La comédienne Louison Danis est de retour à Gatineau après 32 ans à Montréal.
La comédienne Louison Danis est de retour à Gatineau après 32 ans à Montréal.

Louison Danis, morte et ressuscitée

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Louison Danis est de retour au bercail. Après 32 années passées à Montréal, la comédienne franco-ontarienne est revenue s’installer à Gatineau, il y a quelques mois.

Elle est venue s’occuper de sa « mère mourante », placée en CHSLD. Démarche qui est aussi, à ses yeux, la dernière étape de sa propre « résurrection », confesse-t-elle.

Car « Louison Danis, l’actrice, est morte ; elle a été ensevelie par les dégâts du vol d’identité de Maman Bougon », rappelle l’Ottavienne de naissance. « J’ai vécu ; je suis morte par la main d’un autre... mais la mort mène à la résurrection et me voici », dit-elle en tendant les bras, dans une pose très dramaturgique, mais le sourire en coin.

Rendue à 68 ans, elle aurait bien aimé prendre sa retraite. Sauf que même après « 52 ans de pratique théâtrale » les finances de ‘Maman Bougon’ sont « loin de pouvoir [lui] permettre » ce luxe. 

« Dans deux mois, je risque de me retrouver dans la rue », appréhende-t-elle. Qu’importe ! Car elle a « besoin de sentir qu’[elle] fait œuvre utile ». ‘Jouer’ les proches aidants n’est pas un rôle qu’elle endosse, mais une « mission » qu’elle embrasse. 

« Présentement, j’ai choisi d’accompagner ma mère en cette période de fin de vie. Je suis (psychologiquement) à la bonne place, au moment nécessaire. Répondre à l’appel est naturel. » 

Louison Danis a été longtemps metteure en scène — elle a monté une trentaine de pièces, dont « près du tiers en Outaouais », où le milieu lui donnait carte blanche — et directrice de production. À la fin des années 60, elle a codirigé L’Atelier d’Ottawa avec Pierre Collin et Pierre-René Goupil. Elle a été directrice artistique de La Grande Chapelle, à Katimavik, du côté de Val-des-Monts — où elle a proposé plusieurs pièces estivales, dont le mémorable Not’ Quichotte — et a dirigé quelque temps le Théâtre de Quat’Sous, à Montréal. 

Sur les planches, elle a brillé au fil de 200 personnages et « 2374 représentations », notamment dans Encore une fois, si vous permettez de Michel Tremblay, jouée 170 fois. Elle a participé à plus de 25 téléséries. Elle a signé ou cosigné 27 traductions (dont plusieurs pièces)... 

Cette Louison-là en a tout simplement eu marre de se morfondre à Montréal, à « attendre que le téléphone sonne » pour lui offrir des projets « pertinents ». Marre de ressasser cette « histoire de Twitter » qui lui a pourri la vie pendant sept ans. 

« J’ai été très chanceuse (dans ma carrière). Assez pour m’encourager à rester sérieusement sélective », précise celle qui se « sait reconnue » pas seulement pour son talent et ses tenues colorées, mais aussi pour son caractère bien trempé, et une langue virevoltante, incapable de rester dans sa poche. 


« Présentement, j’ai choisi d’accompagner ma mère en cette période de fin de vie. Je suis (psychologiquement) à la bonne place, au moment nécessaire. »
Louison Danis

Vol d’identité télévisuelle

Reste qu’elle n’est pas remontée sur les planches depuis Dimanche napalm, en 2016. « Une femme souffrant d’Alzheimer, qui raconte sa vie. J’ai joué sans dentier. Alors, quoi ? Tu veux tu être complète dans ton personnage, ou tu veux être cute ? »

Ses apparitions au petit écran aussi, se sont raréfiées. Sa dernière émission TV remonte à septembre 2019. « C’était aux Enfants de la télé, pour un hommage à Rémy Girard. J’avais préparé un numéro - qui a été enregistré. Ils ont tout coupé, sauf une réplique... la moins drôle, en plus ! » grince-t-elle, dans un des rares moments d’agacement de notre entretien. 

Louison Danis est d’un naturel enjoué, ricaneur et exubérant. 

Un seul sujet peut lui faire perdre son sourire : ce « vol d’identité » dont elle a été victime à l’époque de l’émission Les Bougon. Une usurpation d’identité.... de personnage, faut-il préciser. Trois comptes liés à Maman Bougon avaient fleuri sur les réseaux sociaux, Twitter notamment. Aucun d’eux n’était administré par la comédienne.

Or, les « responsables » de ces comptes tenaient des propos « irresponsables », ce qui a énormément nui à sa carrière, déplore Louison Danis. 

« Ils disaient des bêtises, des platitudes et des grossièretés à n’en plus finir... » Des « conneries » auxquelles étaient abonnés jusqu’à « 42 000 suiveux », à la fin. Et que beaucoup de gens, y compris parmi les collègues de Louison Danis, ont gobé en pensant qu’elle avait « pété les plombs ».

La mascarade – qui a commencé à la fin 2012 et a duré jusqu’en 2015-2016, année de la sortie du film Votez Bougon – l’a « épuisée » professionnellement. 

« Je ne mangeais plus ; je ne  dormais plus ; je n’étais plus capable de rentrer dans un commerce » et d’affronter le regard des gens, se souvient-elle. 

Tout son corps a réagi : elle qui souffrait d’arthrite s’est soudain mise à faire de l’arthrose. De douleurs en crispations, il lui était de plus en plus difficile de travailler. 

«Moi, je n’ai jamais été très branchée sur les réseaux sociaux, alors ma première réaction, ç’a été: ‘je ne vais pas passer ma vie à répondre sur Twitter pour dire que c’est pas vrai!’» Voyant que le phénomène ne désenflait pas, elle est allé voir la police... qui «n’a rien pu faire». «On m’a dit : ‘c’est pas vous qu’ils volent, c’est un personnage.'»

Rétablie

Reléguer aux oubliettes cette ‘mauvaise passe’ fait partie de son processus de rétablissement. Elle a fini par digérer. Et l’arthrose a disparu à mesure qu’elle retrouvait sa sérénité tout en s’astreignant à des exercices physiques quotidiens. Sa résurrection physique est terminée.

 « Obéissant » à son « instinct créateur », elle s’est remise à l’écriture.

Il y a quatre ans, un éditeur lui a proposé de publier son autobiographie. « À 62 ans, ça ne m’intéressait pas. Ça m’a toujours énervée, les biographies des gens avec la couche de nombril pas sèche. » 

À présent, elle se sent prête, et s’astreint à une à deux heures d’écriture par jour, tout en « mijotant un projet vidéo d’aide à l’entraînement de nouveaux aidants » et du personnel auxiliaire des CHSLD. 

Une façon pour elle de remercier ceux et celles « dont le courage et l’appui [l]’ont vraiment aidée à garder la tête au-dessus de l’eau, depuis un an », dit Louison Danis en mentionnant cinq des « héros » du centre d’hébergement La Pietà : Anita, Christine, Geneviève, Irina, Fabien et Monyze.

Mais si le téléphone pouvait se remettre à sonner, avec à la clef des propositions de projets « qui tiendraient compte à la fois de mon âge et de mon bagage professionnel »... rien ne lui ferait plus plaisir !