Contenu commandité
Dialogue entre le passé et le présent
Arts
Dialogue entre le passé et le présent
Des lieux patrimoniaux qui mettent en valeur des œuvres actuelles; des artistes qui empruntent des techniques ou des matériaux d’antan pour faire vibrer un art bien de son temps. Dans la création artistique, il n’est pas rare de voir le passé interpeller le présent. Les journalistes des coopératives d’information CN2i sont allés à la rencontre de lieux ou d’artistes qui se jouent des frontières entre hier et aujourd’hui.
Partager
Maison Hamel-Bruneau: un point de relais depuis 163 ans

Arts

Maison Hamel-Bruneau: un point de relais depuis 163 ans

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
De relais touristique à centre d’exposition spécialisé dans les arts et la science, cet édifice patrimonial de la Haute-Ville de Québec a accueilli, entre ses murs, bon nombre de passants depuis 1857. En 163 ans, la maison Hamel-Bruneau ne se sera dédiée qu’à une seule mission: convier ses visiteurs à prendre une pause, le temps de se reconnecter à ce qui compte vraiment.

Construite en retrait du chemin Saint-Louis, derrière d’immenses arbres, la maison Hamel-Bruneau inspire le calme et la détente. Il n’est pas étonnant que sur cette parcelle de terre, autrefois parsemée de framboisiers, Michel Hamel fils ait décidé de construire un cottage anglais. 

De l’extérieur, la symétrie entre les fenêtres, la porte principale et la galerie crée un quadrilatère aux lignes droites et franches. Annie Veillette, guide-animatrice pour la Ville de Québec, explique que les longues poutres de la galerie servaient autrefois à faire pousser des plantes grimpantes. À la fin du 19e siècle, les maisons de campagne québécoises empruntent le style pittoresque qui va de pair avec les chalets de type Cottage Regency. 

Michel Hamel fils, riche propriétaire dont la terre familiale allait du chemin Saint-Ignace (boulevard Laurier) jusqu’au Cap (côte du Verger), loue la maison dès sa construction, en 1857, à toute famille souhaitant s’y installer assez longtemps pour entretenir la terre agricole ainsi que les dépendances telles que le poulailler. Au cours des années, la maison Hamel passe entre les mains de plusieurs locataires, dont de riches citadins qui, à l’époque de certaines pandémies, souhaitent quitter la proximité urbaine, raconte Mme Veillette, tout en précisant qu’à ce moment, ce secteur de Québec faisait encore partie de la banlieue.

La maison Hamel tient son deuxième nom de la famille Bruneau, qui achète la résidence estivale en 1951. 

Parce qu’elle «présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique en tant que témoin du développement de la villégiature au Québec», la maison Hamel-Bruneau est classée immeuble patrimonial en 1978 par le gouvernement du Québec.

Musée de l’Auberge Symmes : la mémoire de la rivière

Patrimoine

Musée de l’Auberge Symmes : la mémoire de la rivière

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Située dans le Vieux-Aylmer, secteur de Gatineau où l’on préserve avec fierté le patrimoine bâti, le Musée de l’Auberge Symmes a transformé un hôtel ancestral en petit musée dédié au patrimoine régional.

Le magnifique bâtiment en pierres qui surplombe la rivière des Outaouais remonte à 1831, quand le fondateur de la ville d’Aylmer, Charles Symmes, fit construire cet hôtel où les voyageurs en provenance de Montréal avaient pris l’habitude de faire halte, avant de remonter la rivière en bateau à vapeur, vers le nord-ouest. (À cause des chutes Chaudière, ils devaient d’abord débarquer à Hull – Wrightstown, à l’époque – et se rendre en diligence jusqu’à l’auberge.) 

L’Auberge Symmes a eu différentes vocations au fil des siècles. 

Dans les années 90, la bâtisse a notamment servi de petite salle de spectacles, tandis que son deuxième étage était occupé par une galerie d’art (lesquels allaient devenir le Cabaret La Basoche et L’espace Pierre Debain, une fois déménagés), rappelle le président du Musée, Gilles Laroche.  

«Kevin Parent, Ariane Moffatt et Pierre Lapointe sont passés par là, quand ils ont commencé leur carrière», Jouant devant à peine quelques dizaines d’initiés, retrace-t-il. 

L’édifice a été classé monument historique en 1975, puis désigné lieu historique national du Canada en 1976. Cette noblesse retrouvée lui a permis de faire l’objet d’importantes restaurations en 1978-79: «La bâtisse a été entièrement [et fidèlement] reconstruite, grâce à une peinture d’époque de William Henry Bartlett», résume M. Laroche.

Le musée s’y est installé en 2003. Depuis 2016, on peut y découvrir l’exposition permanente L’Auberge Symmes: fenêtres sur l’Outaouais.  Spécialiste de la région, l’historien Roger Blanchette a supervisé le contenu de cette exposition où, d’étage en étage, s’entremêlent l’histoire de l’auberge, celle de son fondateur et celle de l’Outaouais.

L’exposition rappelle le rôle fondamental joué par la rivière des Outaouais dans le développement de la région. En parallèle, elle met en valeur le rôle «économique, social et culturel» qu’a tenu le site de l’auberge, qui sera tour à tour «débarcadère, route de passage, centre d’activité industrielle, corridor des vapeurs et sentier de loisirs».

Techniques anciennes, artiste contemporaine

Arts

Techniques anciennes, artiste contemporaine

Marie-Ève Lambert
Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est
Mariève Pelletier a beau n’avoir que 32 ans, elle se passionne pour les techniques anciennes de photographie. Et elle ne parle pas ici de l’argentique! Elle fait référence au cyanotype, au procédé lumen, à l’anthotype au jus de carotte... «Les prémisses de la photographie explorées entre 1820 et 1840», indique-t-elle.

La Cowansvilloise d’origine utilise ces procédés ancestraux pour créer des oeuvres à l’ambiance vaporeuse et onirique, résolument féminine, qu’elle expose depuis une dizaine d’années déjà au Québec et en France — où elle réside désormais — en plus d’incursions en Allemagne et au Japon.

Arthur Villeneuve: homme d'hier, homme d'aujourd'hui [PHOTOS]

Arts

Arthur Villeneuve: homme d'hier, homme d'aujourd'hui [PHOTOS]

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Un homme habité par une vision décide de devenir peintre. Sa volonté de donner libre cours à son talent est si affirmée qu’il abandonne le métier de barbier. Femme et enfants sont plongés dans l’insécurité matérielle, mais Arthur Villeneuve s’accroche à son rêve auquel fait écho, de nos jours, l’espace qui porte son nom à La Pulperie de Chicoutimi.

L’élément central est sa petite maison qui, jusqu’en 1994, se trouvait sur la rue Taché, pas loin du musée régional. La façade, les murs intérieurs, les portes et plein d’autres choses témoignent de la persistance de l’homme, envers et contre tout – et tous, serait-on tenté d’écrire. Partout, l’œil se pose sur des œuvres dont la facture est désormais familière.

Johanne Côté : Revaloriser la matière... et l’histoire

Arts

Johanne Côté : Revaloriser la matière... et l’histoire

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Par la création d’œuvres contemporaines, l’artiste en arts visuels Johanne Côté souhaite avant tout reconnecter avec la matière brute. Lacet usé, canette en métal, bobine de fil, ruban à cassette : « tous les matériaux méritent une seconde vie et portent en soi une histoire à raconter ».

Celle qui est aussi graphiste de formation a été initiée à la couture dès son enfance. Aujourd’hui membre du Cercle des Fermières du Québec et artiste, elle trouve en l’art manuel et textile une façon de préserver les objets tout en créant un contraste avec l’instant présent.

« Personnellement, j’aime l’idée qu’il y ait une histoire, une âme, derrière les objets. Je les sors de leur utilité quotidienne, je les choisis pour leur côté esthétique et je les amalgame ensemble pour créer quelque chose de nouveau, une œuvre unique qui porte un message. »

La Sherbrookoise incorpore notamment du ruban à cassette dans sa technique traditionnelle de tissage, ce qui ajoute un effet métallique et industriel à ses œuvres. Elle s’intéresse également aux différents systèmes de communication, tels que le code morse et le braille, qui peuvent, discrètement ou non, s’insérer dans une série de motifs.

Dans son atelier, Johanne Côté nourrit entre autres ses idées des souvenirs qui jaillissent lorsque certaines personnes viennent à la rencontre de son art. « Le regard posé sur l’œuvre est toujours influencé par l’âge et la mémoire de ceux qui la regardent. Les personnes plus âgées se rappellent des moments d’enfance, elles sont parfois dans la nostalgie. En revanche, le public plus jeune se pose des questions sur l’évolution de certains objets », mentionne-t-elle.

Elle ajoute que l’inspiration lui vient aussi de façon parfois tout à fait anodine. « L’idée d’insérer du code morse dans ce que je fais par exemple m’est venue simplement en regardant un vieux linge à vaisselle qui présentait un modèle répétitif. Sinon je trouve beaucoup de matériaux inspirants dans les magasins de revalorisation », révèle-t-elle.

« Ce que je trouve aussi intéressant dans les objets dits plus vintage, c’est que les gens prenaient le temps de les fabriquer correctement, avec amour. Si on fait attention à ces objets, ils se conservent dans le temps. Aujourd’hui, disons que j’ai quelques bémols concernant notre société de consommation et les matériaux qui sont utilisés quotidiennement », confie celle qui accorde une importance particulière à la réduction, le réemploi ainsi que le recyclage.

Jouer pour admirer davantage

Présentement, Johanne Côté travaille à la conceptualisation d’une exposition à venir qui lui permettra de collaborer avec des personnes non voyantes. À l’aide de vieux dominos, de jeux de société en bois, de boutons à pression et de tous les objets qui lui tombent sous la main, elle crée de l’art textile basé sur l’alphabet braille.

« Dans mes plus récentes créations, il y a des mots qui sont cachés. Je les rends accessibles par une légende qui permet de déchiffrer le message. Je veux qu’il y ait une première lecture qui soit esthétique, puis une seconde qui demande que l’on prenne le temps de s’y attarder sous forme de jeu », explique-t-elle.

Pour y arriver, elle bénéficie d’un soutien financier obtenu grâce à l’Entente de partenariat territorial en lien avec la collectivité de l’Estrie qui a pour objectif de stimuler la création artistique. Toutefois, comme ses œuvres nécessitent d’être manipulées, la pandémie de la COVID-19 vient freiner son élan. 

« Évidemment, l’exposition est reportée à plus tard pour des raisons évidentes. Je prends donc le temps d’explorer de nouveaux matériaux et de tester de nouvelles idées. J’en profite également pour parfaire certaines techniques et suivre des formations. La revalorisation de la matière et de l’histoire, ça se traduit d’abord par le savoir-faire », résume-t-elle.