Ariane Moffatt a métissé vendredi son répertoire à celui de plusieurs proches collaborateurs, telle Rosie Valland, mais aussi à celui de nouveaux complices franco-ontariens, comme Le R Premier et le duo De Flore.
Ariane Moffatt a métissé vendredi son répertoire à celui de plusieurs proches collaborateurs, telle Rosie Valland, mais aussi à celui de nouveaux complices franco-ontariens, comme Le R Premier et le duo De Flore.

«Les Francos ont la couenne dure» – Ariane Moffatt

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Faut-il dire merci à Mme 19, COVID de son prénom, à cause de qui le Franco a déplacé ses dates de juin au 25 et 26 septembre ? On n’ira pas jusque là. Le public non plus, fort probablement.

 

Car même si le festival se déroule «en présentiel» cette année  – le Franco a en effet opté pour une formule hybride live et webdiffusée, permettant ainsi à un groupe restreint de 100 personnes de profiter du concert en chair et en os, et aux autres de l’apprécier depuis un écran –  la petite foule présente au parc Major Hill ce 25 septembre aurait sans doute préféré un Franco où l’on peut danser et se serrer les coude entre voisins de trille, dans la chaleur de l’été. 

Il ne faisait pas particulièrement froid, vendredi, mais ce petit vent de fin septembre, ça vous rafraîchit un peu la partie «estivale» du mot festival.

Certes, avant le lever de «rideau», on a vu certains festivaliers oser bavarder d’une table à l’autre, malgré la contrainte du masque, et oublieux de la consigne des «2 mètres», mais... difficile de se rapprocher véritablement les uns des autres et de partager son euphorie quand les règles du jeu qui priment sont sanitaires. 

Difficile, quel que soit le talent qui défile sur scène.

Et le talent ne manquait absolument pas, en cette soirée d’ouverture du Franco, gratifiée d’Ariane Moffatt en tête d’affiche. 

Loin d’être seule, la vedette.

Pour l’occasion, la Montréalaise était entourée de son nouvel acolyte, Étienne Dupuis-Cloutier, alias DRMS, avec qui elle a monté le projet SOMM. SOMM, c’est un groupe à géométrie variable né durant la COVID, au sein duquel Moffatt et DRMS s’associent à un troisième larron – artiste ou groupe – qui fluctue selon l’humeur du duo. 

Dans leur équation, il fallait additionner Rosie Valland, vendredi. Et six autres «petites mains précieuses», quant à elles locales et franco-ontariennes: celles de Le R Premier, et du duo De Flore.

L'ex directrice générale d'Unique FM, Véronique Soucy animait le Festival Franco-Ontarien pour la sixième année consécutive. «Cette année, ensemble, nous allons marquer l’histoire» a-t-elle dit, allusion au fait que la soirée d'ouverture du Franco concordait avec le Jour des Franco-Ontariens, et qu'il s'agissait d'un des rares festivals de la région à avoir osé la formule «présentielle».

Retrouver la scène

Un festival en présentiel ? «Est-ce que ceci est réel ?» a interrogé Ariane Moffatt en arrivant sur scène, flottant au milieu de la brume artificielle.  

Installée derrière son synthétiseur, elle a lancé la soirée sur les accords de «Du souffle pour deux», en s’amusant au passage à transformer «l’incendie» mentionné dans sa chanson par «la pandémie».

Elle a enchaîné sur «Les apparences», chanson qu’elle a conclue en partageant: «c’est beaucoup d’émotions!», le fait de se retrouver devant un vrai public.

«Moi aussi, je retrouve la scène», a-t-elle confié en se demandant si c’était «comme le vélo», ou s’il allait lui falloir réapprendre certaines ficelles du métier.

«Le Festival franco-ontarien a la couenne dure ! Comme les Franco-Ontariens ont la couenne dure. Ils sont ben tenaces!» a-t-elle ajouté, tout sourire, façon de féliciter le festival de son audace «présentielle».

Ariane Moffatt a continué de creuser son répertoire en reprenant «La Statue» – qui se teinte d’une signification un peu particulière, dans la foulée de la vague de dénonciation d’inconduites sexuelles qui a touché le milieu artistique montréalais cet été, a-t-elle concédé avant d’inviter Sarah LaCombe et Mathieu Gauthier, du duo De Flore, a la rejoindre sur scène pour interpréter, à deux voix féminines, la chanson «Pour toi», tirée du tout récent minialbum du duo franco. Ç’aurait pu être plus dynamique, mais les deux univers se mariaient très bien.

Les interprètes de la soirée d'ouverture du Franco étaient épaulés des musiciens d’Ariane Moffatt: Maxime Bellavance à la batterie; Melissa Lavergne aux percussions; François Plante à la basse et Jean-Luc Huet aux guitare et claviers.

La «fausse bonne idée»

Ariane Moffatt s’est alors eclipsée pour laisser à De Flore le temps de se faire mieux connaître à travers deux de ses chansons, puis elle est revenue pleine d’énergie, pour plonger dans les incontournables de son répertoire, «Je veux tout» et «Debout», rehaussées d’effets vidéo dynamiques.  

Elle a même tenté de faire chanter la (micro) foule... qui s’est pliée au jeu immédiatement et de bonne grâce... Mais Ariane Moffatt a aussitôt dû se rendre à l’évidence: «Quelle fausse bonne idée!» a-t-elle reconnu, hilare, en constatant le manque de décibels, et en admettant ne pas être encore familiarisée avec la nouvelle réalité covidienne et son impact sur les backvocals polyphoniques.

Elle a ensuite invité DRMS et Rosie Valland à la rejoindre. C’était la toute première fois qu’ils présentaient devant public les chansons de l’album de SOMM paru en avril dernier.

Valland a accompagné Moffatt sur la très poétique «Le Ciel s’est renversé», qu’elle interprète aussi sur le disque de SOMM.

Puis, Valland a enchaîné, en solo, sur une magnifique interprétation de Génération désenchantée de Mylène Farmer, avant de «succomber» aux sirènes de son plus récent album, «Blue», qui date de février – et qui porte bien son nom.

Une petite foule, en raison des mesures sanitaires imposées par la COVID-19, était présente au parc Major Hill ce 25 septembre pour célébrer le Festival Franco-Ontarien.

«Dans une bulle», avec Le R Premier

Ariane Moffatt a avoué avoir eu «un coup de foudre pour cet être lumineux» qu’est Le R Premier (Christian Djohossou), qu’elle venait de découvrir. 

En duo avec le rappeur ottavien, elle s’est aventuré sur l’astéroïde du «Petit Prince», ballade slammée et joliment constellée de sonorités africaines. On n’était pas seulement silencieux, p;as seulement attentifs: on était bouche bée, tellement ce «match» vocal  là semblait naturel. Le moment de grâce s’est prolongé avec «Chérie», servie à la sauce franco-ontarienne.

«On est vraiment dans une bulle et on espère que ça va durer le plus possible. Merci à l’équipe du Franco. Vous êtes des magiciens!» a observé Le R, en habitué du festival.

Tout le monde est revenu sur scène lors de la finale, le temps d’offrir «Sunshine», l’hymne estival signé SOMM (avec Fouki). Liesse collective.

Juste avant, Moffat était retournée arpenter les rues de «Miami»... tsé, la toune  qui rappelle que «Le tout est plus grand que la somme des parties». 

Cette formule mathématique, les interprètes de cette soirée métissée l’ont certainement prouvée, vendredi.


+ + + 

Le métissage est loin d'être terminé.

 Samedi 26 septembre, ce sera au tour d’Isabelle Boulay de monter sur la scène du Parc Major Hill, pour clore le Festival Franco-Ontarien Teksavvy en compagnie de Paul Daraîche et des Mountain Daisies, mais aussi de Mélissa Ouimet, Céleste Lévis et JOLY, le temps d’une soirée country-folk.

Il reste quelques places sur le site. Les billets pour la diffusion web de ce spectacle sont disponibles via le site du festival: ffo.ca.