Je disparais est présentée au Studio du Centre national des arts jusqu’au 4 novembre. Pour s’informer ou obtenir des billets, www.nac-cna.ca.

Aveux, risques et périls

CRITIQUE / Rien, les murs à nu du théâtre, deux chaises, une économie de décor et de déplacements. Je disparais, à l’affiche du CNA jusqu’au 4 novembre, fait aussi disparaître les artifices scéniques. Par la maison d’enfance évoquée dès les premières répliques viendront bientôt les angoisses les plus tenaces.

Le théâtre du dramaturge norvégien Arne Lygre n’avait jamais été présenté au Québec. Le Groupe de la Veillée remédie à cette absence en adaptant Je disparais, une pièce sur nos peurs les plus intimes dont la paranoïa navigue entre réalité et fiction. Peur de mourir, peur d’être malade, hantise du scénario du pire sans référence explicite mais où l’on devine terrorisme, crise des migrants et autres tragédies contemporaines. 

Sur scène, deux amies attendent impatiemment : l’une son mari, l’autre sa fille. Arne Lygre sème le malheur par petites touches anodines, en ricochet. « Sa voiture a brûlé » attrape-t-on au détour de la conversation. Puis la machine à anticipation s’emballe, rien ne va plus. L’écriture saisit avec brio le scénario du pire qui tourne en rond dans la tête des personnages, incapables de sortir du tourbillon de la catastrophe. L’auteur, traduit en québécois par Guillaume Corbeil, a choisi d’affronter les enjeux radicaux, les questions essentielles, et s’en va toucher des points d’inconscience terribles avec la dextérité paradoxalement inquiétante et bienfaisante de l’acuponcteur.

Rien d’anecdotique ni d’accessoire dans la mise en scène de Catherine Vidal, et rien non plus qui doive être misérable ou pathétique. L’aridité de son approche scénique ne nous laisse pas d’échappatoire, au risque parfois de frôler l’ennui. Dès l’entrée du spectateur dans le studio, l’étau se resserre. Plus tard, de longues minutes entièrement plongées dans le noir (une rareté au théâtre !) diffusent un sentiment d’inconfort. Les jeux de lumières — petits malins — offrent de belles surprises visuelles, rares fantaisies dans une mise en scène sinon aiguë, économe, qui éclaire et cerne les personnages avec rigueur sans en faire les rouages d’une quelconque démonstration. 

Je disparais ne fait pas dans l’esbroufe, mais relève d’une science des équilibres et de l’épure qui arpente les chemins de l’angoisse frontalement. Dépressifs, s’abstenir. 


POUR Y ALLER

Quand ? Jusqu’au 4 novembre

Où ? Studio du CNA

Renseignements : Billetterie du CNA, 613-947-7000, www.nac-cna.ca