Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
L'Association des auteurs et auteures de l'Outaouais ferme la porte de la Maison des auteurs, qu'elle occupait dans le Parc Jacques-Cartier depuis 2006. 
L'Association des auteurs et auteures de l'Outaouais ferme la porte de la Maison des auteurs, qu'elle occupait dans le Parc Jacques-Cartier depuis 2006. 

La Maison des auteurs ferme ses portes

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Article réservé aux abonnés
L’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais (AAAO) délaisse la Maison Charron, qu’elle occupait chaque été depuis 2006. Mais «la fermeture de la Maison des auteurs est en soi un pas vers l’avant», promet toutefois l’organisme.

L’édifice patrimonial situé dans le Parc Jacques-Cartier est, dans le milieu littéraire, désigné par son surnom de «Maison des auteurs».

L’AAAO a annoncé qu’elle avait mis fin – à regret – à son association avec la Commission de la Capitale Nationale (CCN)», actuel propriétaire de la Maison Charron. 

Une décision prise «le cœur gros mais aussi avec le sentiment d’avoir pris la décision qui s’impose», explique le responsable des communications de l’association, David Dufour.

La décision s’explique par le manque de «retombées financières» : «les bénéfices pour nos membres n’étaient tout simplement plus au rendez-vous», a estimé l’AAAO dans un communiqué de presse émis mardi 12 janvier.

Les effets de la pandémie et du confinement ont précipité ce verdict, ajoute l’association.

Son c.a. a pris cette «décision difficile» à la fin de l’année 2020, à l’unanimité, et après une «analyse» menée conjointement avec la CCN, indique l’organisme littéraire.

«La décision de vouloir fermer la Maison des auteurs se fait toutefois dans une optique de regard vers l’avenir», précise l’AAAO – qui pense être ainsi mieux en mesure de «déployer ses énergies ailleurs en Outaouais», et ce dans la perspective de «demeurer un pôle incontournable» pour la littérature de la région.

Organisme SDF

L’AAAO compte investir ses énergies dans des lieux plus fréquentés, dans un souci de proximité avec le grand public, et «pour le bien de la vitalité culturelle et économique régionale». 

L’organisme est devenu SDF – acronyme de «sans domicile fixe» – et le nouveau président de l’Association, José Claer, ne s’en inquiète pas outre mesure. Le terme SDF l’amuse du moins assez pour qu’il tente de lui donner une autre signification: Ces 3 lettres, écrit-il dans un mot affiché sur le site Internet de l'organisme, «sont des plus positives parce qu’elles ont comme définitions ‘Super-Défenseurs-et Fabricateurs de projets». Des projets qui sauront allier «le plaisir de créer et celui d’offrir à profusion nos réalisations», en les éparpillant aux quatre coins de la grande région de l’Outaouais, et non plus seulement circonscrits dans le Vieux-Hull.

«Suite à la pandémie [...] aux règles de confinement qui risquent de perdurer [...], nous croyons que les librairies indépendantes, les bistros, cafés, et les salles de spectacles – qui ont perdu en clientèle et en revenus – gagneront de voir l’AAAO comme nouveau partenaire», estime l’association, qui entend s’associer à ces nouveaux partenaires «dès que les conditions le permettront».

La décision a été prise sous la gouverne de José Claer, président de l'AAAO depuis octobre dernier, «mais c’était sous-jacent depuis plusieurs mois, sinon une année», avance-t-il.

Les Mosaïcultures ont été un coup d’épée pour nous, parce qu'on n'avait pas [facilement] accès au site», expose-t-il. Le coup de grâce a été asséné par la situation pandémique.

L'association est locataire des lieux, l'été. «Depuis des années, tout allait bien. Mais, dans notre contrat, on devait occuper la Maison tous les jours».  Cette permanence quotidienne s'est avérée de plus en plus difficile à assumer au fil les trois dernières années, au point de sembler inutile, retrace José Claer.  «Le soir, ça allait. On a fait beaucoup de soirées de lecture et des spectacles de musique, qui étaient très populaires». Mais en journée, «c’était devenu un réel problème logisitique».

Il s'explique: lors de la deuxième édition des Mosaïcultures, « le site était rendu payant; avec les barrières impossibles à franchir, il n'y avait aucune façon [pour les  membres] de s’y rendre à volonté». Le site a ensuite connu des problèmes de pollution: «le terrain était en [phase de] décontamination, alors c'était toujours impossible d'y accéder, et l’année d’après, c’était la COVID. On a encore perdu un an...»

Un vulgaire «dépanneur» 

Constatant que, dernièrement, «on ne desservait plus qu'une population de cyclistes qui passaient là par hasard, et qui avaient juste besoin d'une bouteille d'eau ou d'un paquet de chips; on était rendu un dépanneur» et non plus un lieu de littérature, l'AAAO a remis en question l'utilité de la permanence à la Maison Charron.

Avoir «un lieu ayant pignon sur rue, un endroit tranquille en pleine nature au milieu de la ville, où les auteurs pouvaient venir pour pouvoir écrire au calme et échanger des idées, c’était parfait! Mais avec les travers [successifs] qu'on a vécus, et qui éteint indépendants de notre volonté, est-ce que c’était encore efficace et impondérable?», poursuit-il.

José Claer estime qu'il est temps pour l'association qu'il préside de «s'ouvrir», d'élargir son rayonnement à l'ensemble de l’Outaouais, au lieu de se contenter du Vieux Hull – à l'image de l'exposition Recyclart qui, chaque été «va faire un tour» dans les villes ou villages en périphérie de Gatineau. «On veut ouvrir nos bras et diffuser encore mieux sur tout le territoire.»

Il souhaite que l'Association devienne davantage «multidisciplinaire», en s'associant par exemple avec des lieux de diffusion comme La Nouvelle Scène ou le Centre Daïmon. «En mêlant les arts, en se métissant tous ensemble, là on a des atouts pour faire briller at large les artistes de l’Outaouais.» I

Il estime qu'il est temps d'«ouvrir la communication jusqu’à la communion»: «c'est important qu'on puisse s'ouvrir aux diversité des formes d’écriture: pas seulement aux romanciers et poètes, mais aussi à ceux qui diffusent sur les réseaux sociaux», car aujourd'hui, les maisons d’éditions traditionnelles «ne sont plus la seule panacée».

En 2021, «que recherchent les membre de l’AAAO, quels sont leur besoins ? [...] Est-ce toujours important, de nos jours, d'avoir une adresse et des briques. Durant la COVID-19, la population entière a été débrouillarde. Est-ce encore essentiel d’être dans le 'présentiel' ? » soulève-t-il. L'AAAO a conclu que non, qu'«il faut s’adapter à ce qu’on vit en ce moment. [Alors] on se transforme, ou s’ouvre l’esprit et les bras pour de nouvelles rencontres. Et elles se feront différemment.» 

Prestige

Désireuse de souligner le «franc succès de nombreux évènements» que l’AAAO a pu y tenir depuis 2006, l’association se dit bien consciente du «prestige» que représentait le fait d’occuper ce lieu patrimonial.

«Nous comprenons et sommes très sensibles à l’attachement que plusieurs [auteurs membres de l’AAAO] partagent envers la Maison Charron, mais nous sommes convaincus que la décision permettra [...] d’être plus productifs [et] de se concentrer sur de nouveaux objectifs »

Construite en 1827-1828 sur un lot appartenant à Philemon Wright, la maison Charron est l’un des toutes derniers vestiges du patrimoine bâti dans le secteur de Hull durant la période de colonisation. L’édifice fait partie de l’inventaire du patrimoine bâti de l’Outaouais.

Renseignements: AAAO