Les gens de la région ont pu renouer avec une version pandémique du Bluesfest vendredi soir.
Les gens de la région ont pu renouer avec une version pandémique du Bluesfest vendredi soir.

Marie-Mai à Gatineau : d’heureuses retrouvailles derrière le volant [PHOTOS]

CRITIQUE / La soirée de vendredi sur le site Zibi, dans le centre-ville de Gatineau, a pris des airs d’heureuses retrouvailles. Les retrouvailles attendues entre Marie-Mai et ses fans, alors que la chanteuse se produisait devant un public en chair et en os pour la première fois depuis le mois de mars – mais aussi celles des Gatinois et des Ottaviens avec une sympathique version pandémique du Bluesfest.

La popstar par excellence du Québec était la tête d’affiche du premier de la série des Concerts au volant, résultat d’une collaboration entre Centre national des arts (CNA) et le plus grand festival de musique d’Ottawa. Après des mois de confinement artistique et de performances télévisées sans spectateurs, ni rires, ni applaudissements, voir un spectacle parmi une foule avait quelque chose de surréaliste – d’autant plus que ladite foule était à bord de sa voiture, comme lors de la tournée TD Musiparc, qui étaient passée par Gatineau à la mi-juillet. L’élément le plus dépaysant de cet agréable choc culturel : les applaudissements en chair et en os étaient maintenant… des coups de klaxons. Pout, pout! 

Les spectateurs ont eu droit à une large palette d’artistes. En alternance sur deux scènes, Kellylee Evans, Neon Dreams, Julian Taylor, Donovan Woods and The Opposition et l’intense Terra Lightfoot ont offert un prélude éclectique à la soirée, chacun dans son style, et chacun relié par une animation bilingue, mais un peu protocolaire et décousue. 

Marie-Mai a enivré la foule.

Pour Marie-Mai, c’était une première en plusieurs mois : en vidéo, on l’a vue chanter aux festivités de la Saint-Jean-Baptiste et donner un concert intimiste en duo avec Cœur de Pirate, mais enfin, l’interprète magnétique faisait son premier spectacle complet après que la pandémie ait interrompu sa tournée pour l’album Elle et moi (2018). 

La blonde showgirl, qui a enflammé le Centre Bell quinze fois, s’était clairement ennuyée de son public – et la nostalgie était réciproque, ses fans et elle chantant et riant ensemble pendant toute l’heure où elle s’est produite. C’est comme si sa séparation prolongée avec ses fans n’avait que creusé l’appétit de l’intense interprète de 36 ans, dans le métier depuis 18 ans. Le mot d’ordre : « faire le party avec vous autres ».  « Je suis tellement contente de vous voir ce soir, vous n’avez pas idée! » a lancé d’emblée la nouvelle Marie-Mai à la coupe garçonne, tout sourire et toute pimpante d’énergie. 

Les gens de la région ont pu renouer avec une version pandémique du Bluesfest vendredi soir.

Habituée aux spectacles à grands déploiements, la chanteuse a dû imposer un régime minceur à ce qu’elle appelait « le spectacle de (sa) vie ». Sans vidéo, ni garde-robe de costumes, ni effets spéciaux, elle est tout de même parvenue à peindre un tableau haut en couleurs au moyen de stroboscopes et de jeux de lumière. 

Sur la scène moyenne partagée avec son groupe, elle a passé l’heure à danser, sauter, se tortiller, courir partout où l’espace restreint le lui permettait – en d’autres mots, même en version épurée, Marie-Mai a fait du Marie-Mai. Le répertoire du soir : les chansons d’Elle et moi, bien sûr, de même que des morceaux plus vieux comme C.O.B.R.A., C'est moi et Encore une nuit (pout, pout, pouuut!) en milieu de spectacle, et entre les morceaux, des mots d’amour à profusion. Un bel ajout : avant le spectacle, les fans pouvaient lui envoyer des questions auxquelles elle a répondu entre les chansons.

La chanteuse québécoise Marie-Mai s'est donnée en prestation vendredi soir sur le site Zibi.

Si on a déjà vu un concert de Marie-Mai, on sait que son fan moyen est plus susceptible de boire une slush qu’une bière à l’entracte. On aurait pu croire que son pari de vieillir son public avec le son plus mûr d’Elle et moi était réussi, mais un petit groupe de danse qui s’est formé en milieu de spectacle (et qui s'est rapidement dissipé, sortir de sa voiture étant défendu) a confirmé la tendance. Tant mieux si la programmation du Bluesfest et du CNA a plu à un large public. Mais des voitures ont quitté la Place des Festivals devant les yeux de la chanteuse, alors qu'elle venait à peine de monter sur scène. Autre formule, autres manières? Dommage pour Marie-Mai… 

Les Concerts au volant se poursuivent encore quatre soirs, jusqu’au 9 août. Sam Roberts, Patrick Watson, Tim Hicks et Elijah Woods X Jamie Fine seront les têtes d’affiche de ces programmations tout aussi fournies. 

Non, les concerts dans sa voiture ne remplacent pas une salle de spectacle ou le terrain d’un festival. Il faudra s'habituer à entendre un court délai entre le son de la scène et de la radio. Mais c’est là l’essence du déconfinement : cette formule est un compromis. Et après des mois de spectacles en vidéoconférence, ce compromis-là, tant pour les artistes que pour le public, est plus que bienvenu.