encore déterminé, la présidente de Ciné Jonction assure que le ciné-club verra le jour « dans l’axe de développement culturel de Hull, pas loin de la rue Montcalm ». Ce, afin de ne pas nuire aux « efforts » que le Cinéma 9 et le Cinéma Aylmer font, à Gatineau et Aylmer, pour présenter des films indépendants. « On veut que ce soit dans l’ADN de Ciné Jonction que d’établir des partenariats », prévient-elle.

Mme Hodgson ne cache pas son ambition de fédérer tranquillement un petit réseau de cinéphiles. Toutes leurs suggestions pour dynamiser les activités de l’organisme trouveront une oreille attentive au sein du c.a., promet-elle. Les personnes intéressées peuvent d’ores et déjà se manifester via la page Facebook de Ciné Jonction.