Le film de <em>Flashwood</em> Jean-Carl Boucher nous fait donc suivre l’évolution de ces jeunes adolescents, qui grandissent dans une banlieue montréalaise à une époque inspirée des années 1970 et 1980, jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge adulte.
Le film de <em>Flashwood</em> Jean-Carl Boucher nous fait donc suivre l’évolution de ces jeunes adolescents, qui grandissent dans une banlieue montréalaise à une époque inspirée des années 1970 et 1980, jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge adulte.

Flashwood : Le réalisme confrontant de la banlieue

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Jean-Carl Boucher livre avec Flashwood son tout premier long métrage, près de sept ans après le début du tournage. La fiction, qui frôle le documentaire, raconte l’histoire de jeunes tentant d’évoluer et de s’épanouir dans une banlieue beige, neutre et peu stimulante. Jean-Carl Boucher pose un regard cru sur la vie de banlieusards désabusés, avec des sursauts d’humour.

Loin de porter un jugement sur la banlieue, Jean-Carl Boucher, reconnu notamment pour ses premiers rôles dans les films 1981, 1987 et 1991 de Ricardo Trogi, tenait plutôt à imaginer ce que lui et ses amis seraient devenus s’ils avaient dû se forger en tant que jeunes adultes en périphérie de la ville.

«Le fait de revenir en banlieue nous a amenés à avoir plusieurs discussions sur à quel point nos vies auraient été différentes si on n’avait juste pas trop su quoi faire, si on avait erré dans les rues à se tenir avec des gens qu’on n’a pas nécessairement choisis, mais qui sont là parce qu’ils sont là», explique le jeune réalisateur.

Flashwood nous fait donc suivre l’évolution de ces jeunes adolescents, qui grandissent dans une banlieue montréalaise à une époque inspirée des années 1970 et 1980, jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge adulte. Sans but ni occupation officielle, le groupe d’amis erre dans les rues, dans les boisés ou aux bords des piscines. Saouls et empreints de questions existentielles, ils se chamaillent, s’insultent et s’aiment sans trop savoir pourquoi.

À l’aube de leur destin de jeunes adultes, «un moment angoissant où tu ne sais pas trop ce que tu veux faire de ta vie, où tu te poses beaucoup de questions sur le sens de ta vie, être dans un endroit aussi neutre que ça, est-ce que ça aide ou pas de ne pas avoir de flèches qui t’indiquent par où aller ?» demande Jean-Carl Boucher, guidé par ce questionnement tout au long du tournage.

Le long métrage, qui devait être à la base un simple court, est divisé en trois tableaux par des ellipses correspondant au nombre d’années entre les différentes étapes du tournage. Flashwood témoigne du vieillissement de sa grande distribution composée, entre autres, de Pier-Luc Funk, Antoine Desrochers, Simon Pigeon, Maxime Desjardins-Tremblay, Laurent-Christophe de Ruelle et Karelle Tremblay.

Le travail des interprètes

Avec une caméra assez discrète qui place le spectateur en position d’observateur, Jean-Carl Boucher filme de petites scènes décousues du quotidien qui construisent, en fin de compte, la vie des jeunes adultes. Sans fioriture, le cinéaste réussit à capter, par des plans serrés, la détresse vécue par les personnages.


« Avant de commencer le tournage, j’avais 19 ans et je venais de découvrir des films un peu plus nichés que ce que j’écoutais quand j’étais jeune »
Jean-Carl Boucher

«Dans ma réalisation, il y a donc beaucoup d’influence de Gus Van Sant, de Larry Clark, de films indépendants américains où on n’a pas nécessairement besoin d’une histoire rocambolesque pour toucher les gens. C’est ce style-là que je voulais emprunter», précise-t-il, grandement inspiré par le travail des acteurs.

Jean-Carl Boucher admet d’ailleurs qu’il aime «documenter les interprètes». Sur le tournage de Flashwood, entouré de ses amis, le jeune homme a volontairement laissé une grande place aux interprètes qui pouvaient même improviser leurs scènes. En les laissant «donner une grande part d’eux-mêmes dans leur personnage», le réalisateur souhaitait ainsi capturer la pureté de leur art en image.

Avec un scénario parsemé d’humour, Flashwood, bien qu’il illustre une réalité fade et remplie de questionnements existentiels, n’appartient pas à la catégorie des œuvres grises et déprimantes. «Je ne voulais pas que le film soit lourd ou le message, obscur. Je n’ai d’ailleurs pas pris des acteurs qui sont, dans la vie, si obscurs que ça. Donc la seconde où ils partaient avec des délires entre eux, je pouvais capter ça avec ma caméra, que ce soit dramatique ou humoristique», affirme Jean-Carl Boucher, qui se décrit comme un «observateur de la réalité».

Flashwood prend l’affiche le 7 août.

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UN GRAND DÉFI D'INTERPRÉTATION

Le tournage de Flashwood a représenté un grand défi pour Antoine Desrochers, un acteur à la carrière pourtant bien remplie. Le jeune homme, reconnu notamment pour ses rôles dans Nitro, Cerebrum, La Déesse des mouches à feu et, plus récemment, dans Antigone, raconte avoir eu de la difficulté à replonger dans son personnage après que le tournage ait pris une pause de cinq ans.

«Je me rappelle avoir trouvé ça difficile parce que j’étais dans une période de ma vie où je me posais beaucoup de questions sur ma démarche artistique en tant qu’acteur», raconte Antoine, qui souligne également le travail qu’il a dû faire sur lui-même afin de bien comprendre son personnage.

Hugo, interprété par Antoine Desrochers, est un des protagonistes dans Flashwood qui s’interroge le plus sur le manque de sens dans sa vie. De l’adolescence à l’âge adulte, Hugo vulgarise énormément sa détresse et ses questionnements existentiels.

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Antoine Desrochers dans <em>Flashwood</em>

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Ayant le même âge que son personnage, le jeune acteur explique s’être beaucoup remis en question afin de jouer les sentiments d’Hugo et non pas les siens. «Je me suis dit, bon, je vis personnellement ces remises en question. Quelle énergie ces remises en question apportent dans mon corps ? Comment est-ce que je peux transposer ça dans mon personnage ? Je suis content du résultat, mais je crois qu’il y a tout de même un piège à prendre ce chemin-là en tant qu’acteur parce que ce sont des éléments qui sont personnels à Antoine Desrochers et non au personnage du film», précise le jeune homme.

un miroir de la vie

Malgré tous les défis, Antoine Desrochers dresse un bilan positif de cette expérience qui l’a fait grandir en tant qu’acteur. Il qualifie d’ailleurs Flashwood de «miroir de la vie» et espère qu’il pourrait permettre à certains jeunes adultes de se réveiller.

«Je pense que ce film-là a vraiment un large public, mais je ne sais pas si c’est tout le monde qui va aimer ça. C’est un film qui a une sensibilité “confrontante”. […] Ce film-là est vraiment proche de la vraie vie en termes du langage. Quand on le regarde, on peut observer que notre langage n’est pas tout le temps nourrissant ou au service de notre bonheur. J’espère qu’il y a des gens qui vont l’écouter et qui vont dire “c’est le miroir dont j’avais besoin pour modifier des choses dans ma vie”», conclut-il, philosophe. Léa Harvey